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Islamisme contre islam, le message dévoyé (1ère partie)

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"Dieu voulait que l'islam fût une religion, mais les hommes ont voulu en faire une politique » (Muhammad Saïd Al-Ashmawy (1932-2013)

A travers la lecture du texte qui va suivre, on observera que le contenu est jalonné d'intertitres lesquels, pour la plupart, étaient initialement des titres de billets publiés durant le mois de juin écoulé dans la rubrique "Société" du quotidien El Moudjahid. La finalité pour cette série de billets étant de redonner le sens exact à des préceptes religieux qui ont été longtemps malmenés, voire falsifiés par les ultraconservateurs et tenants de l'islamisme radical dans un but bien précis : la préservation de leurs intérêts purement politiques, matériels et financiers à travers une mainmise idéologique sur la société, mainmise dans bien des cas adossée à une pratique de la violence et de la terreur. Ici donc quelques billets réunis pour les besoins de cette contribution. Certains ont été quelque peu revus, abrégés, d'autres sont restés inédits. Ce qui explique un agencement peut-être discontinu dans la linéarité du texte.

L'islamisme, une idéologie contre l'islam

"Dieu voulait que l'Islam fût une religion, mais les hommes ont voulu en faire une politique...Pour ces raisons, la politisation du religieux ou la sacralisation du politique ne peuvent être que le fait d'esprits malveillants et pervers, à moins qu'ils soient ignorants. L'une et l'autre reviennent à fonder dans la religion l'opportunisme et la cupidité, à trouver des justifications coraniques à l'injustice, à entourer la délinquance d'une aura de foi, et à faire passer pour un acte de "djihad" le sang injustement versé...

...En distinguant politique et religion, nous voulons poser que l'action politique est le fait de simples mortels, ni sacrés ni infaillibles, et que les gouvernements sont les élus du peuple et non de Dieu. Qualifier cette distinction de tendance laïciste, c'est-à-dire athée, ne peut être que le fait d'un fanatisme partisan qui brouille les cartes et pratique l'amalgame. Car seule cette distinction peut servir et élever l'islam, empêcher son exploitation à des fins politiques et éviter les nombreuses erreurs qui jalonnent son histoire" (Muhammad Saïd Al-Ashmawy, in "L'islam politique" ; éd. Dar Sinà, Le Caire 1987)

Ces passages d'une cinglante et implacable pertinence sont extraits d'un ouvrage dont le titre original est "Al-islâm al-siyàsi " (L'islam politique) (1) dont l'auteur ne peut être qualifié de laïc et encore moins d'athée puisqu'il s'agit de Muhammad Saïd Al-Ashmawy, haut magistrat égyptien, qui a mené durant plusieurs années une réflexion originale sur la théorie juridique dans l'islam. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages et études sur l'islam dont : "Légitimité et politique religieuse" ; "L'islam, religion et Etat : les sens véritable d'un slogan" ; "Le chemin de la religion" ; "L'histoire se répète", etc.

"Dieu voulait que l'islam fût une religion, mais les hommes ont voulu en faire une politique". Selon Richard Jacquemond , qui a traduit et préfacé "L'islam politique", "la thèse que défend ici Mohammad Saïd Al-Ashmawy tient dans cette phrase lapidaire qui ouvre son essai. Plus précisément : les musulmans n'ont jamais su instaurer une division claire entre transcendance et histoire, entre éthique et pratique. Et cette confusion a fait le bonheur à la fois des autorités politiques musulmanes qui, des califes omeyyades aux derniers ottomans, on prétendu être les "vicaires de Dieu sur terre", et tous ceux qui, des schismatiques aux extrémistes contemporains, on affirmé, pour renverser le pouvoir établi, que "la souveraineté n'appartient qu'à Dieu" et réclamé l'instauration du "gouvernement de la Révélation". Delà vient que l'histoire du monde musulman se donne à lire, tant aux musulmans eux-mêmes qu'à un orientalisme qui a trop souvent reproduit le discours de l'islam sur lui-même, comme une longue série de conflits religieux, quand en fait, rappelle avec force M.S. Al-Ashmawy, cette histoire "est dominée par des conflits politiques de caractère tribal dissimulés sous le manteau de la religion".

Plus grave, estime Jacque Richemend : "impuissante à échapper à la transcendance, la pensée musulmane n'est jamais parvenue à se doter d'une théorie politique ni d'un véritable droit public. Et c'est ici que la critique de l'auteur prend toute sa force, car cette "erreur longue de quatorze siècles" disqualifie non seulement le discours islamiste, opposition politique qui, s'ignorant comme telle, se fourvoie et fourvoie ceux qui s'y laissent prendre, mais aussi le discours de légitimation de l'ordre établi des oulémas orthodoxes qui fonctionne, nous dit en substance M.S. Al-Ashmawy, comme un opium du peuple. C'est pourquoi, l'islamisme, qu'il définit comme un "fondamentalisme activiste et politique", est moins pour lui "un phénomène politico-religieux de caractère conjoncturel" qu'un nouvel avatar de cette sacralisation des enjeux temporels qu'a constamment pratiquée l'islam, celui de la légitimation de l'ordre autant que celui de la contestation ; paraphrasant la phrase d'ouverture de M.S. Al-Ashmawy, on peut dire que " l'islam est une religion, et l'islamisme une politique ".

Toujours selon R. Jacquemond, " la levée de boucliers qu'a suscitée la publication de "L'islamisme contre l'islam ", chez les islamistes militants égyptiens comme chez les clercs et intellectuels "institutionnels" (2) ressemble fort à un " remake "de l'épisode de "Al-islam wa -usul al-hukm " (L'islam et les fondements de l'autorité politique), cet ouvrage du shaykh 'Ali 'Abd al-Ràziq publié en 1925 au lendemain de l'abolition du califat ottoman et qui a valu à son auteur, pour avoir défendu une thèse fort semblable, d'être exclu d'Al-Azhar".

Mais y a-t-il à présent des islamistes suffisamment lucides, raisonnables, courageux pour réaliser, après une longue réflexion, qu'ils font vraiment fausse route dans l'Algérie d'aujourd'hui et que leur comportement de mauvais aloi ne fera pas d'eux des êtres plus "super musulmans" que du beurre en broche ? Autrement dit ne fera même pas d'eux des Pharisiens (3) pourtant notoirement connus pour leur grande hypocrisie ?

L'islam, une religion de progrès contrariée

Voici quelques faits de société qu'il serait bon de méditer par ces temps cruciaux où la spiritualité, la solidarité, la tolérance devraient être de mise : il faut savoir que c'est au cœur même de l'islam que figure le mouvement continu vers l'avenir, la volonté de marcher de l'avant vers l'instauration d'une civilisation humaniste. Le phénomène de l'abrogation (naskh) dans le Coran, c'est-à-dire la substitution d'un verset par un autre chaque fois qu'une réalité nouvelle l'imposait, est le plus sûr indice de ce mouvement constant d'adaptation aux réalités, de cette volonté active de changer la vie. Cela, les premiers musulmans l'avaient parfaitement compris : ils avaient la religion de l'action, et c'est grâce à elle qu'ils ont pu bâtir une grande civilisation, de dimension universelle.

"Dieu ne modifie rien en un peuple avant que celui-ci ne change ce qui est en lui " (XIII,II) : les premiers musulmans, comprenant le sens véritable de ce verset, surent que le changement authentique est celui qui commence par s'opérer à l'intérieur de soi, puis se poursuit dans l'action constructive et le travail créateur, et que ceux-ci, pour être efficaces, ne peuvent s'arrêter à la surface des choses, mais doivent les toucher dans leur essence. C'est pourquoi ils s'ouvrirent à toutes les civilisations de leur temps, étudièrent toutes les sciences et travaillèrent dans tous les domaines. Une génération après la mort du Prophète, ils avaient abandonné la bédouinité. Grâce à leur foi dans l'islam, ils étaient devenus les acteurs de leur histoire.

A la fin du IVe-Xe siècle, les Frères de la Pureté définissaient ainsi le parfait musulman : il serait "arabe dans sa religion, irakien par son savoir-vivre, hébreu par son expérience des choses, chrétien par sa méthode, syrien par son ascèse, grec par sa science, hindou par sa clairvoyance, soufi dans sa conduite, angélique dans sa moralité, souverain dans sa réflexion, et divin dans ses connaissances ".

Autrement dit, le véritable musulman est humaniste et universaliste : ouvert à toutes les cultures, à toutes les formes de connaissance, il sait être tolérant vis-à-vis de toutes les Lois divines. Mais à partir du Ve - Xe siècle, se produit un tournant : les musulmans, cessant de progresser se sont, durant les neuf siècles suivants, enfoncés dans un état d'arriération dans lequel ils ont trop souvent perdu leur capacité d'agir avec une vision claire et consciente des choses...D'où les résultats désastreux que l'on sait aujourd'hui à travers toute la sphère dite arabo-musulmane, et c'est bien regrettable.

Fondamentalismes : rationaliste et activiste-politique

Contrairement aux idées reçues qui se propagent subrepticement ici et là, un des traits essentiels de l'islam est son rejet de toute forme d'excès et d'extrémisme dans l'exécution des prescriptions religieuses : "O gens du Livre ! Ne dépassez pas la mesure dans votre religion" (IV, 171). En ce sens, on dit du Prophète que chaque fois qu'il put choisir entre deux possibilités, il retint la plus facile pour les hommes. On rapporte que Omar Ibn al-Khattàb, rencontrant sur un marché un homme qui tenait en main un fruit perdu et recherchait son propriétaire, lui dit : "Ce n'est pas de la piété, c'est de l'affectation ". C'est là un exemple de cette tolérance et cet esprit de mesure du véritable fondamentalisme islamique.

On rapporte aussi que lors du voyage du Prophète et de l'armée des musulmans de Médine à la Mecque, pendant le mois de ramadhan de l'an 8 de l'Hégire, une partie des croyants -dont le Prophète- ne jeûnait pas, conformément au Coran qui autorise la rupture du jeûne durant le voyage, tandis que d'autres, plus exigeants que le Prophète lui-même, observaient strictement le jeûne. Cette situation dura plusieurs jours, sans qu'aucun des deux groupes ne reprochât quoi que ce soit à l'autre. Ce récit montre comment le Prophète pratiquait lui-même "l'ijtihàd " jusque dans ce qui relève des obligations rituelles, pour les rendre aisément praticables aux croyants.

Ainsi le fondamentalisme islamique rationaliste, revenant à l'islam tel que le comprenaient les premiers musulmans, estime qu'il est nécessaire de revenir à ses traits essentiels tels la miséricorde, la tolérance, l'atténuation de la peine des hommes et le refus de toute forme d'extrémisme ; à l'exact opposé du fondamentalisme activiste et politique qui, loin de proposer un authentique renouvellement de la pensée religieuse, se bat uniquement sur le terrain et avec les armes de la politique, rabaissant l'islam et sa "shari'a" au niveau d'une vulgate politique.

Autrement dit c'est un agrégat de tendances confuses et irrationnelles qui, sous couvert de retour aux pieux ancêtres, prônent un rigorisme de façade et une régression du mode de vie à un passé révolu : on n'y trouve aucune résurgence spirituelle. Mais le passé est bel et bien mort, et le présent est en mouvement permanent : comme le dit si bien l'adage, "le fleuve a beau être le même, ce n'est jamais la même eau qui y coule".

Comprendre la "shari'a"

Ce qu'on peut d'emblée retenir du terme "shari'a", c'est qu'il n'apparait qu'une seule fois dans le Coran (XLV, 18 : "Nous t'avons ensuite placé sur une "voie" procédant de l'Ordre. Suis-la donc..."), où l'on trouve trois autres occurrences de termes de la même racine (XLII, 13 ; V, 48 ; XLII, 21).

Dans toutes ces occurrences, "shari'a" signifie non pas les normes juridiques, mais le chemin ou la voie. Ce sens coranique du terme est celui-là même que donnent tous les dictionnaires de la langue arabe : le verbe "shara'a" signifie aller à un point d'eau, et les noms "shir'a" et "shari'a " désignent soit l'abreuvoir, soit le chemin ou la déclivité qui y mène.

Au départ donc, "shari'a" était utilisé dans ce sens de sentier ou voie de Dieu. Puis on y intégra les règles juridiques révélées dans le Coran, puis celles figurant dans les hadiths, et par la suite les exégèses, gloses, opinions, "ijtihàd-s", "fatwà-s" et jugements ; bref, tout ce qui vint compléter et éclaircir ces règles fondamentales pour constituer la jurisprudence islamique (fiqh), de sorte qu'aujourd'hui, et depuis longtemps déjà, on entend par "shari'a" le "fiqh" tel qu'il s'est formé dans l'histoire.

Et si l'on peut, dans les sciences profanes, utiliser un mot dans les sens qu'il a acquis au cours d'une longue histoire, rien ne nous y autorise lorsqu'il s'agit d'un vocable coranique. Là, en effet, toute altération de sens conduit immanquablement à déformer le sens du texte, et donc à dénaturer la Révélation.

Ainsi le fondamentalisme islamique authentique doit toujours commencer par retrouver le sens dans lequel les termes coraniques étaient compris au moment de leur révélation, en s'appuyant sur le Coran lui-même et sur les sources anciennes. Or, à s'en tenir au seul sens contemporain de ces termes, l'on va au-devant de périls graves pour l'islam et pour toute la société.

Ce qu'on peut retenir aussi, c'est que sur les quelque six mille versets coraniques, deux cents seulement comportent une dimension juridique, soit un trentième du Coran environ, y compris les versets abrogés. Cela montre que le principal objet du Coran est surtout d'ordre moral : il s'agit d'inscrire la foi dans l'âme du croyant, d'élever sa conscience et sa moralité, de façon qu'il soit à lui-même sa propre "shari'a", au sens de voie menant à Dieu.

Main de Fatima, idées reçues et contre vérités

Comment ne pas être surpris et étonné quand le bijoutier, chez qui vous vous êtes présenté (e) pour acheter une « main de Fatima » afin d'en faire cadeau à une parente, répond par la négative en vous expliquant que c'est "contraire aux préceptes islamiques". Comment ne pas être ébahi, après que vous ayez insisté pour obtenir cet objet, quand il vous dira, pour vous en dissuader, qu'il a récemment reçu la visite de quelques "gardiens du dogme" venus lui enjoindre, du haut de leur esprit simpliste, de ne plus vendre de bijoux en forme de "main de Fatima " car c'est "Chirk bi Allah " (association avec Dieu, polythéisme...)

A priori vous vous dites que quelque chose vous a peut-être échappé depuis peu, particulièrement depuis la toute récente décennie noire où, paradoxalement, cette forme de bijou se vendait encore partout, de façon tout à fait naturelle, sans qu'il n'y ait eu la moindre réprobation du coté religieux.

Le drame, dans ce qui devrait être considéré comme une véritable supercherie à l'actif de cette engeance, c'est qu'un grand nombre de concitoyens y ont adhéré comme s'il s'agissait d'une loi divine, alors que rien de tel n'est véridique.

Car il faut savoir que la "main de Fatima", qui a été considérée à tort comme une représentation de l'islam, cette main n'est, en réalité, mentionnée dans aucun texte religieux, en particulier le Coran et les paroles du Prophète. La "main de Fatima " en tant que signe est bien antérieure à l'islam, elle existe depuis la nuit des temps en Afrique du nord et jusque dans ses formes schématiques. On la trouve d'ailleurs sur les fresques du Tassili ainsi que sur les stèles puniques et phéniciennes, ou accompagnant des inscriptions libyques.

Alors, la "main de Fatima" qui est portée presque systématiquement en argent à la campagne, peut-on la rapprocher des mains des fresques de la Préhistoire ou encore celles-ci de celles qui envahissent les pare-brise des voitures ou surmontent les portes des maisons ? Peut-être faut-il simplement la rattacher à l'importance primordiale de ce membre comme partie du corps dans la vie de l'homme ? C'est en effet la main qui crée, c'est la main qui sème, c'est de la main que nait la vie. Et c'est sans doute pour cela que l'on continue à lui conférer ce pouvoir : repousser le mauvais œil.

Surenchère moraliste, un emballage à la duplicité

Quand les hommes, un jour, s'imposeront pour règle de vie de ne pas frauder, ne pas corrompre ni se laisser corrompre, ne pas voler, ne pas violer, ne pas tuer, quand ils s'interdiront de léser qui que ce soit, les lois ne seront plus pour eux que des béquilles importunes. Ils n'en auront que faire. Par contre, moins les hommes s'imposeront des règles, plus ils auront besoin de lois.

Que nous en soyons ainsi arrivés à vivre dans un maquis de lois montre quel degré de "dérèglement " nous avons atteint. Or, notre grand souhait est de parcourir le chemin inverse, de faire en sorte que les hommes se règlent eux-mêmes et soient de moins en moins "justiciables ". Pour tout dire, nous souhaiterions qu'il y ait des hommes sans béquille. Et, par la même, moins de textes de lois.

Dans ce registre la morale, à notre sens, se situe au-dessus de la loi. Ceux qui se donnent une morale n'ont, en principe, pas besoin des lois. Celles-ci, oserions-nous dire, sont faites pour des gens sans moralité.

N'en déduisez pas qu'on soit moraliste, loin delà. On a la morale en horreur. Pour la simple raison que trop de médiocrates, trop d'incompétents, trop de faux dévots se drapent dedans pour se donner belle prestance. Ils se rattrapent sur elle de leur inanité. Plus les êtres s'affichent moraux, moins ils nous paraissent avoir de la valeur intrinsèque. La morale leur tient lieu de l'ossature qu'ils n'ont pas. Elle habille leurs carences, leur impuissance.

Toutefois il y a pire : l'utilisation outrancière qu'en font les faux jetons, les charlatans et les pharisiens qui nous côtoient et qui sévissent quotidiennement jusque dans les chaines télévisuelles. Elle leur sert à se déguiser. Leurs desseins néfastes y trouvent un paravent. Quant aux autres, ceux qui sentent le faisandé, ils empruntent les odeurs de la vertu. La surenchère moraliste, chez ces trois catégories là, toute l'hypocrisie s'y retrouve et le fiel s'y réfugie. Que la mosquée ne les débusque pas assez ne plaide pas du tout en sa faveur.

Toute morale, de ce point de vue, nous parait suspecte. Quand quelqu'un prend son ton moralisant, on se demande ce qu'il nous cache. Quant à la surenchère moraliste, elle en est venue à servir carrément d'emballage à la duplicité. S'il y avait un conseil à formuler, ce serait de s'en "débarbouiller " le plus vite possible.

Simplisme idéologique, "la politique de Procuste"

Comment qualifier, aujourd'hui, l'attitude vindicative de la nébuleuse intégriste si ce n'est à l'aune d'un interventionnisme subreptice, brutal, contre lequel la nature des choses -qui comprend la nature des hommes- ne peut que se rebiffer énergiquement. Nos intégristes se fâcheront alors tout vertement et s'emploieront à vouloir non moins énergiquement rappeler la réalité à sa condition subalterne.

Que si la résistance de celle-ci (la réalité), au lieu de s'atténuer, s'accroit, ils ne vont pas aller par trente six chemins. Ils se jetteront dans ce qu'on appelle "la politique de Procuste", qui ne prétend à rien de moins qu'à couler toute la vaste, complexe et mouvante réalité humaine dans le moule étroit et rigide d'une idéologie simpliste. Ou, en d'autres termes -pour emprunter au romancier anglais Chesterton une de ses meilleures plaisanteries- à passer toutes les tètes au conformateur pour les adapter au même "chapeau ".

Si la résistance se change en révolte, les choses se gâteront tout à fait. Nos idéalistes de l'absolu vont dénoncer les "révoltés " en question comme des " taghout " (traitres), des mécréants, des apostats, les poursuivre et vouloir les " châtier " avec la dernière rigueur, comme le pécheur qui tire le poisson là où il le voit, sans faire état de la réfraction dans l'eau.

Réfraction, c'est ici le mot propre. Nos idéalistes en barbe, en kamis ou en costume n'ont pas conscience qu'une intention, pour se transformer en acte, doit traverser plusieurs milieux plus ou moins fortement, plus ou moins diversement réfringents. Ils s'imaginent toujours que la ligne droite est le plus court chemin d'un point à un autre, ce qui est aussi faux en politique que vrai en géométrie.

Il n'y a donc rien de plus méchant qu'un intégriste déçu. Il recourt tout de suite aux mesures extrêmes, au couteau sur la gorge -on le voit bien avec Daech-, à la balle dans la nuque, à l'attentat kamikaze. Ou même à la bombe atomique. Si, bien entendu, il en a la possibilité.

Et toute cette "dialectique " intégriste qui en réalité est celle d'un fanatisme profane plus brulant, plus inquisitorial, plus implacable que ne le fut jamais un fanatisme religieux, n'a absolument rien à voir avec la politique au vrai sens du terme, bien qu'elle tende de plus en plus à en usurper la place. Raison de plus, dirions-nous, pour ne jamais baisser la garde. Républicaine s'entend.

LIRE AUSSI: Islamisme contre islam, le message dévoyé (2e partie)

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(1) Ou, pour mieux coller à la réalité de notre pays, "L'islamisme contre l'islam ", car cet ouvrage a l'avantage d'opposer clairement, comme le prône l'auteur, le message éthique et spirituel et son dévoiement en idéologie politique, violente ou légitimiste.
(2) La polémique lancée contre le livre par le shaykh d'Al-Azhar dans le quotidien "Al-Ahram ", 16 février 1988
(3) Personnes qui croient incarner la perfection et la vérité, du moment qu'elles observent strictement un dogme, des rites, et qui jugent sévèrement autrui, condamnent sa conduite sous couleur de lui rendre service. Les pharisien sont connus pour leur ostentation de la divination, de la piété de la vertu. Bref, ils sont connus pour leur grande hypocrisie.

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