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Dick Cheney vu à la promenade d'Alger

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DICK CHENEY
DR / Getty Images / DR
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Sitôt Ould Kaddour nommé à la tête de la compagnie publique Sonatrach, sitôt la communauté médiatique algérienne retourne à son fameux registre et lance son slogan: Whatever ? Wherever ? Whenever ? However.

Quelques descriptions de plus et nous y voilà face à l'impérialisme de Haliburton et sa filiale KBR (Kellogg Brown & Root) autrement dit, celle qui avait pondu un jour cette fameuse créature sontracho-américaine dénommée BRC .

Le guide serait bien élaboré ainsi: vous avez BRC puis KBR puis Haliburton, donc un enchainement de plaques de signalisation qui vous emmène directement chez l'oncle Dick Cheney et ceux qui ont demandé à Bouteflika de nommer Chakib Khelil comme ministre de l'énergie.

LIRE AUSSI: Sonatrach: Mazouzi limogé et remplacé par l'ex-PDG de BRC condamné pour "divulgation d'informations classées secret-défense"

Cette façon de raisonner est une véritable pénibilité intellectuelle, que dire si on lui rajoute la séquence figée de Hugo Chavez venu un jour alerter Bouteflika au sujet d'un danger américain alors que son propre pays était à ce moment le champion des contrats "US" de partage de la production .

Vous ne trouvez pas que c'est simpliste ce patchwork ? Vous ne trouverez pas qu'on a l'impression qu'il sort des cahiers bleus des commissaires du peuple à la vigilance des masses ?

En réalité, un tel échafaudage d'analyses nous fait revire dans une certaine mesure l'aventure des années 80, en tout cas le trajet qu'on a fait avec une gauche aux épithètes abrutissantes très inspirée lorsqu'il s'agit de nous faire avaler les alertes des services secrets et de la 7e flotte en Méditerranée que de s'occuper de l'arbitraire de l'époque Chadli.

C'est ici ... juste ici qu'on pense que Ould Kadour ressemble à cela, car c'est le seul Algérien que le DRS a réussi à coffrer pour intelligence avec l'ennemi dans un procès obscurum per obscurius et dont la preuve serait une copie de fax qui s'est volatilisée ... Tiens tiens ... !

Et si on dit qu'on se moquait de notre intelligence dans l'affaire BRC. Oui, c'est vrai on se moquait carrément de nous, Right here ...dans ces fuites organisées sur une prétendue enquête relative à une corruption arborant des montant colossaux.

Pourtant, il était plus facile de condamner Ould Kaddour dans le cadre de sa gestion, si preuves existaient, que de lui coller une connexion avec "l'ennemi" par le biais d'un fax inexistant et aux contours cabalistiques comme sibyllins.

Un fax ! Et oui, le KGB s'est modernisé en URSS mais il est resté intact en Algérie et je ne suis pas ici pour donner un quitus de bonne conduite à Ould Kaddour ni pour voir aussi la corruption en Algérie, à travers le prisme d'un certain Toufik.

Mais disons que ça tombe bien cette affaire figée dans une image d'épinal titrée Dick Cheney, l'ennemi choisi par ceux qui nous dictent la voie journalistique à emprunter, exactement comme la 7e flotte... Déjà ça nous rappelle des choses.

Richard Dick Cheney était vice-président des USA, un ténor de Halliburton mais aussi un pur conservateur du Wyoming. L'homme fracassa les ondes en janvier 2004 en reconnaissant avoir un côté malsain.

Il s'est demandé devant une journaliste de l'USA Today s'il avait vraiment l'air d'un génie du mal dans l'ombre (am I the evil genius in the corner that nobody ever seen come out of his hole ?).

Le personnage restait d'autant plus important qu'il avait le privilège durant son règne de déjeuner avec George Bush chaque jeudi, qu'il avait une grande influence sur le président, mais surtout qu'il était le fidèle représentant de la communauté ultraconservatrice du parti républicain.

Juste un détail: les observateurs avait cru avant la convention républicaine tenue en septembre 2004 à New York que celui qui causait, par son impopularité, des maux de tête aux stratèges de la Maison-Blanche, allait enfin être retenu dans son lieu caché de l'undisclosed Location (1) afin de permettre aux tenants du conservatisme de compassion (compassionate conservatisme) de donner une image de modération dans l'espoir de tromper, une nouvelle fois, les électeurs.

En somme, Cheney était la figure de proue du lobby énergétique américain avec des conglomérats de taille, tels Exxon Mobil Corp (293 milliards de dollars en valeur boursière au soir du 19 août 2004), ou encore Chevron Texaco (105 milliards au soir du 2 septembre 2004).

Cheney est non seulement synonyme du pétrole et du charbon mais aussi de la pharmaceutique. Ennemi redoutable de l'industrie générique des médicaments, il était l'homme du cartel pharmaceutique américain.

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Justement, ce cartel était piloté par des acteurs comme Henry Mckinnel du géant Pfizer Inc (240 milliards de dollars en valeur boursière quand Cheney était vice-président).

Il était aussi proche de Merk & Co (101 milliards) sans oublier Eli Lilly & Co (73 milliards de dollars). Sa position demeura très forte chez le cartel automobile formé par le trio Ford Motors-Daimler Chrysler- General Motors (92 milliards de de dollars en 2004 ), trio pour lequel il ne cessait à cette époque d'entretenir le tandem traditionnel avec les Saoudiens.

D'ailleurs, ce n'était nullement étonnant le fait de voir Dick Cheney recommander à George Bush, un certain Adrew H. Card comme directeur du personnel de la Maison-Blanche.
Cet ex-lobbyiste de GM (General Motors) a pu battre beaucoup de projets de loi visant à forcer l'industrie automobile à s'ajuster aux normes d'économie en matière de carburant.

En l'an 2000, alors que le vice-président acheva son fameux plan énergétique Affordable Reliable and Environmental Sound of Energy for Americas Future, dans lequel il insiste sur le renforcement des alliances avec des pays producteurs parmi lesquels se trouve l'Algérie.

Le ministre de l'Energie et des Mines Chakib Khelil vit une occasion inespérée pour se positionner, lui qui a toujours rêvé d'avoir un fil pour toucher les hauts responsables américains.

Accès a l'OMC contre facilitation, vrai ou pas vrai, c'était grâce au pétrole de la république que Bouteflika, sur conseil de son ministre de l'Energie, avait décidé de demander à être reçu, pour 20 minutes par le président américain, et c'est au vice-président qu'on s'est adressé avant pour régler l'audience. Dans ces démarches, il fallait dire mieux : selon un journaliste spécialisé du Washington Post, l'Algérie aurait payé pour toucher Cheney d'abord.

Il faut surtout souligner que le vice-président américain avait dirigé Halliburton de 1995 à 2000. On dit qu'actuellement, il n'a plus d'intérêt direct dans la compagnie. Halliburton lui avait versé plus de 45 millions de dollars mais continue de lui envoyer 200.000 dollars chaque année à titre de compensation différée.

En 1986, alors qu'il était sénateur de l'Etat du Wyoming, il s'est opposé à la promulgation d'une résolution demandant la libération de Nelson Mandela.

C'est un personnage trop complexe, et ce n'était pas anormal de voir des jeunes de New York en 2004 porter des t-shirts sur lesquels est écrit "Fuck Bush ... Fuck Cheney". Mais toute cette image ne pouvait faire de Cheney une caricature impérialiste, car notre pays avait gagné avec la venue du cartel pétrolier Texan ... Je pense ... Mais Comparons.

NOTE:
(1) Undisclosed Location : dans les périodes d'alerte et afin d'éviter la décapitation de l'Exécutif, on cache le vice-président dans un endroit secret.

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