Karim Guellaty

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Dialogue national dites-vous?

Publication: 25/10/2013 11h41

Nous sommes en plein début du commencement des prémices du gel du Dialogue National. Ca fait tout de même deux mois qu'on menace la troïka d'un dialogue national. Avant de mesurer les effets de cette menace, peut-être est-il bon de rappeler qui nous menaçons par cette arme, arme s'il en est, menace s'il en faut.

23 octobre 2013, la Tunisie entame sa troisième année de régime provisoire constituant.

Avec une assemblée dominée par une troïka dirigée par le mouvement islamiste Ennahdha

Avec un gouvernement issu de cette troïka, lui aussi dominé par le mouvement islamiste Ennahdha.

Et avec un Président de la République élu par et au sein de la même troïka, dominé lui aussi, mais on ignore par quoi.

Donc, deux ans après cette fameuse élection, presque trois ans après la révolution, les terroristes courent les rues en Tunisie assassinant le chef d'un parti de l'opposition, un député de l'opposition, 8 militaires au Mont Châambi, et 6 gardes nationaux et un policier ce 23 octobre.

Et ledit Président, à l'outrecuidance d'oser dire, il y a un mois, lors d'une conférence au Conseil des relations étrangères américain, a osé, droit dans ses bottes, s'émouvoir de l'emprisonnement du bloggeur Jabeur Mejri à sept ans de prison pour caricatures jugées blasphématoires. Il s'en émeut et nous explique, des trémolos dans la voix, qu'il l'aurait grâcié, mais que les salafistes risquent de le tuer dès qu'il serait dehors.

Pour faire court, Jabeur est encore en prison car des terroristes sont en libertés. Et il n'y en a pas un pour lui suggérer, par exemple, de mettre les terroristes en prison et de libérer Jabeur?

Un président qui justifie le maintien en prison d'un individu au motif que des fous furieux de la gâchette sont en libre circulation dans le pays, ce président-là peut nous parler de légitimité des urnes tant qu'il veut, sa déclaration est un aveu d'échec qui justifie, noblement sa démission, prosaïquement sa destitution, populairement son "dégage".

Ennahdha, parti qui se prétend le plus proche des préceptes de Dieu, a passé un pacte avec le diable. Ce parti, avant d'accéder au pouvoir, avait besoin d'un service d'ordre, se devait de quadriller le pays par des forces militantes, recherchait des relais d'opinion diversifiés. Ils iront tous azimuts, infiltrant des mosquées, des associations, mais aussi les Ligues de protection de la révolution, qui, au fil des mois, se sont islamisées, radicalisées, militarisées, et surtout structurées. La machine est devenue une bête, qui a échappé à celui qui la nourrissait... ou qui la sert à se nourrir.

Qu'elle soit complice ou victime, Ennahdha est aujourd'hui responsable de l'existence, de la prolifération de ses mouvements radicaux, Ligues de protection de la révolution, salafistes djihadistes, Ansar Al-Charia et autres usurpateurs de l'Islam.

Aujourd'hui, qu'ils cherchent réellement à s'en défaire ou non, ces groupuscules sont bien là, présents, et on décidé de faire régner la terreur. Ennahdha est responsable de ce ou ceux qu'elle a créés. Les maitriser ou non n'est qu'une circonstance aggravante qui n'annihile pas son pêché originel.

Rached Ghannouchi déclarait le 22 octobre 2012 à propos de ces fameuses ligues qu'elles sont "la conscience du pays" et agissent "selon des principes éthiques, des valeurs et avec intégrité".

Cette déclaration date du 22 octobre, alors que le sang de Lotfi Nagdh, lynché à mort par ceux là 4 jours plus tôt, n'est pas encore sec. Cette déclaration intervient alors que l'ambassade américaine est encore fumante des attaques fumeuses des fumistes de la barbe.

Les propos du sieur Rached Ghannouchi, ne l'appelons pas Cheikh car il ne faut pas blasphémer, s'ils ne sont pas un signal pour continuer les hostilités, y ressemblent à s'y méprendre.

Et si ce n'est pas un signal, les ligues s'y méprendront. Le 4 décembre, elles attaqueront des députés au sein même de l'assemblée constituante le matin, le siège de l'UGTT et ses militants le midi et le défilé en l'honneur de Farhat Hached l'après midi, avec plusieurs lynchage dont celui de Said Aïdi. Ce jour-là, elles s'offrirent entrée, plat et dessert, mais on débattra le soir même sur la question cruciale de savoir qui a tapé le premier. Un peu comme lorsqu'on demande à une fille agressée quelle tenue elle portait.

Moyennant quelques ministères, on active le CPR acheté, en la personne de Mohamed Abbou, qui déclare le 10 décembre, tenez-vous bien: "les Ligues de protection de la révolution doivent rester la mémoire vivante de la révolution et un des mécanismes de pression sur le gouvernement, face au danger d'un retour à la dictature, et ce, dans le cadre du respect de la loi".

La mémoire vivante va exécuter Chokri Belaid le 6 février 2013, pour faire pression sur le gouvernement face au danger d'un retour à la dictature. Dans le cadre du respect de la loi bien sûr. Mais laquelle?

Toutefois, on commençait à entrevoir une lueur d'espoir, nous allions vers un dialogue national... qui a abouti entre-temps à la nomination de Ali Larayedh au Premier ministère le 22 février.

Le 25 février 2013, la police arrêtait quatre complices présumés des meurtriers de feu Chokri Belaid, dont deux appartenaient aux ligues mémorielles sus-mentionnées.

On doit dissoudre les Ligues de protection de la révolution, mais c'est finalement Ansar Al-Charia qui va sauter, le 19 mai.

Attention, ça accélère. Le 25 juillet, Mohamed Brahmi est exécuté à son tour. Le 29 juillet, 8 militaires sont égorgés au Mont Châambi. Le 23 octobre, 6 gardes nationaux sont tués.

Cette fois c'est Ansar el-Charia qui est pointée du doigt, qui est déclarée association terroriste, qui est dissoute. Nous sommes le 27 août.

Ansar el-Charia n'est pas les Ligues de protection de la révolution? Ce n'est pas pareil? Ce ne sont pas les mêmes?

Soit. Le même 27 août alors qu'on nous explique qu'Ansar el-Charia est mouillée dans l'attaque de l'ambassade américaine, dans les exécutions de Choki Belaid et Mohamed Brahmi, dans l'assassinat de 8 militaires au Mont Châambi, le 27 août les Ligues de protection de la révolution vont déclarer, et par la même nous révéler, "l'esprit patriotique des membres d'Ansar Al Charia ... qui se sont souciés de la propreté du pays lorsque les agents de la mairie ont fait grève". Oui, vous avez tout faux, Ansar Al Charia sont des éboueurs. Et ceux qui croyaient qu'ils ne servaient qu'à sortir les poubelles d'Ennahdha se trompent.

Ce n'est pas fini. Ils affirment qu'Ennahdha "n'a aucune reconnaissance envers ces patriotes".

Ils ont bien fait de préciser la chose qui aurait failli passer inaperçue. C'est dommage de rater son rendez-vous avec l'Histoire.

A ce jour, Ennahdha refuse toujours la dissolution des Ligues de protection de la révolution.

Il convient peut-être de prendre en compte le fait que le peuple semble commencer à sérieusement se crisper. Car, en pas moins de deux ans, il s'est fait voler sa révolution, son espoir, son quotidien, son pays et sa religion. Ca fait beaucoup.

Comment vous dites? Dialogue National? Opposition?

 
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