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Le général Benhadid victime d'un abus de procédure

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Depuis le 2 octobre 2015, le général et moudjahid Hocine Benhadid croupit en prison au niveau de l'établissement correctionnel d'El Harach , Alger. Neuf mois de séquestration et la plainte est suspendue à un motif lié à des incriminations sibyllines, énigmatiques et cabalistiques selon lesquelles, le concerné aurait porté atteinte au moral de l'armée.

L'on se rappelle d'ailleurs que l'un des procureurs de défense du général, qui assista à la première audience, rapporta une formulation tout à fait absconse et abstruse. En effet, le point d'orgue de l'accusation résidait dans la tentative d'affaiblir le moral de l'armée après l'interview qu'il a accordée à Radio M, en plus d'une détention de munition sans autorisation.

Ce qui nous intéresse dans cette cause est le volet lié au moral de l'armée, car il demeure toujours judicieux de savoir de quelle façon ce général ait pu l'accomplir, alors que toutes ses déclarations entendues par des millions d'oreilles ne mentionnaient nullement un tel topo.

Il se peut que le concerné s'est livre parfois à des évaluations inopportunes d'un chef d'Etat-major en fonction, ce qui pouvait être interprété comme dénigrement portant préjudice à l'exercice du pouvoir d'autorité dans le corps militaire.

Or le maintien en détention provisoire du général Benhadid après ce quiproquo ne s'apparente pas à une procédure judiciaire normale dans la mesure où des interférences dans la gestion du dossier y sont décelées, non pas par la rue, mais par ceux-là même en charge de le défendre.

Loin de s'engouffrer dans des questions de culpabilité ou non, de pertinence ou non de la preuve ( déclaration a Radio M) qui tend à prouver l'existence ou la non-existence d'un fait, mais dans les pays qui se respectent, les journalistes qui se respectent n'auraient pas attendu pour se lancer contre le ministre de la justice et ces scénarios en obscurum, per obscurius, pour y perdurer une détention devenue asymétrique, disproportionnée et excessive .

Certes, tout le globe est d'avis que l'Algérie est un pays géré par un pouvoir ayant un malentendu ancien avec le droit, mais tout journaliste ou défenseur des droits de l'Homme de n'importe quel ascète qu'il soit, doit dénoncer cette conduite estropiée des choses, que dire de ces errements répétitifs contraires à la loi.

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Il se peut que nous ne partageons pas les idées de Benhadid, encore ses positions pro-Toufik &Co en 2014, mais face au non droit, la morale exige un engagement pour défendre le droit d'un général, ancien moudjahid de surcroît, afin de mettre en échec la manipulation de la justice pour le règlement des comptes et afin que l'affaire soit traitée en toute indépendance.

Focalisons nos tirs sur la "déraisonnabilité" de la période de détention du général Benhadid par rapport au crime commis alors que crime n'y est point. Cette concentration demeure primordiale et ce pour dire encore et une fois, qu'elle relève purement est simplement d'une grave atteinte au droit du citoyen, et elle ne peut être soustraite à la désapprobation et à la réprobation.

L'abus de procédure, la lenteur de la procédure, l'abus d'autorité et une "disproportionnalité" en porte-à-faux, ne peuvent tenir devant la primauté du droit et de la loi. Benhadid doit passer illico devant un juge et dans un procès équitable, avec une défense pleine et entière.

Si tel n'est pas le cas, que la demande de liberté provisoire soit accordée, ce qui exige une attitude judiciaire positive dans l'affaire. C'est comme cela que doit fonctionner un pays. Il est impensable, scandaleux même, de garder un ancien moudjahid malade toute cette durée avec les dommages que cela peut causer à toute sa famille.

Répétons-le, l'homme vient de clore 9 mois en détention préventive sur la base d'une déclaration à une radio. Ici, même si on essaye de meubler l'argumentaire selon lequel il ne s'agit pas d'atteinte à sa liberté fondamentale, mais la multiplication des épithètes insensées d'atteinte au moral de l'armée, laisse penser une manipulation clanique qui charrie en son sein un comportement gravement lacunaire.


Universellement connues, les décisions de détentions excessives qui sortent hors du caractère raisonnable du délai, se classent en spécificités manifestes lesquels caractérisent un abus dans l'application du droit, un abus d'autorité et un abus de pouvoir.

Dans tous les pays démocratiques ou ceux qui prétendent l'être, n'importe quel juge qui s'en tient à la preuve pourrait le libérer, et renvoyer l'affaire en civile pour injure ou diffamation vu la dose personnifiée de ses dires.


Mais en parallèle nul ne peut nier qu'on est face à une atteinte aux droits fondamentaux constitutionnels comme législatifs, commis à l'encontre d'un citoyen et par association à l'encontre de toute sa famille.

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