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Et après Homs?

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Un cessez-le-feu temporaire à Homs a permis l'évacuation de civils et l'acheminement de l'aide humanitaire à l'intérieur de la Vieille Ville. Pour la première fois dans la folie de la guerre civile syrienne, il y a eu une lueur de ce qu'on appelle "normalité" dans les zones de conflits: des véhicules des Nations Unies faisant des allées-venues, apportant aide et espoir à une population désespérée. Cette guerre est si terrible et ceci depuis si longtemps que je crains que nous en perdions le sens de la normalité.

Il n'est pas normal qu'il ait fallu quatorze mois à l'ONU pour négocier une trêve humanitaire à Homs. Il n'est pas normal que les convois humanitaires en route pour Homs se fassent tirer dessus. Il n'est pas normal qu'au moins 240 000 personnes soient prises au piège dans des zones assiégées et trois millions d'autres dans des zones où les combats empêchent un acheminement régulier de l'aide. Il n'est pas normal que les travailleurs humanitaires deviennent la cible idéale des combattants des deux camps. Il n'est pas normal que des civils soient arrêtés de façon arbitraire et détenues au secret.

Mais c'est la réalité syrienne - des civils ont été tués et privés de toute assistance, jour après jour, depuis trop longtemps et sous les yeux du monde entier. En fait, le monde ne peut même plus être témoin parce que les journalistes- nos yeux et nos oreilles- sont également visés à un degré tel que même ces témoins courageux ne sont pas capables de travailler dans cet environnement extrêmement hostile.

Alors, quand est ce que l'inacceptable devient normal ? Est-ce que cela se produit juste parce que la situation dure depuis si longtemps, que les standards moraux en deviennent flous et que le droit humanitaire international, les "lois de la guerre", en est enterré aux côtés des victimes de ce même mépris évident pour leur existence ? Qu'est-ce que qu'il nous en coûterait à nous tous de reconnaitre qu'il ne s'agit plus seulement de la souffrance du peuple syrien mais aussi du genre de personnes que nous sommes... et de la manière dont nous nous définissions par rapport à notre propre compréhension de ce qu'est l'humanité ? Nous ne pouvons pas laisser la Syrie devenir le tombeau de dizaine de milliers et de nos principes universels.

J'espère que cette percée partielle dans Homs pourra être l'amorce d'un nouveau départ. Bien que loin d'être parfaite, elle a montré que les cessez-le-feu sont possibles, que des vies peuvent être sauvées. Mais elle a aussi souligné la tragédie de ceux qui sont pris au piège ailleurs - à Madamiyet Elsham et Yarmouk, à Nubl et Zahra, dans l'Est de Ghouta et Darayya- avec aucune possibilité pour l'aide d'y entrer ou pour les civils innocents d'en sortir.

Une communauté internationale déterminée et unie peut changer cela et apporter une attention renouvelée au respect du droit humanitaire international, pour le bien du peuple Syrien et de notre propre humanité.

A New York et à Genève, à Washington et à Moscou, à Bruxelles, Téhéran et Ryad, il est temps de mettre de côté nos divergences sur qui sont les responsables de cette guerre et de nous unir sur ce qui est juste: protéger les civils innocents et les travailleurs humanitaires qui sont là pour aider. Nous savons, de par notre douloureuse connaissance de la guerre, que cela peut être fait.