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Chokri Belaid: Une idée que personne ne peut assassiner!

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CHOKRI BELAID
AFP via Getty Images
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La mort de Chokri Belaid a enfanté 12 millions de Chokri! En l'assassinant, ses meurtriers n'auraient pas pu prévoir qu'ils allaient donner naissance au mouvement: "Nous sommes tous Chokri Belaid".

Chokri et tous nos martyrs sont autant de bougies allumées qui éclairent le chemin de notre voyage vers la paix, la liberté, le développement et la prospérité!

Une des images qui m'a marquée autant que les images de 1 million 400.000 Tunisiens célébrant le départ de Chokri, au son des youyous des femmes tunisiennes libres, c'est la même célébration de son départ dans «Midan Al-Tahrir», au Caire. Cette solidarité transfrontalière est la meilleure réponse que tous les peuples peuvent donner à n'importe quelle tyrannie!

Plus que jamais nous avons besoin d'apprendre les uns des autres et de progresser avec une vision commune qui nous unit, loin de n'importe quel chauvinisme machiavéliquement entretenu par tous nos dictateurs. Loin de cette absurde croyance que nous détenons la vérité et lutter quotidiennement contre notre ego pour réussir à amplifier l'espace de notre conscience qui doit regorger d'amour, de gratitude, de liberté et surtout de responsabilité! Tellement fière d'être Tunisienne et d'être Chokri Belaid!

Répondant à mon appel d'apprendre les uns des autres et de nous unir face au terrorisme, une amie algérienne m'a envoyé cette réponse que j'ai voulu offrir à la mémoire de Chokri Belaid:
"Depuis ce mercredi funeste, en revisitant notre décennie noire et le printemps des jasmins, quoi écrire, quoi dire pour exprimer ma solidarité, partager avec vous ma peine... Permettez-moi alors de partager "ce qu'il me reste de mon vécu de plus d'une décennie de violences dites aveugles pourtant loin s'en faut, d'horreurs barbares c'est incontestable, de destructions massives certes mais néanmoins ciblées et plus que tout car systématiquement ignoré et jamais évoqué le silence assourdissant de la raison!

Dans cette logique imposée de rupture, l'important est d'occuper les foules plus que de leur faire peur. La peur n'a plus aucun sens dans un tel contexte où chacun "est mort puisqu'il sait qu'il doit mourir" et de poser les fondements pour de nouvelles règles de partage voire d'accaparement des ressources y compris humaines! Irritante constante, cette rupture méthodique avec la raison savamment entretenue par tous les protagonistes: les acteurs du futur se doivent de nettoyer les espaces où peuvent émerger les graines de la Révolution.

Comme déjà dit à maintes reprises, la révolution en Tunisie reste encore à imaginer, et révolte n'est pas révolution. Seuls les islamistes non seulement le savent parfaitement mais ils s'interdisent de l'oublier. Gardons-nous d'oublier que l'Ouma n'a pas d'emprise nationale et donc la quête de spécificité nationale dans leur réponse est un mythe puéril!

Alors il nous faut donc raison garder et se méfier du marché de l'émotion (le rendez-vous du cimetière fut notre quotidien pendant longtemps!); se méfier du piège du "gouvernement de technocrates apolitiques" qui porte les graines de l'illégitimité et de l'inefficacité car pendant qu'ils finaliseront leur future Révolution aux contours déjà esquissés (n'oubliez jamais qu'ils ont la légitimité des urnes et peu importe dans quelles conditions) les démocrates acculés à la réaction entretiendront la révolte. La suite et ses effets sont hélas trop bien connus mais l'Histoire s'en souviendra!

Alors, en partageant votre peine et votre désarroi, je souhaite à chacun d'entre vous d'avoir la force de "conserver son courage et sa tête quand tous les autres les perdront" et la sagesse de se rappeler que la démocratie idéale est celle qui organise et donc garantie les conditions d'un bien vivre ensemble c'est-à-dire des règles des recours applicables et opposables à tous et pas cette démarche destructrice : "Moi je vis et toi tu crèves" portée par diverses couleurs ou litanies ! Dur, dur, dur est le chemin de la démocratie surtout que cette destination n'a pas d'importance seul le voyage compte! Donc bon voyage!"

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