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Quel avenir et quelles formations en Tunisie pour les jeunes de demain? (Partie 1)

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YOUTH TUNISIA
Zohra Bensemra / Reuters
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Lorsque nous étions jeunes, nous rêvions d'étudier pour réussir. Etudier était suffisant pour avoir un travail décent. Pour nos enfants ce n'est pas si simple. En effet, nous allons de plus en plus vers des économies de non-métiers. Or, dans notre région du monde, les métiers ont toujours été importants, en témoignent les nombreux noms de famille dérivés de métiers (Haddad, Najjar, Hattab, Sammar, Nakkache...etc) mais ces métiers tendent à disparaître tant il est vrai que le manuel est remplacé par les machines, tant il est vrai que l'importé prend le dessus sur le local mais surtout tant il est vrai que nos enfants et nous mêmes nous sommes détournés de ces savoirs-faire ancestraux, il y a déjà de cela quelques décennies.

Et il va sans dire que la qualité des produits laisse à désirer. Il ne suffit pas de produire, manuellement ou pas, mais d'être compétitif, d'évoluer et faire évoluer notre production pour qu'elle réponde à une demande nouvelle, plus sophistiquée sur certains aspects et moins exigeante sur d'autres. La transition mondiale que nous vivons à l'ère de la troisième révolution universelle, celle du passage de l'imprimé au numérique (qui a suivi celle du passage de l'écrit à l'imprimé, précédée par le passage de l'oral à l'écrit, notre région a énormément raté dans la première révolution) est une opportunité inouïe de rattraper certains retards.

Comment? La robotisation à laquelle nous ne pourrons échapper et qui est louable, devrait être pensée de manière globale afin de considérer certaines niches de "métiers" qui pourront être mieux valorisées, moins figées et couplés à des savoirs-faire techniques en dehors du coeur de métier. Bien évidemment, certains métiers émergeront ou se développeront tels l'ingénierie et la recherche en robotique ainsi que l' informatique en général mais pour le reste, ne devrions-nous pas penser aux métiers de nouveaux genre à l'heure où le "manuel" deviendra de plus en plus rare et précieux. C'est d'ailleurs le cas outre mer, ça ne saurait tarder chez nous, ne serait-ce pas le moment de penser à la valorisation de l'artisanat avant sa disparition face aux produits des machines?

Prenons un exemple concret: dans quelques années, il ne sera plus indispensable de construire manuellement nos habitations ou locaux professionnels comme autrefois alors que des robots pourront le faire 9 fois plus vite et jusqu'à 20 fois moins cher. Les métiers ne disparaîtront pas pour autant, nos enfants ne seront pas tous au chômage pour autant: les architectes seront formées sur la gestion électronique des projets (BIM par exemple, mais d'autres programmes naîtront au fur et à mesure et à nous d'être avant-gardistes en encourageant nos diplômés en informatique et architecture à travailler ensemble pour concevoir des programmes et en étant à l'ère du temps pour ce qui est des nouvelles pratiques), les électriciens eux aussi concevront leur projet avec les outils informatiques reliés aux robots; et pour ce qui est des métiers manuels qui subsisteront ou renaîtront.

Il s'agira de revaloriser les métiers de "sculpteurs d'argile, sculpteurs et poseurs de plaques de plâtres, différents artisans dont les designers d'accessoires, de meubles et de tissus, les céramistes, les artisans du cuivre (autrefois la robinetterie était en cuivre dans les hôtels et les maisons de maîtres), les artisans ferronniers "...etc. Cette liste n'est pas exhaustive et bien évidemment, des entreprises de services fleuriront autour de ces métiers comme c'est le cas en Italie, où certaines entreprises "offrent des solutions clé en main" pour l'hôtellerie et exportent le "made in Italy" avec un cachet propre et distinct.

En professionnalisant les métiers cités et en les valorisant, en créant des formations intersectorielles (bâtiment et informatique, bâtiment et matériaux locaux écologiques, plomberie et travail du cuivre, sculpture et matériaux naturels, céramique, marketing et bâtiment etc) nous assureront leur survie et nous permettront à notre artisanat de monter en gamme et en valeur ajoutée, sans pour autant mettre toute la pression sur l'artisan ou sur l'Etat. Et bien évidemment nous exporteront des petits volumes mais de la grande valeur ajoutée et donc plus de rentrées en devises.

Il en va de même pour des métiers comme le travail du cuir, de l'alfa, dans lequel il s'agira de formations couplant design, créativité et marketing (et donc valeur ajoutée) avec les métiers manuels et artisanaux, en reliant l'art aux métiers, en le valorisant, en mettant de l'âme au technique (informatique par exemple) en faisant travailler "des groupes complémentaires" nous réussiront peut être le pari, d'offrir à nos enfants un avenir dans lequel ils pourront explorer leurs sens (pas uniquement leur cerveau ou leurs yeux) mais également dans lequel ils développeront leur intelligence émotionnelle (travail de groupe, car les nouvelles technologies peuvent nous pousser à davantage d'isolement) et dans lequel ils offriront des produits et solutions innovants, de qualité et en phase avec qui nous sommes et notre ère moderne. Mais pour cela, il nous faut faire ce pari dès maintenant, pour que le consommateur local devienne plus exigeant et que nous puissions plus tard consommer ce que nous produisons. La demande des pays développés pour ce genre de produits est déjà émergente et en évolution fulgurante. En effet, les consommateurs européens sont avides de produits qui racontent une histoire, qui sont "socio-écologiques" et qui sont rares. Exactement ce que la Tunisie peut leur offrir aujourd'hui et demain!

Et si nous repensions ce que nous exportons? et si nous produisions un travail artisanal et manuel de qualité plus élevée? et si nous consommions des produits locaux de qualité ? la robotisation est une chance, elle permettra à nos enfants d'exercer des métiers où ils pourront apporter de la valeur ajoutée et où le répétitif, l'inutile sera pris en charge par les machines. Changeons de regard sur l'avenir de nos enfants, faisons les paris gagnants, maintenant.

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