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Et si on revoyait notre consommation de viande pour le bien de la planète?

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MEAT MOROCCO
Stringer . / Reuters
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CONSOMMATION - Il faut 15.300 litres d'eau pour produire 1 kg de viande de bœuf. 1.000 litres d'eau pour produire 1 litre de lait. C'est absurde. Et encore plus absurde pour les pays comme le Maroc où la prospérité dépend du niveau de précipitations et où les agriculteurs se retrouvent chaque année à prier le ciel pour qu'il pleuve. Absurde de dépenser 15.300 litres d'eau pour produire 1 kg de viande dans un pays qui n'a pas d'eau et qui est inlassablement frappé par la sécheresse. Absurde de dépenser autant de ressources pour produire 1 kg de viande qui coûtera de toutes les façons trop cher pour que la majorité puisse en bénéficier.

J'en appelle au bon sens de tous et de nos gouvernants: réduisons notre consommation de viande. C'est de ça dont j'ai envie de parler aujourd'hui. Nous sommes au lendemain de la COP22 où nous avons entendu s'enchaîner les discours les uns après les autres, les bons sentiments, les lieux communs, les jolies phrases et les mots plein d'espoir. Or ce n'est pas d'espoir dont nous avons besoin aujourd'hui. Nous avons besoin d'action. L'espoir, c'est quand on a encore le temps. Le temps est un luxe que nous n'avons plus. Sans être alarmistes soyons simplement réalistes. La situation est critique mais elle est encore réversible si nous agissons maintenant, ensemble, et de manière radicale. Eteindre la lumière, fermer le robinet, utiliser des ampoules économiques tout cela est très bien mais c'est loin d'être suffisant. Nous avons besoin d'une véritable révolution. Une révolution de nos modes de vie, de nos modes de consommation, de nos mentalités.

51% des émissions de gaz à effet de serre proviennent de l'agriculture animale. Loin devant les transports et toutes les autres raisons qu'on nous sert à longueur de journée. Pourquoi n'en parlons-nous pas? Les ONG, les politiques, la société civile n'en parlent pas, du moins n'en parlent pas au point que nous en prenions tous acte. Pourquoi n'est-ce pas là le sujet numéro 1 puisque c'est la cause numéro 1 qui détériore l'environnement ? Est-ce à cause des lobbys? A cause de nous et de notre manque de motivation?

51% des émissions de gaz à effet de serre proviennent de l'agriculture animale. La destruction de l'Amazone est due à 92% à l'élevage. Le bétail occupe 45% de la surface de la terre. Autre absurdité criante: on cultive plus de terres agricoles pour nourrir le bétail que pour nourrir les hommes eux-mêmes. Je ne vais pas ici rentrer dans tous les détails mais des chiffres et des constats aussi incroyables, il y en a beaucoup. Renseignez-vous. Vous serez surpris. Si nous voulons agir de manière concrète pour l'environnement commençons donc par là.

Réduisons notre consommation de produits d'origine animale. Et réglons d'ailleurs au passage trois autres problèmes en même temps: l'injustice sociale (cela réduirait les différences entre les riches qui consomment de la viande et les démunis qui n'en consomment pas), la souffrance animale (cela épargnerait la vie des 6 millions d'animaux qui sont tués chaque jour pour nous nourrir mais cela est un autre débat dans lequel je n'entrerai pas tout de suite), la santé publique (il est prouvé de manière très claire que la consommation de produits d'origine animale est nocive pour la santé de l'homme et que les végétaux, les céréales, les graines constituent une alimentation saine et équilibrée qui ne présente aucune carence, pas même en protéines comme on l'entend souvent mais cela est un autre débat dans lequel je ne vais pas entrer tout de suite). Renseignez-vous. Vous serez surpris.

Dans ce flot d'absurdités je vois une très bonne nouvelle puisque cela veut dire que des solutions simples existent. Cela veut dire que nous pouvons, concrètement, simplement, tout de suite, agir réellement pour préserver notre planète. Moi j'ai décidé de ne plus consommer de produits d'origine animale parce qu'il me semble que c'est la meilleure chose que je puisse faire pour protéger l'environnement.

Certains diront que c'est radical. A ceux-là je réponds que c'est notre mollesse et nos demies mesures qui sont dangereuses car la situation appelle à des mesures radicales. J'ai décidé de ne plus consommer de produits d'origine animale et j'adore ça. Dans tous les sens du terme. J'adore ça pour mon impact positif sur l'environnement. J'adore ça pour ma santé, j'ai vécu deux grossesses et mes analyses médicales n'ont jamais été aussi bonnes. J'adore ça parce que c'est finalement injuste de câliner un chien d'une main et d'égorger une vache de l'autre. Et pour ne rien gâcher j'adore les lentilles, les pois chiches, les fèves, les haricots blancs, au Maroc on en produit beaucoup et on les cuisine très bien.

Finalement, à part les industries animales, tout le monde est gagnant: on fait du bien à son corps, à sa tête, à sa planète. Quelqu'un qui ne consomme pas de produits d'origine animale produit 50% de CO2 en moins et économise 4.070 litres d'eau par jour. Si ce n'est pas un impact, ça! 4.070 litres d'eau par jour. Soit, pour un pays comme le Maroc si tout le monde s'y mettait, 142,5 milliards de litres d'eau économisés chaque jour! Ces chiffres donnent le vertige. Mais c'est un bon vertige et nous pouvons nous en réjouir.

La question est: sommes-nous réellement capables de changer, de renoncer à certaines habitudes que certains appelleront peut-être confort? Sommes-nous capables de changer de paradigme, de voir les choses autrement, d'envisager un avenir différent? Et différent ne veut pas dire moins bien. Juste différent. Le fond de ma pensée, c'est que nous n'en sommes pas capables, que nous n'avons ni la volonté ni l'envie de changer nos modes de vie, que les habitudes ont la peau dure et que le changement effraie.

Le fond de ma pensée c'est que derrière nos convictions affichées et nos résolutions scellées, l'immobilisme. A tous les niveaux, international, national, individuel. On se félicite et se gargarise de la réussite historique des accords de Paris mais que vaut un accord s'il n'est pas appliqué? Que vaut un accord s'il ne prévoie aucune sanction pour les pays qui ne le respectent pas ? Rien. C'est une coquille vide. Une coquille vide qui ne sert à rien sinon à nous leurrer et nous faire croire que le monde ira mieux.

Le temps du politique est trop long. Le temps de la politique commune encore plus long. Nous ne pouvons attendre de mettre tout le monde d'accord. Nous ne pouvons attendre que le monde entier soit éduqué et sensibilisé à la cause au point d'agir. Non pas que la Chine soit nécessairement un exemple en matière de lutte contre le changement climatique mais je vais pourtant la prendre en exemple sur ce point: le gouvernement a décidé de réduire de 50% sa consommation de viande d'ici 2030. Ce sera comme ça et pas autrement, le gouvernement en a décidé ainsi. Le pragmatisme a du bon. Imaginez l'impact environnemental. Majeur.

Si nous n'avons pas la conscience collective et la sagesse commune nécessaires pour agir, peut-être faudrait-il alors, pour le bien de l'humanité, qu'elle nous soit imposée. Je sais cela titille voire dérange certains, l'idée d'imposer. Tout de suite les grands mots d'indignation qui font référence à l'Allemagne nazie et aux dictatures. C'est vrai, cela peut entraîner des dérives et inutile de dire que je suis pour la démocratie mais de toute évidence il est certains sujets pour lesquels le système démocratique présente des limites dangereuses. On a besoin de courage politique, de grands hommes et de grandes femmes pour accompagner, pousser, forcer le changement.

Au Maroc nous avons eu la réforme de la Moudawana, le code de la famille, qui a révolutionné les droits des femmes. Ce n'est pas une mesure qui a été votée par le peuple, c'est une réforme qui a été insufflée, proposée, poussée par le roi Mohammed VI. Aujourd'hui tout le monde s'en réjouit et est d'accord pour dire que c'était la chose à faire. Si le fait qu'on nous impose le changement nous dérange, alors changeons par nous-mêmes, radicalement, maintenant. Sinon acceptons que quelqu'un d'éclairé prenne les décisions pour nous. Car l'incendie qui ravage la Terre, lui, n'attend pas.

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