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Au pays du bisou interdit, la justice pâtit

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KISSING TUNISIA
FETHI BELAID/AFP/Getty Images
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Émus, désolés et presque perdus dans ce pays qu'on ne reconnait plus.
Pour ce petit bisou condamné pour atteinte aux bonnes mœurs, le verdict vient de tomber.
Quatre mois pour le monsieur, deux pour sa dame.
La justice tunisienne a condamné hier soir non pas Nessim et sa compagne mais tous les Tunisiens, jeunes et moins jeunes.
L'amour et les bons sentiments sont condamnés à ne se faire que dans la nuit et la redingote de l'interdit.
En condamnant ces jeunes gens, la justice a opéré à stériliser la matrice de la passion pour que ne vivent que les vautours de l'obscurité et les chauve-souris du "charaï" ou pas "charaï", soit de bonnes ou de mauvaises mœurs.

Que veut-on faire à ce pays?

Des institutions corrompues de la plus petite à la plus grande où il ne nous plait plus de travailler ou de produire parce que les décideurs de l'instant veulent nous faire tout quitter et abandonner.
Ils veulent nous amener au dégoût général, à l'aversion de tout pour qu'on leur laisse le champ libre en nous détournant de lui et en le fuyant comme la peste.

Plus de 850 médecins ont quitté cette année le pays.
Plus de 1500 cadres supérieurs dans le domaine ingénierie surtout ont également quitté le pays.
Plus de 50000 harragas depuis 2011.
Plus de 7000 jeunes recrutés pour le djihad dans les zones de combat tel que la Libye ou la Syrie.
Mon pays vieillit de mal, chaque jour un peu plus au rythme des erreurs de ses gouverneurs.
Des jeunes prennent le risque de se jeter à la mer et mourir chaque jour convaincus que ce pays ne les supporte plus.
Un corps à corps permanent où le Tunisien est usé, déprimé, alourdi par une vie qui devient de plus en plus exténuante financièrement. S'ajoute à cela une chasse aux bonnes mœurs et aux libertés individuelles livrée sans merci depuis la révolution.

On continue à habiller sans relâche l'histoire du Tunisien en post-révolution du vernis de la morale et de la religion. L'atteinte au sacré comme une terrible épée de Damoclès.
Un pays ou un immense ghetto où le jeune étouffe par le poids des interdits et de la restriction de ses libertés au nom du religieux et du fondamentalisme.
Tout se verrouille lentement au nom de Dieu.
La misère intellectuelle, l'appauvrissement des valeurs sociétales et l'islamisme rampant font que tout devient figé et sans réflexion aucune.

Mais qu'est-ce que l'homme n'a pas fait au nom de Dieu!

Seulement, nous sommes et serons toujours là pour dénoncer, vivre et croquer dans la vie à pleines dents. Nous continuerons à nous aimer et à braver l'interdit parce que l'homme ne vit pas de justice mais d'Amour. Or, l'amour ne courbe jamais les échines. Il rend beau et fier comme nos deux tourtereaux aujourd'hui prisonniers de ces bavures policières.

Dites-leur et à ceux qui perdent espoir que perdre ou gagner un procès n'est pas le plus important. Le plus redoutable, c'est de devenir un symbole.

Dites à Nessim et sa compagne que de leurs geôles, ils sont devenus symboles du tunisien libre et libéré du joug du fondamentalisme et du soit- disant sacré.

Dites-leur que certaines défaites ont admirablement le goût de grandes victoires.

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