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Un Algérien tombe du ciel (VII): l'esseulé du moulin à vent

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This is a singular story, but it is entirely true. Salim was very well known to many of the most respectable families of Virginia, who vouched for the truth of what I have told you. He was a wild, erratic being, and wandered from place to place, waving his hand when he met anyone, and exclaiming, "God save ye!" At other times he would pass his hand constantly up and down over his face, exclaiming, "It is the blow--that disgrace to a gentleman -- given me by that Louisiana planter. But, thank God! Thank God! But for the {Saviour} I could not bear it !"

He seldom slept in a house, his favorite place being an old windmill near Yorktown, where he would lie down at night, wrapped in his blanket. Sometimes he would go to Williamsburg and read Greek with an old professor at William and Mary College. Now and then, too, he would wander into Yorktown; and one day he was persuaded to take a seat in Lady Nelson's sedan-chair, which was a sort of small vehicle with shafts at each end, which servants lifted and carried along, with a lady or gentleman inside. Salim took his seat in the sedan-chair, and he was carried into Governor Nelson's house. As they set down the chair he rose up and began to sing, in a sweet voice, the hymn for children,
"How glorious is our heavenly King!"

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Windmill Point: Yorktown, Virginia (Moulin à vent) de Yorktown - Représentation de Robert Knox Sneden - 1863

Ces mots appartenaient à l'évêque Williams Mead (1789-1862). La description faite ne peut se passer de précisions. Il s'agit d'un Salim à Yorktown, après son retour en Amérique, dans un état de maladie mentale, du, comme il le précise, au coup porté à sa tête par le cruel fermier de la Louisiane ... avant 1756.

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Le moulin à vent de Yorktown Virginia. Aujourd'hui

Traduction: c'est une histoire inhabituelle, mais elle est, tout à fait, vraie. Salim était très connu de plusieurs familles des plus respectables de Virginie, qui ont confirmé la véracité de ce que je vous ai dit. Il était un vagabond et un être humain instable, et errait d'un endroit à un autre, agitant toujours sa main. Quand il rencontre quelqu'un, [il commence à s'écrier] : Que Dieu vous garde !". Dans d'autres moments, il passait sa main sans cesse, en haut et en bas de son visage (pour montrer une blessure) et en s'exclamant: "C'est le coup - un déshonneur pour un gentleman - qui m'a été donné par ce planteur-fermier de la Louisiane. Mais, Dieu merci, Dieu merci! En revanche si c'est pour le Sauveur [au sens si c'est une offense au sauveur), je ne pouvais la supporter !".

Il dormait rarement dans une maison, son lieu préféré fut un vieux moulin à vent près de Yorktown, où il allait passer la nuit, enveloppé dans sa couverture. Parfois, il partait à Williamsburg pour faire la lecture du Grec avec un ancien professeur au Collège Williams & Mary (William Small). Aussi, de temps en temps, il se promenait dans Yorktown; et un jour, il était pris par la tentation de s'asseoir dans la chaise berline de Madame Nelson. Une chaise qui était une sorte de petit véhicule avec des bras à chaque extrémité, que les serviteurs levaient pour transporter une dame ou un monsieur, assis à l'intérieur. Salim prenait, donc, place dans la berline, et les serviteurs le transportaient dans la maison du gouverneur Nelson. Une fois la berline posée, il se levait et commençait à chanter, d'une voix douce, l'hymne pour les enfants, "Combien glorieux est notre Roi Divin !"

RÉCAPITULATIF VOLET 2

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Repères côté Est-Virginie, carte 2

Un petit retour à la partie 6. Nous ne savons pas quand est-ce que Salim était parti du comté d'Augusta pour aller vers Williamsburg, la capitale qui se trouve à l'Est de la virginie sur le côte Atlantique, mais certaines indications peuvent nous éclairer.

L'Algérien aurait dit au Révérend Craig de l'Augusta Stone Church à Fort Defiance (point 6) qu'il voulait rentrer en Algérie (point 17) pour voir ses parents. Le pasteur lui collecte de l'argent et l'envoie probablement en 1762, à Williamsburg la capitale de la colonie.

Il s'agit d'une ville située à quelques 300 km à l'est, celle qui est pointée dans la carte, par le chiffre 8. Dans cette capitale, Salim rencontre un richissime philanthrope de la ville, un certain Rober Carter III qui l'hébergea chez lui et c'est grâce à son concours, qu'il prît un bateau pour quitter l'Amérique.

Mais Salim aurait étalé son séjour à Williamsburg (point 8) avant de partir pour l'Angleterre puis Alger. Les causes demeurent mystérieuses pour un rescapé qui voulait, coûte que coûte, rentrer en Algérie et vivre auprès de sa famille

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Robert "Councillor" Carter III (February 1727/28 - March 10, 1804) was an American plantation owner, and member on the Virginia Governor's Council

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Nomini à 120 km au nord de Williamsburg et à 130km au sud de Washington. C'est ici que Robert Carter III l'ami de Salim et anti-esclavagiste résolu, avait ses plantations en 1775.

Toujours dans le chef lieu de la Virginia Commonwealth, il rencontre aussi le président de l'université de Willimasburg : Willams & Mary, il s'agit du Révérend James Horrocks le 6e président dudit collège fondé en 1693, deuxième aux USA après Harvard.

Après vérification des noms sur la liste des chanceliers-présidents, nous avons pu savoir qu'effectivement Horrocks est devenu Recteur en décembre 1764 jusqu'à juin 1771. Il serait toujours utile de souligner que les présidents qui se sont succédés à la tête de la direction de l'université Williams and Mary, avaient le titre de Révérend jusqu'en 1849.

Ce titre est tout fait normal, puisque la création de cette université qui garde le nom "Collège pour toujours" conformément à la charte royale, revient aussi à l'Eglise de l'Angleterre et Horrocks comme ses semblables, en faisaient partie. Ce recteur est mort en mars 1772, à Porto au Portugal, quand il était en route vers l'Angleterre. Notre déduction: Salim était toujours à Williamsburg après 1764.


Mesdames, mesdemoiselles, messieurs...Vous êtes à la prestigieuse Uv Willams&Mary College. Williamsburg. Virginia State

Nous avons bien voulu faire une marche en faisant une vidéo sans commentaires, à l'intérieur des bâtisses historiques de l'université Williams & Mary College. Nous avons marqué les allées de nos pas, comme avait fait exactement Salim l'Algérien des 1762 ou 1761... Une époque très reculée, comme trop lointaine...pour déterrer tout ce qu'elle recelait en histoires insolites, mystérieuses et énigmatiques d'un Dziri jeté par-delà l'Atlantique, pour se trouver en Virginie coloniale avant la création des Etats Unis d'Amérique..

En revanche, une autre information intervient : Salim a rencontré avant Horrocks, le grand professeur des maths et de philosophie du future président Thomas Jefferson, en l'occurrence l'émérite et le chevronné de Cambridge William Small.

Nous avons encore pris le soin de voir quand est ce-que Small a enseigné à Williams & Mary Collège. La réponse est que le mathématicien avait réellement exercé en tant que professeur depuis mars 1758 jusqu'à octobre 1764.

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William Small (13 October 1734 - 25 February 1775)

Autre détail important : faut rappeler que Salim ayant déjà vu Thomas Jefferson à l'âge de 14 ans,,en 1757, l'a revu en 1762 à Willamsburg en tant qu'étudiant, quand il a eu ses 19 ans. Ses contacts avec l'Algérien, étaient la cause d'un intérêt bien grandissant pour avoir des informations sur la religion musulmane.

La copie du Coran achetée par Thomas Jefferson en 1765 chez Virginia Gazette, mérite un volet spécial. Il s'agit d'une traduction du Coran faite par le britannique Georges Sale en 1734.

Il serait tout à fait instructif d'apprendre, en parallèle, que Thomas Jefferson avait offert toute sa librairie (y compris le Coran) au Congrès américain en 1812 (presque 9000 volumes) dont l'administration en avait gardé uniquement 6400, pour lui rembourser 23,615 dollars en 1815.

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George Wythe (prononcé WITH) (1726 - 1806)Le premier professeur américain de loi

L'espace s'élargit à Williamsburg et les aptitudes de Salim, remarquablement attestées, surtout en langue grecque, étaient aussi une occasion pour faire la connaissance du professeur Georges Whyte président de la chaire de la loi et de police (Chair of Law and Police).

Mais la relation la plus importante de sa vie était celle établie avec l'étudiant John Page lequel sera le futur Gouverneur de la Virginie et le membre du Congrès américain, après sa création en 1787. Toutefois, il n'y a aucune mention du Gouverneur Nelson Thomas Jr dans cette période, sa connaissance avec ce dernier serait intervenue après le retour de Salim aux USA soit 1781 ou 1782 et même 1783 ?

Dans tout le récit sur Salim, l'élément afférant à une approximation portant sur un écart de 3 ans suit toujours l'échéance ou le déroulement de l'événement. Sa naissance à Alger entre 1733 et 1735, sa capture par les espagnoles entre 1752 et 1754, son déménagement à Willamsburg à partir d'Augusta entre 1760 et 1762, son départ vers Alger entre 1766 et 1768 et enfin son retour vers l'Amérique(1781-1783).
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John Page (1743-1808). Gouverneur de la Virginie, signataire de la déclaration d'indépendance et membre de la chambre des représentants. Enterré à Richmond: Capitale actuelle de la Virginie

Durant ce premier séjour à Williamburg, il allait à la maison du président du Collège Williams & Mary où il enseignait le Grec et l'Hébreux aux enfants. Il s'agit ici d'un événement qui s'est produit après 1764.

Florilège de cette considération, le respect que tout le monde lui témoignait. Ainsi, Salim l'Algérien aurait été hébergé au niveau de la bâtisse Sir Christopher Wren Building (photo dans la partie 6). Malheureusement on ne connaît pas la durée, ni jusqu'à quand. Son départ de Williamsburg n'était signalé qu'en 1768 (!). Il se pourrait qu'il est intervenu avant ... probablement en 1766 ?

Et c'est du point 9, le port de Yorktown (20km de Willamsburg) qu'il embarqua à destination de Portsmouth en Angleterre (point 15), un voyage de 19 jours. Protégé par la lettre de Robert Carter III, il séjourne à Portsmouth et à Londres en Angleterre, puis il part vers Alger, en transitant par la localité Gibraltar possession anglaise dans ces temps (point 16)... Elle l'est toujours !

Néanmoins, une imprécision continue à se greffer sur de l'histoire. Elle réside dans le fait où nous avons du mal à situer la date de son retour en Amérique, comme nous l'avions mentionnée dans cet écart de 1781 à 1783. Toutefois, elle s'est produite, sans nul doute, après le blocus de Yorktown par les britanniques en septembre 1781, durant la guerre d'indépendance américaine.

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Maison Robert Carter III. Patrimoine touristique de Williamsburg.Devenue propriété des Saunders en 1801 On en parlera dans la partie 8. .

L'étranger Algérien a été juste vu à Williamsburg (point 8) au moment où il tapait sur la porte de Robert Carter III, demandant de l'aide, car il n'avait ni ami ni foyer. Or Carter avait déjà quitté pour vivre sur ses terres à Nomini 120 km plus au Nord. En fait, personne n'a vu l'Algérien débarquer à Yorktown (point 9). Une question se pose alors. Mais où était passé ce monsieur depuis 1766-1768 ?

A son retour, Salim manifestait des signes de dépression mentale, en prétextant que sa famille d'Alger l'avait rejeté parce qu'il était devenu chrétien ... ! Véritable paradoxe : ça fait entre 13 à 17 ans depuis qu'il a quitté YorkTown sous la supervision de Carter. Cette absence est demeurée énigmatique, jusqu'à ce jour.

Parti dans un temps où l'Amérique était britannique, il revient quand elle est devenue fédérée dans des colonies appelées USA. A Williamsburg, il continuait à chercher tout d'abord son ami Carter qui pourrait l'aider, mais ce dernier, comme nous l'avions signalé, avait déserté la région pour se diriger vers Nomini dans le comté de Westmorland, 120 km au Nord (point 11).

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Salim part donc à Nomini à la recherche de son ami Robert Carter III mais retourne à Williamsburg Bredouille. Carter ne pouvait pas l'aider pour longtemps, sa situation était mauvaise puisqu'il est entré en conflit avec les commettants de l'esclavagisme parmi eux et malheureusement, son voisin de Westmorland Georges Washington, futur président des USA. Carter aurait libéré les 459 esclaves en sa possession.

De retour à Williamsburg, Salim se rappelle d'une contrée et Il mit le cap vers l'Ouest où il avait vécu la première fois. Et c'est au niveau de la ville de Staunton, qu'il apprend que son bienfaiteur et généreux Révérend Craig est mort en 1774.

Sa recherche du chasseur Givens était aussi infructueuse. Samuel Givens, son sauveur de la forêt Monongahela, aurait quitté pour le Kentucky, mais il trouve le capitaine Dickenson, devenu colonel, qui le reçoit et l'héberge.

L'Algérien avait des moments de lucidité pour voyager, dit-on. Dickenson lui offre encore un cheval et le voilà franchir la Shenandoah pour atterrir à Warm springs là où le Révérend, un nommé Tempelton l'accueillit. Selon une assertion trouvée dans les Annales du comté Bath Frontalier d'Augusta, Salim serait enterré à Warm Springs.

La vérification a été faite, il n y a pas de décès de Salim à Warm Springs. Son séjour était court là-bas ...

A suivre partie 8


Willamsburg, W&Mary et son fondateur james Blair ainsi que le cimetière Bruton Parish commentés en Darja

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