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Serons nous tous demain des super-humains grâce à la mode?

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VICTORIAS SECRET CATWALK
CNBC
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L'humain détient aujourd'hui les clés pour développer une capacité inédite et directe d'intervention sur sa nature biologique. C'est ce que l'on appelle le transhumanisme. Rien de récent cependant: L'idée est issue de théories fondées par des futurologues américains dans les années 1980.

On peut toutefois se demander si ce mouvement intellectuel prônant l'usage de la science pour améliorer les caractéristiques physiques et mentales humaines ne trouve pas aussi sa place dans la mode. Surmonter nos limites biologiques par les progrès technologiques, cela n'est-il pas aussi l'un des objectifs de la mode?

lucy

A l'heure de la fascination pour Wolverine, Iron Man et autres Deadshot, la question a de quoi susciter intérêt et interrogations. La mode va-t-elle nous permettre, à l'instar de l'héroïne Lucy de Luc Besson, de lire dans les pensées, de voir nos sens aiguisés à l'extrême, de ne plus ressentir aucune douleur, de maîtriser et manipuler les réseaux et les ondes, de contrôler les esprits, de changer d'apparence physique en un instant comme Mystique des X-Men, ou même de lire et d'apprendre en quelques secondes comme Clark Kent?

La recherche de la transformation des corps par la mode n'est pas nouvelle. Le corset est apparu en effet au XIXe siècle comme un moyen - certes ingénieux mais néanmoins fort peu confortable - pour afficher une taille toute en finesse. 

corset

De la même façon, la crinoline - remplacée par la suite par la tournure, permettant de donner du volume uniquement à l'arrière de la robe - donnait à la silhouette une forme bien spécifique. Elle a peu à peu disparu au début du XXe siècle à l'initiative du couturier Paul Poiret.

Il va pourtant sans dire que la mode s'est faite, depuis toujours, un instrument affirmé de transformation des morphologies par les tissus et l'habillement. La recherche de transformation - voire même dans certains cas une forme d'altération - des corps trouve encore clairement sa place dans les défilés d'aujourd'hui.

Que l'on parle aussi bien des tenues éblouissantes du défilé des "Angels" de Victoria's Secret, que l'on évoque les escarpins souvent féériques mais au design parfois dérangeant de Christian Louboutin, ou que l'on pense à la "Kendo dress", en forme d'armure, présentée par Gareth Pugh lors de sa collection automne/hiver 2008. La série de photos réalisée par David Lynch de certains des modèles fétiches de Louboutin, comme les "ballet shoes", est un exemple criant de ce phénomène.

ballet shoes louboutin

Mais la mode fait-elle vraiment de nous des post-humains? On parlera en réalité surtout ici de "science artistique". Le transhumanisme dans la mode n'en est qu'à ses balbutiements, plus esthétique en apparence que technologique. La mode semble en effet incapable de transformer totalement le corps, ce qui limite les effets du transhumanisme dans ce champ.Et là est bien la limite.

Contraintes sociales, conjoncturelles et circonstancielles, tout autant que corporelles ont tôt fait de freiner l'imagination des couturiers: le corps a beau trouver une certaine modification par le vêtement, il n'en demeure pas moins qu'il doit toutefois s'adapter aux lignes des contours et des profils.
Malgré tout, des vêtements hautement technologiques commencent à investir le marché de la couture.

Le jour est proche où nous porterons tous les jours des tissus qui repoussent les insectes (une première version est déjà disponible chez Columbia Technology), où que nous arborerons des tissus qui peuvent changer de teinte ou de taille, qui s'éclairent, ou qui préservent l'environnement. Eux aussi ils existent déjà!

Plusieurs projets de tissus extensibles qui changent de couleur quand on les étire ont d'ailleurs été réalisés. Des chercheurs de l'Université de Cambridge ont en effet mis au point une encre à base de cristaux photoniques synthétiques. La créatrice britannique Amy Rainbow Winters a elle aussi mis en place son textile réactif. Enfin, le projet Homo Textilus, né de la collaboration de la société TomorrowLand, du designer bien connu Hussein Chalayan, et du laboratoire de l'ENSAIT fait naître un tissu électro-chromes, c'est-à-dire qui change de teinte grâce à une impulsion électrique.

skin probe

Porterons nous bientôt des vêtements lumineux? C'est déjà chose possible chez Phillips avec la technologie Skin Probe, chez Luminex, avec des chaussures étincelantes, ou encore chez Rainbow Winters qui propose des robes confectionnées avec des LED. Et la londonienne Rainbow Waters ne s'arrête pas là dans l'innovation! Elle propose également des pièces réagissant aux éléments (à l'eau et au soleil), mais aussi au bruit avec la robe "orage", sur laquelle apparaissent des éclairs en fonction des sons produits.

Evoquons enfin la gamme de vêtements dépolluants lancée par Catalytic Clothing, fruit du travail conjoint de la designer Helen Storey et du chimiste Tony Ryan. Plus encore, les améliorations physiques ne sont-elles pas également déjà d'actualité?

Panasonic a ainsi développé le Soft ExoSuit, un exosquelette bio-inspiré et développé en collaboration avec la Darpa (Defense advanced research project agency aux Etats Unis).
Le but de l'exosquelette est de venir apporter un soutien musculaire logé sous les vêtements du porteur, à un travailleur ou plus vraisemblablement pour ce projet à un soldat.

philipp plein

Il a aussi été créé pour venir en aide aux personnes handicapées et ayant des difficultés à se mouvoir, dès lors que l'habit optimisé augmente les capacités physiques de son utilisateur. Autant d'inspirations que l'on peut retrouver chez Philipp Plein et les bras robotisés de son top dans la campagne de la collection hiver 2016. De la fiction à la réalité, il n'y a donc qu'un pas, que la mode semble prête à franchir.

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