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Cartographie sioniste: Ce fut le lapsus et la porte de garage

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JERUSALEM
Brasil2 via Getty Images
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Dans la droite religieuse américaine ... on soupire incontestablement d'aise lorsqu'on se rappelle d'une anecdote "évangéliquement" originale née dans les séries de hautes connivences américano-israéliennes.

Alors qu'il assumait les charges de gouverneur du Texas, George Bush fut invité en 1998 par le gouvernement d'Israël pour découvrir la Terre Sainte.

A vrai dire, il s'agissait d'une randonnée religieuse hautement planifiée car les ténors ultra-nationalistes de l'Etat hébreu savaient déjà que le chef texan allait devenir le candidat du caucus républicain, mais encore, futur président des Etats-Unis d'Amérique...

Bref. Ariel Sharon alors ministre des Affaires étrangères prit le soin de faire le guide touristique de Bush lors de son pèlerinage aérien par hélicoptère.

D'ailleurs, le ministre israélien s'attela à énumérer au gouverneur tous les endroits historiques du foyer biblique en se lamentant parfois sur le sort d'Hébron et Bethlehem restés entre les mains des Palestiniens.

Mais en survolant l'endroit où le territoire israélien se rétrécissait au profit de la Cisjordanie (dans cette zone elle n'est distante que de 21 km des côtes), c'est George Bush lui-même qui commence à se lamenter à son tour, et ce en se montrant très agacé par la configuration du tracé de la ligne dite verte (séparant les territoires occupés d'Israël), comme s'il voulait dénoncer une injustice faite à l'égard des Israéliens. Il dira donc à Ariel Sharon: "Vous savez, nous avons des entrées de garages plus larges que ça au Texas".

L'insinuation fut forte et la confidence prit alors place dans tous les registres d'une droite religieuse dont la majorité des adeptes ont pour Israël une admiration et une affection transformées, surtout pour le cas de Bush, en une politique révolutionnaire, voire messianique.

Sam Brownback, sénateur républicain du Kansas, mais sénateur évangéliste le plus mauvais des Etats-Unis et de toutes les époques politiques, crut déceler dans l'épithète de l'entrée de garage une adhésion totale du chef républicain au principe de la Bible-cadastre.

Cartographe sioniste par excellence, Sam est partisan de la multiplication des colonies et la judaïsation progressive de toute la Cisjordanie, car c'est dans cet endroit où se trouve l'ensemble des éléments didactiques pour un enseignement messianique éternel.

En réalité, le sénateur du Kansas est une tête de pont de bon nombre d'évangéliques, lesquels estiment que la Palestine n'est autre qu'une invention politique sans assises historico- religieuses.

Donc l'engagement envers Israël découle de la seule véracité biblique qui existe et par voie de conséquence ils se voient ordonnés d'honorer le peuple juif. Pour Timothy Weber, un théologien connu pour la pertinence dans la clarification, la jonction évangéliste-Israël s'articule sur la simple croyance de ce qu'ont apporté les Saintes Écritures.

Weber s'éloigne complètement du contexte politique et résume l'engagement des chrétiens évangélistes dans ce qu'il appelle The Dispensation Theory (la théorie de la dispensation), une philosophie d'un cataclysme apocalyptique, apparue au 19e siècle.

Cette doctrine prédit que le retour complet des Juifs en Terre sainte précipitera l'apocalypse et ouvrira la porte au retour du Messie. Les Juifs seront massacrés par l'antéchrist (faux Christ) et les survivants vont devenir chrétiens. Selon Weber, les évangéliques passent ce point sous silence, mais il considère qu'il est impératif de bien croire que la dispensation est l'élément central de leur relation avec Israël.

Reste à dire que cet élément n'a pu échapper à la vigilance de la communauté des rabbins qui, faut-il le préciser, avaient à maintes reprises critiqué l'école évangéliste, la cataloguant en secte destructrice de la nation hébraïque. Quant au gouvernement de l'Etat hébreu, c'est motus et bouche cousue.

Par tactique peut-être... et pourtant ! Ici toutes les indications prouvent qu'envers ses "alliés" religieux, il ébauche une riposte silencieuse, dosée à la fois de malice et de pragmatisme, tout en faisant très attention à la moindre tentation prosélytiste considérant, en catimini, que le point d'orgue du mouvement évangélique américain repose sur un sentiment foncièrement anti-juif. Le mouvement est guidé par une finalité de conversion de ce qu'il considère comme l'historique fauteur de crises dans l'entreprise chrétienne.

Donc, et vu la petitesse de la nation israélienne, cette visée risque de devenir un danger pour la foi juive. En somme, il s'agit d'un jeux hypocrite dans lequel s'épande en grande quantité une filouterie premier choix, puisqu'il y a certainement une partie qui se moque de l'autre et vice-versa...

En tout cas, c'est Israël qui l'emporte pour le moment. Tel-Aviv veut profiter, à travers les évangélistes, d'un appui sociétal américain pour renforcer ses gains territoriaux mais surtout pour fermer tout retour des réfugiés palestiniens.

Retournons à Sam Brownback qui fit souvent rappeler à George Bush devenu président en 2000, sa déclaration légendaire du garage en lui demandant de prendre position pour "honorer le pacte". Pour ceux qui ne connaissent pas Brownback, ils ne perdent absolument rien pour attendre.

C'est un homme aux allures d'un illuminé, qui est derrière l'association dénommée Amis chrétiens des communautés juives. Il avait travaillé ardemment pour la multiplication des colonies juives à Gaza et en Cisjordanie, inspiré par l'importance que confère la Bible au peuple élu.

En vérité, le gel des implantations ne lui a jamais plu et il est tout à fait vraisemblable qu'il garde une certaine rancœur à l'égard de George Bush, un "opposé" à l'implantation de colonies. Mais qu'en était-il de ce même George Bush ? Est-ce que son soutien à Israël était d'ordre religieux ? Qu'en était -il de sa vraie position vis-à-vis de l'islam ? Nous nous sommes revenus ,à un certains moments, mais sans importance .

Ce texte a d'abord été publié dans le Quotidien d'Oran en octobre 2006 et sélectionné par le Globalization Center of Toronto( Canada)

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