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Vers une reconstruction des ports Puniques?

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CARTHAGE PORT
creative commons/T A via Flicker
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Le voici, somptueux au milieu des eaux, symbole ultime de la puissance militaire et maritime de l'empire Carthaginois et témoin d'une véritable prouesse architecturale: le port de Carthage.

Techniquement supérieur à tout équipement maritime existant, le port de Carthage était l'organe vital de la ville antique. Il faisait partie de Carthage, c'était le cœur et les poumons de la cité.

A la fois naval et commercial, le port avait une seule et unique entrée de par la mer, large de 20 mètres et que l'on pouvait fermer avec des chaînes d'acier. Il faut imaginer la somptuosité de cet édifice et tout l'effroi et l'émotion que puisse ressentir quiconque se tenant jadis droit devant le lieu.

Pour comprendre le fonctionnement du port punique, il faut commencer par savoir qu'il abritait deux ports séparés: une marina rectangulaire commerciale possédait des quais classiques pour faciliter le chargement et le déchargement des marchandises si bien qu'à Carthage, en l'an 400 avant notre ère, il était tout à fait possible d'acheter et de vendre tous les produits existants dans le monde connu.

Le deuxième port était circulaire et était réservé à un usage militaire. Près de 30 loges étaient aménagées symétriquement en plus de 140 postes d'amarrage additionnels sur sa circonférence, permettant d'abriter en tout 220 navires.

Ce port circulaire était la chambre d'opérations de la férocité militaire de Carthage, une sorte de Pentagone américain actuel.

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Ce qui se passait à l'intérieur de l'édifice circulaire était top secret si bien que même les marchands du port rectangulaire ne pouvaient pas voir les arsenaux. Un pavillon était érigé pour que l'amiral exerce sa patrouille sans pour autant que les bateaux venant du large ne puissent distinguer l'intérieur du port.

Une véritable prouesse architecturale et tactique qui donna à Carthage une réputation de superpuissance maritime et militaire.

Le port Punique de Carthage est indiscutablement le port le plus majestueux de l'antiquité, et une des œuvres antiques les plus remarquables que l'être humain eut jamais construit avant notre ère.

Qu'en est-il aujourd'hui?

Aujourd'hui, une seule cale sèche a été découverte par l'archéologie moderne, vestige de la force navale que commandait jadis le port.

Le port punique est un site touristique et culturel enregistré dans le patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1979, mais il suffit d'y aller faire un tour et arpenter les marches de ce que fut autrefois les pyramides de Gizeh de l'Afrique du Nord pour observer la mascarade de l'État tunisien.

Le paysage est aussi bien ahurissant qu'émouvant. Ce qui reste du site après les grandes destructions n'est pas grand-chose.

Pour l'occasion, tout autour du site de l'arsenal, des envahisseurs s'y sont installés.

Bateaux de pêche, stèles en bois et maisons luxueuses contournent d'ores et déjà le lieu avec totale impunité, même si les verbes "encercler" et "séquestrer" sont nettement plus appropriés dans ce contexte.

Jusqu'alors, nous n'avons entendu aucun ministre bouger un seul doigt pour sauver l'honneur de la Tunisie.

Des théâtres romains, des colisées, des aqueducs ou des thermes, il y en a pourtant pléthore dans la méditerranée, mais il y a eu un seul et unique port antique d'une semblable grandeur durant l'antiquité.

carthage

Que peut-on en faire?

Nous avons entendu une seule ministre de la culture évoquer explicitement le point du tourisme culturel dans le gouvernement technocrate de Mehdi Jomaa.

Amel Karboul avait à l'époque proposé de transformer les monuments historiques tunisiens en de véritables produits, faisant des rentrées de "cash".

Ceci pourrait avoir l'air d'une petite fantaisie, mais c'est ce qui se passe véritablement dans les pays développés qui puisent dans leur culture pour booster leurs économies.

Malheureusement, l'agenda de Mme Karboul était limité dans le temps et sa proposition n'aura pas vu le jour, mais ce qui pourrait ou devrait se faire par rapport au port antique le puissant et le plus vandalisé au monde n'est pas peu signifiant. Le port peut être reconstruit.

Le site mérite amplement d'être rénové comme a été déjà rénovée la villa romaine de la Volière sur la colline de Byrsa.

Le chantier en lui-même ne devrait pas coûter des montants exorbitants puisque le port est originellement fait de pierre, et des maquettes détaillées existent déjà pour ses deux versions Carthaginoise et Romaine, d'autant plus qu'il est aujourd'hui tout à fait possible de rebâtir des monuments entiers tout en protégeant les ruines découvertes (Les gradins du théâtre romain de Carthage ont été rebâtis à 70% au moins).

Il serait excitant pour les amoureux de Carthage et émouvant pour les touristes de voir renaître de nouveau le symbole de la puissance de la méditerranée du Sud, avec une visite désormais payante et une balade à bord d'un bateau de guerre phénicien au milieu des eaux du port, le tout accompagné d'un récit évoquant la gloire de Carthage et le holocauste Romain.

Des souvenirs pourraient se vendre sur place et une petite salle pourrait être aménagée pour visionner des animations en 3D sur le fonctionnement originel des ports puniques, le tout étant payant. C'est ce qu'on appelle un produit culturel!

N'est-ce donc pas un crime envers les Tunisiens que de bâtir des maisons tout autour du port?

N'est-ce pas révoltant que l'empire Carthaginois reste aux strapontins des cultures et du tourisme mondial, uniquement parce que nos monuments ne sont pas assez mis en valeur?

Ceci est un cri de détresse qui devrait faire se lever les ministères de la Culture et du Tourisme pour justement marier culture et tourisme et ainsi tenter de redresser la côte, diversifier le produit et améliorer l'image de la République auprès de nos chers visiteurs.

Un cri de détresse, mais aussi une invitation au rêve et à l'espoir, l'espoir de vivre dans un État fort, reconnaissant envers son passé glorieux et pragmatique dans son exploitation, parce que les nations qui ne respectent pas leur héritage, n'auront vraisemblablement pas d'avenir.

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