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Wahdek ya Stouffa!

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La Tunisie, si elle ne l'avait pas encore fait, vient de graver de son empreinte les discours politiques qui feront date, et c'est à notre tout-puissant et bien-vaillant Président de l'Assemblée nationale constituante que reviennent les lauriers de cette reconnaissance.

Du tr√®s grand Mustapha Ben Ja√Ęfar. Une sorte d'invincible gaulois, l'Ob√©lix des temps modernes, qui ne craint que le Ciel, et vu les orages de ces derniers jours, il devrait, du reste, manifester quelques humilit√©s √† ce propos, m√™me si son courage est plus fort que les √©l√©ments.

Droit devant son micro, il nous regardait droit dans les yeux, le doigt droit vers nous, bref, un vrai contraste avec sa ligne politique, comme pour la mettre en exergue, ou nous rappeler qu'il n'ignorait pas l'existence de la rectitude.

Le d√©cor √©tait cosy: rideaux en taffeta rouge, mur ocre et, pour parfaire les codes de communication, une porte ferm√©e en arri√®re plan, parce que Mustapha Ben Ja√Ęfar est respectueux des biens de l'Etat, il n'enfonce que les portes ouvertes.

Une chevelure impeccablement rangée à force de la couper en quatre, un costume taillé près du corps, parce que lorsque le corps est sain, l'esprit a plus de chance de le devenir. Un gros micro unique et un pupitre en bois; le plexi, ce n'est pas écolo, et un gros micro empêche de sonner creux.

Le fond, maintenant. Bon, le fond. Alors, le fond. J'en suis à une demie page sur la forme, je dois faire deux pages au total, il faut remplir une page et demi avec le fond. C'est à dire que je dois en écrire plus que ce qu'il n'en a dit.

Bien.

D'abord, sachez que Mustapha Ben J√Ęafar est central sur l'√©chiquier politique tunisien. Que, comme il s'y est engag√©, il a men√© toutes les consultations politiques avec toutes les parties en pr√©sence. Au diable le protocole, il ne craint que Dieu il vous l'a dit, il a donc m√™me daign√© se d√©placer pour aller rencontrer certains interlocuteurs. A savoir, d'ailleurs, si les lunettes et le t√©l√©phone portable de LA photo ne sont pas les siens.

Eh oui, vous avez bien entendu, Mustapha ben J√Ęafar s'est d√©plac√©. Mais all√ī quoi, IL S'EST DEPLAC√Č. Aucune r√©action aujourd'hui dans la presse, aucun commentaire. Je pense que personne n'a mesur√© la substantifique moelle de l'importance de cette information, mais Mustapha BEN JA√āFAR s'est d√©plac√©.

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Les multiples d√©placements de Mustapha Ben Ja√Ęfar
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Et effectivement, c'est une atteinte de taille au protocole, mais il faut se donner les moyens de ses ambitions. Le contribuable lui fournit les moyens et il s'occupe de l'ambition. Oui, parce qu'il ne s'est pas déplacé en TGM non plus. Voiture, chauffeur, garde du corps, assistant, assistant de l'assistant. En attendant, il s'est déplacé, parce que l'urgence de la situation le justifiait. Non, vraiment, ce Monsieur est d'un dévouement historique. Serait-ce au cours de l'un de ces déplacements qu'il a d'ailleurs trouvé et la maison à Gammarth et le financement d'acquisition pour sa collègue Maherzia? En tout cas, ça lui a plus, elle l'a acheté et l'a chaudement remercié. Serviable en plus, le Monsieur.

Oui, Mustapha ben Ja√Ęfar a fait ce qu'on attendait de lui, et si vous souhaitiez qu'il s'en aille, qu'il disparaisse de la sc√®ne politique, votre voix n'a pas √©t√© entendue. De toute mani√®re, vous autres, ceux-l√† qui appelez √† son d√©part, vous n'√™tes que des sfer facel; alors que lui a obtenu un majoritaire 9%. De toute mani√®re, Mustapha Ben Ja√Ęfar ne s'embarrasse pas des voix, il les recueille et les porte ensuite au parti qui lui donnera le perchoir. Il n'√©coute que celles de Dieu, et comme elles sont imp√©n√©trables, il n'√©coute que soi-m√™me. C'est bien le seul d'ailleurs. A s'√©couter.

Bref, Mustapha Ben J√Ęafar a consult√©, puis reconsult√©. Vous ne vous en doutiez pas? Vous exag√©rez. Ca se voit tout de m√™me, c'est palpable tous les jours. Vous ne voyez pas que la situation se d√©tend, que les choses se d√©bloquent. On sent d'ailleurs un meilleur climat g√©n√©ral en Tunisie. On est en s√©curit√©, les dangereux lanceurs d'Ňďufs sont en prison, ceux qui les filment aussi. Alors? Vous voyez que la s√©curit√© s'arrange. Dieu est grand et les prisons tunisiennes aussi. Elles peuvent contenir tous ceux qui doutent de son existence, dont Jabeur et tant d'autres m√©cr√©ants. Qu'il est bon de pouvoir d√©ambuler en ne croisant ni pa√Įens ni Ňďufs.

Autrefois, les religieux √©taient emprisonn√©s, mais, une fois le pays lib√©r√©, ce sont ces salauds d'ath√©es qui sont au trou. Et qu'ils y croupissent. Dieu reconna√ģtra les siens, mais les Hommes ont d√©cid√© de lui m√Ęcher le travail.

Quoi le co√Ľt de la vie? Mustapha Ben Ja√Ęfar n'y est pour rien. Il m√®ne des n√©gociations, vous ne croyez pas non plus qu'il a le temps de s'occuper de ces questions bassement mat√©rielles. Nous sommes dans un march√© de libre √©change. Eux sont libres, on n'a qu'√† pratiquer l'√©change.

Non, franchement, depuis qu'il l'a dit, √† bien y regarder, c'est vrai que c'est apais√© en Tunisie. M√™me les terroristes d'Al Qaida y viennent en vill√©giature, dans leur tr√®s luxueux Jbel Ch√Ęambi. De plus, on est maintenant d√©barrass√© des artistes, comment dites-vous, rappeurs? Les peintres en herbes ne nous importunerons plus avec leurs toiles naus√©abondes au palais Abdeliya. Et m√™me les journalistes qui nous d√©priment √† vouloir nous faire croire que tout va mal, m√™me ceux-l√† ont r√©ussi √† s'en d√©barrasser. La Tunisie est redevenue un havre de paix. M√™me la derni√®re paire de seins est partie s'exiler chez ces affreux pa√Įens que sont les fran√ßais.

Il y a quelques bonnes volontés, nous dit-il. Qu'elles soient bonnes est une bonne nouvelle, qu'elles existent, nous n'en doutions pas.

On touche à la fin, nous dit-il. Ca, on savait, surtout ceux qui en meurent.

Oui, tout peut √™tre fini le 10 octobre. C'est quand m√™me ballot, √ßa fait deux ans que l'assembl√©e pi√©tine, et elle suspend ses activit√©s juste au moment o√Ļ elle allait finir ses travaux. C'est quand m√™me trop pas de chance. Non, vraiment, c'est tellement injuste. Lui qui travaille d'arrache-pied depuis deux ans, venir tout g√Ęcher √† un mois de la fin, non, vraiment, nous n'avons aucune reconnaissance.

Alors l√†, vous √™tes mauvaise langue. Je vous entends l√†-bas dire qu'ils sont de mauvaise foi depuis le d√©but et que trois mois suffisent √† √©crire la Constitution. C'est un travail de longue haleine, qui demande beaucoup de r√©flexions. Rome ne s'est pas faite en un jour, m√™me si Carthage fut d√©truite en trois. Nous devions laisser le temps au temps. Il n'y a qu'√† lui qu'on pouvait le laisser de toute mani√®re, les autres ne se sont pas embarrass√©s et l'on pris d'eux-m√™mes. Vous √™tes marrant vous, vous croyez que c'est facile. Chacun voit midi √† sa porte, et, on l'a dit, celle de Mustapha Ben Ja√Ęfar est ferm√©e.

D'ailleurs, au passage, je ne sais pas pour vous, mais j'ai comme noté un glissement dans le calendrier. Il a bien dit que la Constitution serait rédigée pour le 10 octobre et que nous pourrions avoir un gouvernement de technocrates à la même date, n'est-ce pas? Donc, si je comprends bien, il demande que les travaux reprennent pour les finir, et, une fois finis, le nouveau gouvernement serait concomitamment nommé?

Non, parce qu'il m'avait semblé qu'au mieux il y avait dissolution de l'assemblée et au pire reprise des activités qu'à la condition d'avoir un nouveau gouvernement d'experts. J'ai du mal comprendre. Je suis en train de lui prêter un revirement de position, alors qu'il s'agit d'une clarification de propos, que dans notre très grande ignorance nous avions mal compris.

Et, je vais vous dire, ce doigt pointé vers nous quand il a dit ça, moi, ça m'a fait peur. J'ai baissé les yeux, et je m'en suis voulu d'avoir pu penser, quelques secondes seulement qu'il était animé d'intentions opportunistes.

Bon, il faut lui faire confiance de toute manière, il n'a jamais trahi. Mieux, il s'est sacrifié en s'alliant avec Ennahdha pour leur éviter de faire totalement n'importe quoi. Et ce fut d'une efficacité redoutable. Ils n'ont rien fait. Tellement rien que désormais, quand tu fais de la politique en Tunisie, tu peux te faire assassiner en pleine rue, comme ça, en sortant de chez toi.

Enfin, il a demandé à ses petits de bien vouloir rentrer à la maison maintenant. Ca lui va bien, le paternalisme. Moi, je regardais son allocution dans un café. Eh bien quand j'ai entendu ça, je suis parti et je suis rentré dar dar. Sans payer, pas le temps, on ne badine pas avec l'autorité paternelle.

Puis il nous a dit qu'il allait r√©unir la semaine prochaine le bureau de l'assembl√©e. Permettez-moi une parenth√®se technique. Le bureau de l'assembl√©e, compos√© de dix membres, ne peut se tenir que si le quorum des deux tiers est atteint. Soit 7 membres. Ca tombe plut√īt bien, car pile trois membres de cette commission ont gel√©s leurs activit√©s.

Ensuite, les d√©cisions s'y prennent √† la majorit√© des membres pr√©sents. Ennahdha seule n'y est repr√©sent√©e que par 3 d√©put√©s. Donc a priori, il ne pourra se d√©gager aucune majorit√©, sauf coucherie politique. Mais Mustapha Ben Ja√Ęfar ne se laisse intimider par personne. Il l'a dit. Il l'a prouv√© tant de fois depuis deux ans.

Bon, le bureau se réunit la semaine prochaine. Quand? On vous a dit la semaine prochaine. Pour? Vous en demandez trop, déjà il se réunit et puis on verra. De toute manière, il n'y a aura pas d'ordre du jour, le Monsieur nous a expliqué qu'il ne s'embarrassait pas avec le protocole.

Merci, Monsieur le Pr√©sident, merci pour tout ce que vous avez fait, et pour ce que vous faites, je vous en suis tellement reconnaissant que j'ai presque envie de vous appelez Stouffa. Mais protocole oblige, et, surtout, mon √©ducation m'en emp√™che. Toutefois, je ne vous cache pas qu'hier, dans la solitude de mon salon, o√Ļ je ne me lassais pas de regarder une √©ni√®me fois votre allocution, dans cette solitude l√†, je me disais en arabe, mais vous comprendrez "Wallah Ya Stouffa Wahdek".