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Ici Ahmed est tombé. Ici Fatima a dit quelque chose avant la mort

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Seul l'Herbe qui régénère
Cette porte métallique ne veut pas céder
Elle est là depuis 72 ans
Ces murs ne veulent point de la pitié du temps
Ils préfèrent rester pour laver l'affront
Pour laver la honte de ceux qui oublient la mort et le fil de barbelé.

Et dire que 72 années me séparent de mai 1945, non pardon qui m'unissent à lui. Car juste le retour vers un endroit au sud de Guelma où naquit le sang de mes ancêtres, juste cela, pour que ça réveille en moi une véritable une kyrielle de frissons. Ici, rien n'a changé, les arbres dorment sur les murs éventrés et en ruines, les murs reposent sur les âmes ...

Ici les balles, des chenillards ramenés de Bizerte pour tuer les enfants. Ici les Dakota Britanniques faisaient les démonstrations de la terreur. J'imagine déjà la cruauté de cette bande d'assassins attaquant des familles sans défense dans cette petite ferme, un 10 mai 1945.

Ici je me rappelle des propos de Mahmoud. Dans la zone de Bled Gaffar (à 10 km de Guelma), c'était un spectacle à fendre le cœur d'un homme, fut-il de pierre, que celui de ces enfants restés sans parents et qu'on essaye de calmer en leur ingurgitant du lait de vache.

Des traîtres algériens de la caste Caidale s'adonnèrent au plaisir en pissant carrément sur les morts tandis que d'autres dépouillèrent les femmes pour garder des souvenirs.

Des informations rapportèrent qu'un officier militaire français était si furieux de constater l'ampleur du drame qu'il déposa, cinq jours plus tard , une plainte contre un chef des assaillants auprès du commandement de Constantine.

Ce dernier approuva la conduite des criminels après un délai bien inutile. On ne se faisait guère d'illusion quant au sens de justice chez cette hiérarchie administrative et judiciaire française. L'habitude de tuer était peut-être trop ancrée dans les esprits colonialistes pour qu'une simple prise de conscience d'un officier puisse changer les choses.

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Le martyr m'avertit : Ne crois pas leurs youyous
Crois-moi père quand il observe ma photo en pleurant
Comment as-tu échangé nos rôles, mon fils et m'as-tu précédé.
Moi d'abord, moi le premier !

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Le martyr m'éclaire : je n'ai pas cherché au-delà de l'étendue
Les vierges de l'immortalité car j'aime la vie
Sur terre, parmi les pins et les figuiers,
Mais je ne peux y accéder, aussi y ai-je visé
Avec l'ultime chose qui m'appartienne : le sang dans le corps de l'azur.

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Le martyr m'encercle: je n'ai changé que ma place et mes meubles frustes.
J'ai posé une gazelle sur mon lit,
Et un croissant lunaire sur mon doigt,
Pour apaiser ma peine.

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Ici, aux montées de la fumée, sur les marches de la maison,
Pas de temps pour le temps.
Nous faisons comme ceux qui s'élèvent vers Dieu :
Nous oublions la douleur.

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Quand disparaissent les avions, s'envolent les colombes
Blanches blanches, elles lavent la joue du ciel
Avec des ailes libres, elles reprennent l'éclat et la possession
De l'éther et du jeu. Plus haut, plus haut s'envolent
Les colombes, blanches blanches. Ah si le ciel
Etait réel [m'a dit un homme passant entre deux bombes]

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Ce martyr m'encercle chaque fois que je vis un nouveau jour
Et m'interroge : Où étais-tu ? Ramène aux dictionnaires
Toutes les paroles que tu m'as offertes
Et soulage les dormeurs du bourdonnement de l'écho.

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Dépose ici et maintenant la tombe que tu portes
et donne à ta vie une autre chance
de restaurer le récit.
Toutes les amours ne sont pas trépas,
ni la terre, migration chronique.
Une occasion pourrait se présenter, tu oublieras
la brûlure du miel ancien.

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Vous qui passez parmi les paroles passagères
portez vos noms et partez
Retirez vos heures de notre temps, partez
Extorquez ce que vous voulez
du bleu du ciel et du sable de la mémoire
Prenez les photos que vous voulez, pour savoir
que vous ne saurez pas
comment les pierres de notre terre
bâtissent le toit du ciel

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Sur mes décombres pousse verte l'ombre,
Et le loup somnole sur la peau de ma chèvre
Il rêve comme moi, comme l'ange
Que la vie est ici... non là-bas.

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Pour notre patrie,
proche de la parole divine,
un toit de nuages.
Pour notre patrie,
distante des attributs du nom,
une carte de l'absence.
Pour notre patrie,
petite comme un grain de sésame,
un horizon céleste ... et un abîme caché.

Poèmes de M.Darwich . Traduction: Saloua Ben Abda

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