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Contes de l'Est: Assalam Alaykoum, moi c'est Kadi et lui c'est Benghabrit

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Acte 1:

Je n'ai pas oublié les contes de mon grand-père et "Nass lougdoum" (les gens anciens) au sujet de l'éclatement de Douar Sfahli, commune mixte de la Sefia, dans l'histoire d' un proche parent, un certain Brahim ben Ahmed, âgé de 10 ans en 1889, mais confié, peu avant, par sa mère à l'orphelinat de Mjaz Amar (Guelma), là où on s'est chargé de son éducation, de son instruction et probablement de sa conversion.

Enfance puis une jeunesse loin d'un foyer familial, le voilà tuer le 14 mai 1903 un colon du nom de Cheymoul, un des propriétaires de la ferme Moulin Descombes entre Millesimo (actuellement commune de Belkhir) et Héliopolis. Le dossier de colonisation de la préfecture de Constantine (AN, FRACOM 93/1890) mentionne un ou des meurtrier(s) non retrouvé(s).

En réalité, le crime est probablement imputable à une affaire d'adultère dont seraient coupables le fugitif et une huguenote ! Tout ce qui a pu être dit sur ce scandale, c'est un endroit aménagé pour Brahim venu demander l'aide de sa tribu, endroit où on a pu le cacher au moment où le reste du douar -l'autre moitié était déjà déportée à Barika en 1899 suite au meurtre du Caid de Khezara ex-Lapaine- mobilisa tout ce qu'il avait comme ressources, pour l'expédier aux fermes de Grombalia (Tunisie) vers la fin de 1903, via une Zaouia de Beni Salah- Bouhajar (ex-Lamy) .

On parlait déjà de la Goulette (Tunis) comme bourg Italien, et tout porte à croire que l'Algérien aurait embarqué de cet endroit pour se retrouver en 1905 a l'île Ellis (New York). Lisinger ou Lesinger serait le nom d'adoption et les traces nous ramenèrent à l'enterrement à Bridgeport (Connecticut) au mois de Mars 1947, d'un certain Joseph L. Lasingre âgé de 68 ans.

Cette histoire est devenue une inspiration pour un autre cousin qui, 45 ans plus tard, soit au début de 1950, a voulu lui aussi rejoindre l'Amérique en volant deux bœufs à sa famille, pour les vendre au souk de Hammam N'bails (Guelma), dans le but d'assurer son voyage. Malheureusement point de bateau, puis il s'est trompé carrément de chemin. Tahar se retrouva chez une respectable famille libyenne de Benghazi au moment où on intronisait le Roi Idriss. Mais le Roi Idriss comptait peu en début de 1952 , puisque toute la ville de Benghazi commençait a vivre juste après, au rythme de la radio Égyptienne et la montée triomphale de Gamal Abdenasser .

Apres quelques mois, le voilà arrivé au Caire pour devenir journaliste à El Akhbar et El Gamhouria. Jusqu'en 1970, il continuait à nous inonder de lettres à partir du Caire avec le lot habituel de langage pompeux: Dr Sahafi al Kabir (grand journaliste). Et c'est à ce moment-là qu'un cousin immigré en France lâcha une phrase assassine : "c'est qui ce stupide de Docteur ? Un mot de plus et ce fut la guerre chez nous entre l'Egypte et la France.

Acte 2:

Je n'ai pas oublié d'autres contes de Douar Sfahli sur si Kadi l'ingénieur et sur l'oncle paternel que j'ai pris son prénom, le théologien qui arriva à Baghdad en 1911 .On disait qu' Il avait de très bon liens avec Hocine Ben Ali, Charif de la Mecque, mais laissons cela de coté.

Sur, l'ingénieur, suivons les détails de la vielle Romana Kadi, sa descendante, une femme de la même tribu de Yacine Kateb. Romana me parla au début des années 1980 de ce remarquable Cherif Kadi né en 1867 a Sfahli, avec une enfance à Souk Ahras. Il est devenu à 20 ans, le premier ingénieur polytechnicien musulman.

Diplomate et écrivain, le voila stoppé au grade de colonel, alors qu'il méritait grandement le grade de Général. En 1916, lorsque le Charif de la Mecque fit appel aux britanniques pour déloger les Ottomans, poussant Londres à organiser la fameuse expédition de Lawrence d'Arabie, les Français firent de même et c'est le colonel Kadi Cherif qui prit la tète d'une délégation militaire parisienne.

Les circonstances d'une réception étaient exceptionnelles au moment ou Charif Hocine Ben Ali rencontrait les deux délégations occidentales. En effet, Kadi se détacha de la ligne franco-britannique et s'approcha du Cheikh en lançant "Assalam Alaikoum Ya Saidi Echarif .... je suis le colonel Kadi, je suis musulman, je suis Algérien". Jamais le protecteur des Lieux Saints n'avait, un seul instant, imaginé rencontrer un officier supérieur, musulman et parlant l'Arabe.

Ce fut l'événement dit-on. Les liens se renforcèrent et Hocine Ben Ali demande à Kadi de rester pour l'aider. Le colonel musulman répondit que la bonne aide réside dans le fait de renforcer les liens de la Mecque avec les musulmans de France, pour qu'ils puissent venir en nombre accomplir le hadj et voir la tombe du Prophète. Les musulmans de France doivent renforcer leur vie spirituelle, disait-il.

L'enfant de Sfahli, appelé aussi "Serviteur de l'Islam", envoya par la suite une correspondance demandant la désignation d' une délégation de musulmans de France dirigé par Kaddour Benghabrit,uniquement dans le but évoqué avec le Charif Aujourd'hui certains menteurs, au lieu de se limiter à une position politique légitime contre la ministre de l'Education Algérienne, s'arrogent le droit de dire des graves mensonges sur son grand père Kaddour Benghabrit, devenu un "traître", parti à la Mecque aider le colonialisme, contre "les bons "Ottomans.

Faut-il répéter que jamais, et les témoignages le prouvent, il y a eu des gens respectables et d'une droiture irréprochable comme furent les Algériens comme Kadi (mort en 1939) et Benghabrit (mort en 1954). La seule voix discordante, fut celle de Yacine Kateb, né en 1929 et qui ne partageait pas la définition arabe que donnait Kadi Cherif dans son livre sur Beni Keblout.

En tous cas, Kadi Cherif et Benghabrit Kaddour ne se mêlèrent que des choses qui concernaient l'Islam, la foi, et les lieux Saints comme foyer de l"islam. Jamais ils n'ont pris part aux querelles inter-arabes du Moyen-Orient. Ces gens étaient aimés et respectés par tous, y compris par les Saoudiens qui reprirent la gestion des lieux saints en 1924. Que dire alors de Faycal, fils de Abdelaziz Ibn Saoud, l'Emir qui leurs déclarait en 1932, "vous ne pouvez imaginer la place que je vous réserve dans mon cœur".

Aujourd'hui, ce sont Ben Naâmoum ou Ali Benmohamed qui vont nous faire découvrir l'eau chaude. Certes, les gens ont le droit de critiquer, dénoncer Nouria Benghabrit , mais pas élaborer des bulletins de notes sur son origine, son algériannité ou son droit en tant que citoyenne au respect, tout d'abord pour elle et ensuite pour sa famille. Il faut admettre avec objectivité et honnêteté que c'est Kaddour Benghabrit qui fut l'architecte ayant crée le Habous. Il fut aussi un modèle dans l'organisation du hadj, pour tous les Maghrébins. Aucun pays au monde musulman n'a pu arriver à se hisser à son standard moderne de gestion des lieux du culte, mais aussi dans la structuration de la solidarité musulmane en France. C'est le grand père Kaddour qui a planté l"islam en France, car il connait la valeur de la Oumma et voyait très loin ces générations qui arrivent.

Aujourd'hui c'est Athmane Saadi et son émule El Hadi Hassani qui divaguent en Algérie alors que d'autres détraqués pilulent en France ... Enfin c'est Benghabrit qui a reçu à la mosquée de Paris, la lettre provenant des USA de l'exilé Brahim Ben Ahmed, devenu Joseph Lesinger (Acte 1). Il en a pris soin, et il l'a remise via un intermédiaire et en toute discrétion à l'instituteur Ali Ben Hamana, né en 1891 Sfahli, et mort a l'âge de 26 ans a Douaumont (Meuse).

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