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Après les attentats, allons-nous enfin nous attaquer aux racines du mal?

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MOHAMED LAHOUAIEJ BOUHLEL
Eric Gaillard / Reuters
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TERRORISME - La semaine dernière encore tu es restée accrochée à cette chaîne d'informations en continu que tu ne cesses de critiquer pour sa capacité à créer en toi des poussées de stress et d'angoisse mais qui arrive toujours à te capter par temps d'attentats.

Une fois de plus, tu as suivi l'évolution du nombre de victimes à travers un bandeau en bas de ton écran et tu as fini par oublier que derrière ce décompte funeste se cachaient des hommes, des femmes et des enfants qui rendent leur dernier souffle en direct dans une sorte de télé réalité morbide.

On a encore une fois insisté sur l'origine maghrébine des terroristes et on a sciemment occulté le fait qu'ils aient passé la majeure partie de leur vie en France ou qu'ils y soient même nés, ne partageant avec leurs pays d'origine qu'un goût prononcé pour les épices et le couscous.

Ce dangereux dédouanement va à nouveau conduire à des frappes aveugles à l'autre bout du monde où les premières victimes seront des civils et des enfants utilisés comme boucliers humains et pour lesquels il n'y aura ni minute de silence ni deuil national.

Dès le lendemain de l'attaque de Nice, tu as découvert, sans surprise, la photo d'un jeune déstabilisé, mal dans sa peau et en quête de sens à l'image de la majorité de ses frères d'armes: des adolescents en pleine crise hormonale à qui on fait miroiter la volupté des pucelles de l'au-delà. Et les mêmes questions ont raisonné dans ta tête... Jusqu'à quand ce pays refusera-t-il d'admettre que l'origine du problème ne se trouve pas au Maroc ou en Tunisie mais chez lui dans des banlieues et des quartiers laissés pour compte où les discours de haine trouvent un écho particulier?

Jusqu'à quand resterons-nous spectateurs de débats stériles sur fond d'enjeux électoraux entre une gauche dépassée par les évènements et une droite vindicative? Allons-nous enfin nous attaquer aux racines du mal et essayer de comprendre - n'en déplaise à un certain Manuel Valls pour qui comprendre c'est justifier - ce qui peut pousser un Français à écraser ou à tirer sur d'autres Français comme lui?

Allons-nous continuer à nous entretuer jusqu'au dernier et donner raison aux personnes qui n'hésitent plus à avancer la thèse du choc des civilisations? Et puis des voix s'élèveront à nouveau pour demander aux musulmans de France de se désolidariser de ces actes odieux et elles auront raison parce que, qu'on le veuille ou non, ces criminels se réclament de la même religion que nous et c'est de notre responsabilité de mener ce contre-djihad qui consiste à rétablir certaines vérités sur l'islam.

L'idée n'étant pas de courber l'échine ou de faire amende honorable à chaque fois qu'un détraqué crie "Allah Akbar" mais que chacun de nous essaye à son niveau de contrebalancer la déplorable publicité faite à cette religion.

Tant que la France refusera de comprendre comment en est-elle arrivée à produire ses propres terroristes, tant que le pays n'aura pas pleinement pris conscience de son passé colonial, de la forte immigration qui s'en est suivie et de tous les problèmes identitaires qui en découlent, les extrêmes continueront à profiter de ce climat délétère pour grossir les rangs de leurs adhérents et nous serons toujours exposés à la folie d'un groupe terroriste dont l'objectif est de diviser et de cliver une société qui semble à deux doigts de succomber à cette regrettable tentation.

Il est difficile de conclure cette chronique par l'habituel "Carpe Diem", car ton optimiste est mis à rude épreuve. Mais se laisser abattre par toute cette actualité voudrait dire qu'ils ont déjà gagné dans un sens et comme tu refuses de leur octroyer ce plaisir-là: CARPE DIEM mes amis, et à la semaine prochaine.

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