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Femme de Souamâa entre hier et aujourd'hui

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A première vue, pour le visiteur de passage à Souamâa, à plus forte raison encore, s'il est étranger au pays et à la culture autochtone, il est frappé par l'omniprésence de la femme dans l'espace public. On est loin de la représentation paradoxale de la femme dans la société kabyle ! Sa présence dans tous les secteurs d'activité est saisissante: de la femme au foyer qui va chercher son enfant à l'école, à l'institutrice, l'étudiante ou l'agent administrative, la couturière ou le médecin, jeunes et vielles, elles sont en activité permanente, chacune dans son domaine...

Les choses n'ont pas été toujours ainsi. Il a fallu du temps et des sacrifices et, surtout, de la volonté pour faire évoluer les mentalités, briser tous les tabous pour avancer.

La femme de Souamâa, comme toutes les femmes kabyles a connu beaucoup de difficultés liées à la condition sociale ou au statut juridique ou traditions. "Éternelle sacrifiée, la femme dès sa naissance est accueillie sans joie. Quand les filles se succèdent (...) cette naissance devient une malédiction. Jusqu'à son mariage, c'est une bombe à retardement qui met en danger l'honneur patriarcal. Elle sera donc recluse et vivra une vie secrète dans le monde souterrain des femmes. On n'entend pas la voix des femmes. C'est à peine un murmure. Le plus souvent orageux. Car ce silence engendre le don de la parole".

Cet extrait de Kateb Yacine, résume parfaitement la situation de la femme dans le village de Souama et, surement, la condition est la même dans tous les villages de l'Algérie profonde. Autrefois, les parents refusaient à leurs filles de se déplacer dans les villes avoisinantes pour l'apprentissage, elles se contentaient des premiers niveaux d'instruction primaire puis collège, puisque ces institutions scolaires sont dans le village. Ces dernières sont les plus chanceuses, d'autres parents sont contre le principe de scolarisation de leurs filles.

Même chose pour l'héritage. La femme cédait sa part à ses frères; un gendre ne peut bénéficier des biens de la famille; c'était un principe fondamental imposé par la tradition. Dans son foyer conjugal, la femme n'avait qu'à vivre sous la volonté de son époux, son père ou ses frères, jusqu'à la fin de ses jours; elle n'avait aucun mot à dire. On ne demande pas son avis même pour le choix de son futur époux.

Aujourd'hui, les choses ont changé. La Souamaienne a gagné du terrain en matière d'existence sociale et, ce, après plusieurs sacrifices. Elle a désormais son mot à dire dans la plus part des décisions concernant son foyer, sa vie et ses choix. Si l'enseignement est généralisé, le niveau de l'instruction est différent d'une femme à une autre; elles ont accès à toutes les fonctions, jadis réservées exclusivement aux hommes: à l'extérieur comme à l'intérieur du village, elles sont institutrices, fonctionnaire dans l'administration de l'Etat, elles sont ingénieurs, journalistes, médecins... etc.

Aucun domaine ou fonction sociale ne leur est interdit. Elles s'impliquent même dans l'action associative et politique. Cette évolution des mœurs est due en partie à l'association du village Issegh qui a contribué énormément à l'émancipation de la femme dans la région. Des cours de soutien sont donnés aux femmes analphabètes, et ce depuis le début des années 90. Des classes dans l'ancien collège (Alma) sont aménagées pour les formations dans de différents métiers (couture, broderie, coiffure, cuisine, et même informatique ces dernières années).

Aujourd'hui, à Souamâa, presque dans chaque foyer, on trouve une femme travailleuse. Même l'ancienne génération qui n'a pas pu profiter des avantages de la formation ou de l'instruction, elles ont trouvé des emplois de femmes de ménage soit dans les écoles, mairie, ou poste ou à la polyclinique ou cuisinière à la cantine scolaire du village.

A Souamâa, modernité et tradition sont mêlées. Cette même femme instruite ne dédaigne pas les travaux agraires; elle peut élever du bétail ou faire la cueillette des olives, il y'en a même celles, salariées à plein temps, qui choisissent cette période dévolue à cette activité pour avoir leurs vacances annuelles. D'autres viennent de l'étranger pour la même occasion. Il est hors de question d'abandonner son champs d'oliviers ! Cette même femme que tu croises en jean ou en jupe le matin pour aller dans son bureau, tu la croiseras, le soir avec sa robe kabyle entrain de faire les courses, ou chercher de l'eau à la fontaine du village.

A Souamâa, comme partout en Kabylie, la femme est avant tout la gardienne de la tradition, sa première mission est culturelle : garder l'âme kabyle par un ensemble de coutumes et traditions qui sont transmises de mère en fille, tel que le métier de Lqivla (sage femme) dont le nom de certaines qui l'ont exercé est passé à la postérité. Ou la préservation de contes ou de chants rituels entonnés, à diverses occasions heureuses, (asvoughar) invoqués à l'occasion des fêtes de mariage, circoncision ou rites de passage ou lors des cérémonie funèbres (adekkar).

Véritables gardiennes de la mémoire, ces femmes sont un symbole et une source inépuisable de valeurs morales qu'elles transmettent aux futures générations.

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