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Pourquoi l'ouverture du secteur audiovisuel aux chaînes privées tarde à voir le jour?

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AUDIOVISUEL - Le Maroc a connu au cours des 15 dernières années une liberté dans la création médiatique, notamment dans le domaine de la presse écrite et électronique, suivie par une ouverture à l'investissement privé dans le domaine de la radio. Les radios privées marocaines célèbrent cette semaine 10 années de la libéralisation du secteur.

Malgré les mises en garde qui ont accompagné cette ouverture, surtout quand il s'agit de programmation de diffusion en direct, les expériences actuelles ont réussi à trouver un équilibre entre la liberté d'expression et l'augmentation des taux d'audience, attirant par la même occasion les investissements des annonceurs.

La Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA) n'a pas enregistré des irrégularités graves pouvant affecter négativement cette expérience, ce qui a fait du Maroc un des pionniers dans ce domaine dans le monde arabe. Bien que le gâteau publicitaire global n'ait pas augmenté au cours des cinq dernières années de manière spectaculaire, les radios privées ont réussi à augmenter leur attractivité à la publicité, en transférant à leur avantage une partie des investissements des annonceurs qui étaient destinés à la télévision et à la presse écrite.

La part d'investissement publicitaire à la radio est ainsi passée de 7% en 2010 à environ 20% actuellement. Ainsi, la question qui demeure ouverte est: pourquoi le secteur de l'audiovisuel n'a-t-il pas profité de cette vague d'ouverture, malgré l'existence de plusieurs indicateurs de réussite de cette expérience et la volonté de nouveaux investisseurs nationaux et internationaux de créer de nouvelles chaînes de télévision privées?

La réponse est peut-être aujourd'hui entre les mains des décideurs, mais cela n'empêche pas de présenter quelques arguments qui mettraient cette ouverture au rang du besoin urgent:

- Au niveau politique, après avoir traversé le printemps arabe sans trop de dégâts, et avoir engagé de nombreuses réformes constitutionnelles et politiques, le Maroc doit donner également des signes d'ouverture à la libéralisation du secteur de l'audiovisuel, en raison de l'impact positif que cela aurait sur les droits de l'homme et la liberté d'expression dans les forums nationaux et internationaux;

- Sur le plan social, les Marocains sont à la recherche depuis des années de chaînes de télévision qui reflètent leur vraie image et diversité, sans les cantonner dans des stéréotypes spécifiques et limités. L'ouverture aux chaînes privées nationales ou régionales est un moyen efficace pour concilier les Marocains avec la télévision locale, chose qui réduirait leur dépendance aux chaînes étrangères qui propagent un modèle de société différent du nôtre;

- Au niveau économique, et en dépit de la contraction du marché de la publicité en raison de la quasi-stagnation de l'économie nationale et surtout le nombre limité des entreprises qui ont recours à la télévision, la création de nouvelles chaînes de télévision contribuera non seulement à attirer l'investissement national et international, mais aussi à créer de nouveaux postes d'emplois à forte valeur ajoutée. Elle contribuera également à la reprise d'activités de plusieurs sociétés de production nationales et à travers elles les comédiens, techniciens et réalisateurs, pour créer ainsi une dynamique et constituer le noyau d'un nouveau type d'écosystème. D'autre part, les nouvelles chaînes privées ouvriraient la porte aux TPE/PME (85% du tissu économique national) pour exploiter la télé à des prix plus abordables pour augmenter leur visibilité et leurs ventes par conséquent;

- Au niveau concurrentiel, les chaînes privées engageraient le pôle public dans une nouvelle dynamique de compétition en faveur du téléspectateur et de l'annonceur marocain. La concurrence imposera également la révision des prix exorbitants des passages publicitaires, qui arrivent, par exemple, pendant le mois de ramadan à des niveaux record (110.000 DH pour un spot de 30 secondes).

Ce sont ainsi quelques aspects positifs que l'ouverture du secteur de l'audiovisuel à l'investissement privé pourrait apporter. Cela exige une volonté politique et la gouvernance nécessaire pour insuffler une nouvelle dynamique dans les médias nationaux, dont l'impact positif se manifestera non seulement sur l'éducation et l'information du citoyen mais aussi sur cette Marque Maroc aux niveaux national et international.

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