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"Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir"

Publication: Mis à jour:
TUNISIA FLAG
Zoubeir Souissi / Reuters
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Je mets, à partir d'aujourd'hui, à la disposition du public des documents dont certains sont inédits. Mon objectif est de contribuer à préserver la mémoire collective. Faisant mienne la maxime d'Aimé Césaire qui nous rappelle que "la mémoire est un trésor à partager et une arme qui peut être manipulée, révisée, niée". Certains veulent la rendre courte et vite oubliée.

En ce sens, les élections de la Constituante du 23 octobre 2011 ont représenté un moment important de notre histoire. Au-delà des résultats auxquels elles ont abouti, elles ont constitué un processus qui a vu naître une dynamique dont aucun, au début, ne lui donnait de chance pour enfanter une légitimité dont sont devenus fiers les Tunisien(e)s. En tant que Tunisiens, arabes et musulmans, nous avons démontré, d'abord à nous-mêmes, que nous sommes un peuple et un pays susceptibles de modernité politique apportant un démenti cinglant à toutes les théories d'incompatibilité entre démocratie (fût-elle formelle) et les habitants de cette terre si généreuse et si belle.

Bien sûr, il y a les sceptiques qui jugent l'histoire en fonction du moment vécu. Et aussi les nostalgiques de l'ancien ordre (qu'il soient "laïc" ou religieux) qui s'échinent à nous faire croire que "cette démocratie est sans peuple", en somme une démocratie imposée par des ennemis de la Nation (Oumma) , surtout ceux de l'intérieur, "traitres" au service des puissances étrangères qui ont renversé l'ordre normal, presque naturel, du despotisme et de la dictature. Il y a enfin les mauvais perdants qui demeurent dans le déni de leurs erreurs et qui imputent aux autres leurs propres échecs.

Mais leurs efforts pour dénaturer, voire "manipuler, réviser et nier" les faits sont vains.

Les cinq dernières années apportent un démenti cinglant à leurs thèses. Le processus électoral, est un passage obligé, qui bien qu'il ait des inconvénients, représente "le moins mauvais choix".

Si les élections ne résolvent pas tous les problèmes auxquels les citoyens font face, elles permettent de donner une légitimité (relative) aux institutions et responsables qui dirigent le pays.

Nos problèmes ne viennent pas des élections. Ils sont plus profonds et sont ancrés dans notre passé et notre vécu. Dans les choix élaborés, certains depuis longtemps et d'autres plus actuels, par les décideurs et dans leurs conséquences sur la vie de tous les jours. Ils proviennent aussi de l'immaturité politique, de l'incurie de supposés dirigeants à assimiler cette transition essentielle de l'allégeance à la démocratie en tant que mode de gouvernement. Leurs efforts, souvent convergents, d'alimenter un climat de déprime collective voire de sinistrose, à partir souvent de problèmes et difficultés réelles, font partie d'une stratégie réfléchie qui vise à éloigner chacune et chacun de la citoyenneté, c'est-à-dire, de la prise en main de ses affaires.

Je continue à croire au génie du peuple tunisien qui a fait la démonstration de sa maturité en rejetant les solutions simplistes et nihilistes en dépit de la tentation de rupture violente d'une partie de sa jeunesse. En persévérant - en dépit des souffrances de franges massives de la population vivant dans les quartiers populaires et les régions de l'intérieur du pays - dans le caractère pacifique, donc moderne, de la résolution de leurs contradictions et leurs conflits. Il ne s'agit là ni de soumission ni de fatalisme, comme certains le prétendent, ni d'indifférence, comme le propagent d'autres. Ce sont des formes d'expressions diverses que les supposés dirigeants et élites n'arrivent pas à détecter et à entendre.

Les élections du 23 octobre 2011 étaient un véritable moment d'écoute et de symbiose avec les Tunisiens. Tous les Tunisiens. Même si une partie importante n'a pas participé au vote faute de temps, de moyens et parfois par choix.

Je ne suis pas nostalgique. Même s'il faut cultiver une certaine nostalgie pour nourrir l'amour de l'avenir. Car je crois en l'avenir de la Tunisie et de son peuple.

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