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Ces journaux qui bannissent les commentaires des lecteurs

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Il serait toujours intéressant d'observer cette vague (disons mieux, cette tendance) que connait la versions en ligne de beaucoup de publications à l'échelle internationale, visant à bannir le commentaire. "Killing the comments section", comme l'affichait il y a quelques mois le journal américain The Daily Dot.

En Algérie, la publication ayant voulu ouvrir le bal en posant des restrictions sur Facebook et en excommuniant sa communauté d'utilisateurs, est le journal El Watan. Dans sa version en ligne, le portail y inséra un petit paragraphe dans lequel il décide "de suspendre provisoirement l'espace réservé aux réactions des lecteurs, en raison de la multiplication de commentaires extrémistes, racistes et insultants".

Si nous nous avons dit portail c'est juste pour marquer la différence avec un site internet, car dès qu'une petite restriction liée à une fonction quelconque, est exigée par l'insertion d'un mot de passe et d'un ID, on se trouve dans la formule du portail. La situation d'El Watan ne ressemble pas à celle d'El Khabar. Le journal arabophone qui maintient toujours sa section de commentaires , exige un nom, un email et un test sécuritaire captcha .

Même topo pour le journal La Tribune sans captcha mais qui offre la forme la plus simple et la plus pratique contrairement à Liberté Algérie, toujours avec une formule un peu éreintante. Quant à L'Expression et celui qu'on dénomme The Economist Algérien: Maghreb Emergent, ils maintiennent toujours leurs espaces. Ce dernier élargit même ses interactions en proposant des sondages.

De toute manière, si nous avons pris le cas de ces journaux, c'est juste dans un but comparatif Algérien, afin de faire ressortir ensuite le cas exceptionnel du vieux journal de la presse indépendante en Algérie El Watan et de parler de cette doctrine visant à rompre avec ce que nous avons toujours considèré comme privilèges du web 2.0 .

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En vérité, El Watan n'est pas le seul dans la planète. De grandes éditions américaines et anglaises comme USA Today prochainement, connues pour leur traditions journalistiques, sont en train de transformer aussi toute l' architecture interactive avec son lot de blogs, de réseaux sociaux et toutes ces plateformes d'application, venues auparavant stimuler l'intelligence collective .

Bien que nous sommes convaincus qu'une partie des visiteurs désobligeants et sarcastiques visant ce journal algérien est à imputer sur le compte de la vindicte idéologique, mais le dénominateur commun de toutes ces publications, réside dans ce mal causé par ce lecteur anonyme, méchant, sexiste, raciste et vulgaire.

L'américain The National Journal par exemple avait exprimé carrément un sentiment anti-commentaire, et avait décidé, sans sommation, de restreindre son espace en donnant une explication uniquement accessible en membership sous le titre "Why We're Changing Our Comments Policy ?".

Le Toronto Sun était plus poli et c'est son directeur James Wallace qui publia une lettre en septembre 2014 dans laquelle il avait promis de revoir la question vers un autre modèle d'interaction mais en donnant une justification que beaucoup trouvaient logique : "The increasing use of Sun comment boards for anonymous, negative, even malicious personal attacks, albeit by a minority, has led us to conclude our current commenting system is not serving the interests of the majority of our readers".

(L'augmentation des commentaires anonymes néfastes et même des attaques personnelles malveillantes, quoique émises par une minorité, nous ont conduits à conclure que le système actuel des commentaires ne sert pas l'intérêt de nos lecteurs. )

Toutefois, cette façons de faire de "Killing our comment section" comme l'avait brandit The Daily Dot , marginalise cette catégorie de lecteurs instruits et intelligents et permet à certains journalistes de se mettre à l'abri en continuant à persévérer dans leur élément de succès qui est : écrire n'importe quoi ou comme chez nous placer le filet en bas de Google news puis le pondre en article.

Cet avis ne fait ni chaud ni froid à la revue scientifique Popular Science, qui avait donné le ton cela fait plus de trois ans, en mettant fin à l'agressivité du lecteur hors la loi "outlaw" dans un monde où selon Pew Institute plus de 25 % des commentaires qui traversent le Web souffrent d' identité .

Popular Science est catégorique: "Comments can be bad for science, that's why, here at we're shutting them off" (Les commentaires peuvent être néfastes pour la science et c'est pour cela que nous les bannissons). Autre volet rapporté' par la BBC est le cas The Verge, ce site américain basé à New York qui traite de l'actualité technologique, de l'information et des médias.

La question qui se pose dans cet allergique aux irrévérencieux du cyber demeure dans ses difficultés à gérer les commentaires car la fonction de modérateur est un poste ou des potes à pleins temps. Modérateur pour qui ? Pour des anonymes qui, dans le souci de se détacher de leur identité, épandent un fantasme par leur impudeur .Ce que le psychologue John Suler dénomme l'effet de désinhibition en ligne (online disinhibition effect).

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