Huffpost Algeria mg
LES BLOGS

Des points de vue et des analyses approfondis de l'actualité grâce aux contributeurs du Huffington Post

Kamel Bouslama Headshot

Islamisme contre islam, le message dévoyé (2e partie)

Publication: Mis à jour:
Imprimer

"L'intégrisme religieux est une rationalisation de la croyance. Si on le considère comme quelque chose de purement irrationnel, ou de passéiste, on ne peut ni le comprendre, ni le combattre" (Hélé Béji, "Nous, décolonisés")

LIRE AUSSI: Islamisme contre islam, le message dévoyé (1ère partie)

Pour la première fois sans doute dans l'histoire contemporaine de notre pays, avec cette obligation désormais assumée de retour progressif aux normes universelles à travers les nouveaux programmes scolaires dits de "deuxième génération", il y a peut-être une chance qu'il soit mis fin, dans des délais raisonnables -une à deux décennies au moins-, à cette situation de crises identitaires latentes, multiformes, qu'a vécues notre société jusque dans ses fondements socioculturels les plus solides.

Moralisme sans morale, islamisme sans islam...

Sait-on, dans notre pays, que l'idéologie intégriste professe un idéalisme utopique au point d'en être imbécile, grotesque ? Que c'est précisément cet idéalisme de "l'absolu" qui "détruit l'ordre réel et lui substitue un désordre artificiel " ? Sait-on aussi que, comme l'anarchie mafieuse, cette idéologie prône un immoralisme foncier basé sur le dogme extravagant du gain facile -entendre par là le marché informel, la contrebande et autres activités spéculatives en tous genres- et du non paiement d'impôts à l'Etat qualifié de" taghout " (tyran) ?

N'est-ce pas, par ailleurs, une des solutions de facilité fréquemment prônées aussi par l'anarchie mafieuse pour se bâtir "licitement " des fortunes colossales sur le dos de ce même Etat et du contribuable, tout en échappant aux rigueurs du fisc et des services antifraudes, d'où bien entendu la bénédiction intégriste?

Et pour quel résultat à présent ? Des milliers d'Algériens "dé-moralisés" -entendre par là sans valeurs morales-, pour lesquelles de telles pratiques illégales, initialement épisodiques, entretemps devenues récurrentes, systématiques, passent à présent pour être des plus normales à leurs yeux.

Tout cela, bien sûr, "au nom de Dieu ", sacrosainte formule par la prononciation de laquelle on se sera bien vite redonné bonne conscience, bonne contenance. Et, bien évidemment, davantage d'arrogance et de mépris envers tout ce qui peut symboliser l'Etat et ses représentants.

Ainsi privée, dans un premier temps, de tout moyen d'expression et / ou d'action lui appartenant en propre, moyen grâce auquel elle aurait peut-être pu sauvegarder, avec son identité circonscrite, son "innocence impure", l'idéologie intégriste s'est peu à peu répandue dans le corps social, à la faveur de frondes populaires habilement exploitées, pour ensuite s'investir carrément dans le champ politique.

Elle s'y est davantage pourrie en se politisant et, en retour, elle a gangréné sans remède le champ politique. Après quoi, conjoignant ses méfaits avec ceux d'un trop grand laxisme d'ordres politique et sociétal, elle a débouché, non sans bonheur pour ses promoteurs et défenseurs, dans un "économisme sans économie ", un "moralisme sans morale", voire dans un "islamisme sans islam " pour ne citer que ces avatars parmi les plus évidents. Heureusement que face à de tels épiphénomènes, dangereux à plus d'un titre pour notre société, celle-ci a malgré tout les capacités insoupçonnées de résilience et de transcendance : de celles qui, assurément, lui permettront, quelles que soient les circonstances futures, de continuer d'aller toujours de l'avant.

"Jàhiliyya", version contemporaine

C'est un fait établi que de nos jours, on oppose couramment l'islam dit bédouin du 1er siècle de l'Hégire à l'islam dit urbain des deux siècles suivants. Cette opposition de deux modèles successifs vaut aussi dans la synchronie des époques : autrement dit dans le monde islamique d'aujourd'hui, on retrouve ces deux modèles : un modèle bédouin introverti, tendant à l'autarcie et privilégiant les sciences dites religieuses, et un modèle urbain extraverti, qui privilégie les valeurs humanistes et les sciences profanes, chacun de ces modèles induisant des comportements et attitudes différents.

Dans notre pays, le modèle bédouin, initialement minoritaire, a été renforcé, dès les années 1960, par une surenchère moraliste due à l'apport massif d'enseignants égyptiens. Ces "coopérants " ont ramené dans leurs valises les valeurs et les comportements de la bédouinité qu'un grand nombre de nationaux affichent, à présent, comme signe ostentatoire de distinction sociale. Aussi coexistent désormais dans notre société une collectivité aux mœurs policées, souples et ouvertes, et une autre qui se distingue par ses comportements rudes, voire grossiers, et son esprit borné.

Si les valeurs et attitudes du modèle urbain sont pratiquement similaires -y compris dans ce qu'elles ont de critiquable- à celles de l'âge musulman classique telles que nous pouvons les reconstituer en (re) lisant des chefs-d'œuvre comme le "Livre des chansons " d'Abùl-Faraj al-Isfahàni, ou le "Collier de la colombe " d'Ibn Hazm, ceux qui adoptent aujourd'hui le modèle "néo-bédouin " sont, eux, bien différents des musulmans de la Médine du 1er siècle de l'Hégire et doivent être plutôt comparés aux Arabes de la "jàhiliyà " dont ils ont adopté les mœurs et les conceptions : chauvinisme tribal, prodigalité et gout immodéré de la dépense, grossièreté de l'esprit, violence verbale et physique que le moindre prétexte suffit à déclencher.

Or, bien qu'il n'y ait pas plus "jàhili " qu'eux, ils qualifient l'humanité entière, et spécialement la société musulmane, de "jàhilie ". Cette attitude relève de ce qu'on appelle en psychologie la projection : le psychopathe projette sur autrui le mal dont il est atteint. Les "néo-bédouins ", faute de pouvoir comprendre le modèle urbain, le rejettent et se retranchent derrière des comportements primitifs, prétendant pratiquer l'islam pur des premiers musulmans alors qu'ils sont plongés dans la plus pure " Jàhilyya".

La complexité de la vie moderne tend naturellement à renforcer cette tendance. C'est ainsi que s'installe un " prêt-à-penser " qui fonctionne à base de manipulation du langage politico-religieux, excite les émotions au lieu d'inciter au travail, anesthésie les frêles consciences juvéniles et répand subrepticement le terrorisme intellectuel, voire physique ou armé.

De la dictature au fanatisme, une pensée fossilisée

Si un peu partout à travers le monde, la politique du dictateur, de quelque obédience et contrée qu'il soit, est extrêmement dangereuse pour les peuples, elle l'est plus encore quand, recourant au discours religieux, celui-ci s'insinue mandataire de Dieu, porte-parole de la Révélation et titulaire du monopole de l'exégèse religieuse. Celui qui dénonce la manipulation et le trucage n'est plus alors simplement un traitre ou un agent, c'est désormais un infidèle, un hérétique, un renégat athée.

Manifestement, tous ces procédés sont aujourd'hui à l'œuvre chez les "modernes" adeptes de la politisation de la religion musulmane par la violence et la terreur, ces spécialistes de la confusion entre le trône et la chaire qui font commerce de la parole divine et de la tradition prophétique pour alimenter les caisses de leur Etat ou parti.

Comme les dictateurs, ils raisonnent sur le mode du "qui n'est pas avec nous est contre nous" : entendre par là qui ne croit pas à nos objectifs est un criminel hors-la-loi, qui se dresse sur notre chemin est un impie et un renégat. La psychiatrie caractérise le schizophrène par son abus du discours logique et de l'affirmation, selon sa propre logique et non selon celle du sens commun, et son incapacité à la faire correspondre à la réalité, d'où une dichotomie entre le monde réel et lui-même. Si l'on transpose cette pathologie de la schizophrénie du niveau individuel au niveau collectif, on touche du doigt la nature du mal dont est atteint le courant de la politisation de l'islam par la violence et la terreur.

Ayant pris diverses formes, les principaux slogans de l'islam politique sont : "la souveraineté n'appartient qu'à Dieu (al-hàakimiyya lilah), à l'exclusion des hommes ; il est le seul juge et législateur, et celui qui dit ou pense le contraire est un infidèle". "Il faut gouverner au moyen de la loi divine, elle seule et elle tout entière ; aucune de ses dispositions ne peut être amendée, suspendue ou considérée comme relative ou obsolète ; si les textes sont obscurs, on doit se référer aux ulémas, qui seuls peuvent les interpréter et prononcer fatwà-s et jugements". "La société contemporaine est païenne, il faut en faire table rase". "La société doit appliquer la shari'a islamique, sinon la guerre lui sera déclarée". "La solution islamique permettra de résoudre tous le problèmes de la société, nationale et internationale". "L'islam est religion d'Etat (din wa-dawla)". "Le musulman ne doit avoir d'autre nationalité que l'islam, d'autre allégeance qu'envers la communauté islamique (umma) à l'exclusion de sa patrie".

"Il n'y a que deux partis : le parti de Dieu, (hizb Allah), (c'est-à-dire les leaders de l'islam politique et leurs adeptes), et le parti de Satan (c'est-à-dire tous leurs adversaires) ; le premier doit mener partout le Jihàd et la guerre sainte sans trêve ni merci, jusqu'à l'instauration du gouvernement de Dieu".

Toutes ces formules à l'emporte-pièce fonctionnent bien entendu selon les règles de la propagande, à savoir la répétition et le martèlement jusqu'à l'endoctrinement, sans considération aucune pour les valeurs morales authentiques. Elles montrent à quel point est énorme la distance qui sépare le fondamentalisme islamique politique et activiste du véritable fondamentalisme, qui lui est rationaliste et spiritualiste.

En tout état de cause, il y a là une innommable imposture commise contre Dieu, et une transgression de l'islam au nom de...l'islam ! Car en réalité ce ne sont que des hommes qui gouvernent et qui luttent pour la conquête du pouvoir. Ce n'est que durant le règne du Prophète, que le gouvernement fut celui de Dieu souverain, puisqu'en effet, selon le dogme islamique, Muhammad agissait sous le contrôle et la
direction de la Révélation divine. Lui mort, ne restent que des hommes, tous égaux, dont aucun n'est comme lui directement inspiré par la Révélation. Leur gouvernement n'est qu'un gouvernement d'hommes : à eux le mérite lorsqu'ils agissent dans le droit chemin, à eux la faute lorsqu'ils s'égarent. Toute autre doctrine ne sert qu'à entourer le gouvernant ou son opposant d'une auréole d'infaillibilité et de sainteté, afin de le mettre à l'abri de toute responsabilité.

L'islam de nos ancêtres, respectueux de l'altérité

Contrairement à certaines croyances propres aux courants religieux déviants de la norme maghrébine à laquelle appartient l'Algérie, à savoir l'école malékite, la foi religieuse, la tolérance, le respect de l'altérité, etc. toutes ces valeurs humanistes ne datent pas d'aujourd'hui dans la mesure où elles ont de tout temps été présentes -et même très souvent en dépit de la guerre d'occupation menée contre notre pays par le colonialisme français. Preuve en est, ce témoignage, parmi tant d'autres, sur la multiséculaire tolérance des Algériens au XIXe siècle. Ci-après donc, un regard plutôt admiratif d'un visiteur européen sur la pratique religieuse des Algériens et le rapport qu'ils avaient aux autres cultes religieux :

"Très religieux, les Arabes observent rigoureusement les lois du Prophète ; le jeûne et les prières sont souvent obligatoires. Chrétiens, nous croyons que les musulmans n'adorent et ne connaissent que Mohammed. Chez eux, cependant, Mohammed est l'égal de Jésus-Christ et de Moise, et chacun de ces prophètes est le chef de sa religion, comme un général est le chef de son armée.

Les musulmans invoquent aussi bien "Sidna Aissa" (Notre Seigneur Jésus-Christ), "Sidna Moussa" (Notre Seigneur Moise), que "Sidna Mohammed" (Notre Seigneur Mohammed). Le nom de Marie ne leur est également pas inconnu, car on les entend souvent prononcer "Setna Meriem" (Notre maitresse Marie). Ils adressent des prières à Jésus -Christ, à Moise, à Abraham, Jacob, Joseph et Mohammed ; mais ce dernier est leur intercesseur direct auprès de Dieu, parce qu'il et l'architecte de la religion musulmane. Dieu n'a point de Fils, disent-ils, parce que Dieu n'est qu'un et n'a point de femme. Aissa, Moussa et Mohammed sont trois envoyés de Dieu, et ils sont égaux devant lui. Si le musulman ne salue pas la croix sur laquelle Jésus-Christ a été crucifié, c'est que Mohammed leur a dit que le croyant ne doit se prosterner que devant les œuvres de Dieu, la croix n'est qu'une invention des hommes (...)".

Le témoignage en question, extrait de l'ouvrage intitulé "Itinéraire historique et descriptif de l'Algérie, avec un vocabulaire français-arabe", J.Barbie, 1855, prouve à tout le moins que si nos ancêtres, tels que décrits par l'auteur, venaient à ressusciter aujourd'hui, ils seraient de bons vivants ! Aux islamo-ultraconservateurs qui s'efforcent de freiner la marche du monde, ils leur infligeraient, assurément, une sacrée volée de bois vert ...

Dieu est dans tout ce qui bouge...

S'il est vrai qu' "une bonne fois pour toutes " n'existe pas dans l'Histoire de l'univers, il est tout aussi vrai, au commencement, que le monde que Dieu a créé n'était pas un monde mort. Dieu n'a pas créé, que l'on sache, un monde pour qu'il demeure ce qu'il est. Il a, pour ainsi dire, autant créé le monde que le mouvement. Il a donné l'impulsion, le "La ". Tout ce qu'on peut dire de lui est qu'il se trouve à l'origine du mouvement. Plus exactement on a donné le nom de Dieu au fait que le mouvement, si loin qu'on remonte dans le temps, suppose un premier moteur. En cela, Dieu est à l'origine de tout ce qui bouge, de tout ce qui vit, de tout ce qui évolue. Et l'on ne peut que s'en réjouir, tout en lui rendant grâce. Tant pis si cela écorche l'entendement figé des partisans de l'immobilisme et de la mort, mais tout ce qui évolue porte en soi un rappel de Dieu. Plus on se meut, plus on innove, plus on se rapproche de Dieu.

L'obscurantisme des "barbus aux crânes rasés sans moustaches ", leurs archaïsmes, et surtout la grande hypocrisie qui caractérise leur attitude sociétale, tout cela, à contrario, va contre la coulée du monde. En un mot contre Dieu ! Les dogmes que ceux-ci érigent pour mieux y dissimuler leurs calculs sordides, les hiérarchies qu'ils entretiennent contre vents et marées -alors qu'en Islam, le clergé n'est pas censé exister- leur donnent peut-être "bonne conscience ".

Il n'en demeure pas moins qu'ils s'inscrivent contre Dieu quand ils font obstacle au mouvement inéluctable du monde. S'ils croient encore, en l'an 2016, en un "Etat de droit divin ", qu'ils se rendent à l'évidence : ils ont des lustres de retard, ils se trompent d'époque. Quant à nous, nous ne voulons nullement nous tromper d'époque. Et, quand bien même nous nous tromperions d'époque, nous ne tenons nullement à vivre dans la leur, c'est-à-dire comme au temps des khalifats.

Tout cela pour la bonne raison qu'un paramètre incontournable -la baraka de nos ancêtres- demeurera toujours une valeur inébranlablement ancrée dans notre vécu d'Algériens. Pour tout dire, ceux qui se servent du passé et instrumentent la religion afin de justifier un immobilisme avantageux pour la sauvegarde de leurs intérêts exclusifs -politiques, financiers et matériels bien sûr- , ceux qui, au nom de nos ancêtres, s'acharnent à freiner la marche du monde, risquent d'être les premiers à se faire secouer la djellaba...Car nous sommes convaincus que, s'ils venaient à ressusciter aujourd'hui même, nos ancêtres en question leur infligeraient volontiers une volée de bois vert...Et, pourquoi pas, redeviendraient de bons vivants parmi nous. Selon la volonté de Dieu bien entendu, et de Dieu seulement.

Point de clergé en islam

Une thèse centrale de l'islam politique, qui se trouve aussi chez certains juristes désireux de s'arroger le monopole de la religion vraie et d'instituer un clergé dans l'islam, est celle selon laquelle seuls feraient autorité les exégèses, les "fatwà-s" et les jugements des "ahl aldhikr", c'est-à-dire eux-mêmes, en vertu du verset "interrogez les ahl al Dhikr si vous ne savez pas" (XVI, 43 et XXI, 7). C'est-à-dire interrogez -en réalité- les Juifs et les Chrétiens que Dieu a inspirés. Naturellement Il n'y avait pas encore, au temps de Muhammad, de religieux ou oulémas qui puissent être visés par ce verset, et ceux qui aujourd'hui en détournent le sens pour servir leurs ambitions personnelles ne font en réalité que dévoiler leur désir de faire main basse sur l'ordre juridique et politique de la société.

Pourtant l'islam a toujours fait en sorte d'éviter la constitution d'un clergé, sous quelque forme que ce soit ; pour lui, tout musulman pieux est un clerc. S'il y a dans le christianisme une théologie, c'est-à-dire un ensemble constitutif d'une science dogmatique dans l'étude de laquelle se spécialisent les docteurs de la religion, le dogme islamique est quant à lui d'une clarté et d'une simplicité telles qu'il est à la portée de tout chacun, sans effort philosophique et sans théorisation théologique.

Il n'y a donc pas en islam de "science de la religion" (théologie) dont les oulémas pourraient se considérer comme les détenteurs, mais "des sciences se rapportant à la religion", telles que l'exégèse coranique, la philologie, le "fiqh "et sa théorie (usùl al-fiqh), la science du "hadih", etc. Et l'on ne peut faire, sauf à s'exprimer dans une langue incorrecte, du spécialiste d'une de ces sciences un docteur de la religion en général.

Il faut donc bien savoir, pour ce qui concerne les musulmans pratiquants ou seulement de culture que nous sommes, que même lorsqu'ils étaient au sommet de leur art et de la science, les Musulmans du Moyen-âge des lumières n'avaient jamais osé parler de sciences islamiques. Tout bonnement parce que dans leur esprit éclairé -en tout cas bien plus éclairé que celui des islamistes actuels-, il s'agissait là de sciences profanes, autrement dit universelles, tout simplement.

Alors, soyons lucides, soyons sérieux : il faudra bien admettre, un jour, qu'il n'y a pas plus de sciences islamiques et d'éducation islamique que de beurre en broche. Il y a les sciences profanes d'une part, et les sciences se rapportant à la religion telles que l'exégèse coranique, la philologie, le "fiqh "et sa théorie (usùl al-fiqh), la science du "hadih" d'autre part. Tout comme il y a l'éducation civique de l'école publique d'une part, et l'éducation religieuse de l'école coranique ou de la zaouïa d'autre part. Tout le reste n'est qu'une innommable imposture, une de plus, à l'actif des "douktours " es imposture religieuse qui, d'une manière générale, n'ont jamais su comment -ou voulu- séparer la science profane de la philologie ou l'exégèse coranique, alors que les deux matières sont notoirement connues pour être aux antipodes l'une et l'autre.

Prendre le taureau par les cornes

Pour la première fois sans doute dans l'histoire contemporaine de notre pays, avec cette obligation désormais assumée de retour progressif aux normes universelles à travers les nouveaux programmes scolaires dits de "deuxième génération ", il y a peut-être une chance qu'il soit mis fin, dans des délais raisonnables -une à deux décennies au moins-, à cette situation de crises identitaires latentes, multiformes, qu'a vécues notre société jusque dans ses fondements socioculturels les plus solides.
Pour la première fois donc, nous nous trouvons vraisemblablement dans l'obligation de nous attaquer aux vrais problèmes, demeurés pendants à cause de la double parenthèse du règne islamo-ultraconservateur, qui malgré tout perdure éperdument comme un anachronisme, comme un non sens depuis l'indépendance du pays.

Certes, toutes les générations antérieures ont toujours tenu le sort du pays entre leurs mains. Mais, hier, c'était une fleur de rhétorique. Bien sûr, le drame d'ordre sécuritaire que vient de traverser récemment l'Algérie, d'autres pays l'ont déjà vécu avant nous. Mais beaucoup plus lentement, et à des époques où la vitesse du monde était moindre. Or cette vitesse s'accélère de nos jours. Et elle s'accélèrera davantage dans les années à venir.

Nous n'avons donc plus encore trente ou quarante ans devant nous pour résoudre des problèmes demeurés en l'état. Pour tout dire, il n'y a aucune autre alternative que celle qui consiste à désormais se retrousser les manches, à prendre le taureau par les cornes. Résoudre les problèmes donc, requiert que désormais nous changions d'attitude de bout en bout. Car si nous considérons les choses du même regard que par le passé, nous agirions de même et retomberions dans les vieilles ornières.

Alors, autant le dire aussi et de façon la plus claire qui soit : désormais nous n'avons que faire des faux dévots, des charlatans et des sectes qui, profitant de la moindre vacance du champ politique, s'obstinent à pratiquer des surenchères moralistes et religieuses. Que les obscurantistes, que les islamo-ultraconservateurs abandonnent leurs attitudes de défi, de prédominance, de domination ; qu'ils mettent un bémol à leur arrogance, et tout le monde, sans aucun doute, s'en trouvera mieux !

Car entretemps, le monde a, selon l'expression usitée, "pris ses jambes à son coup ", il a pris le TGV de la modernité. Et il a tellement évolué que les formules anciennes sont impuissantes à résoudre les problèmes qu'il pose présentement et qui sont d'une toute autre facture. Les politiques du temps jadis, celles des années 1970 par exemple, n'ont pas plus d'effet sur lui qu'un cautère sur une jambe de bois.
En définitive, nous ne saurions nous dérober à inventer une politique qui soit celle de notre temps. Ou nous prenons conscience de notre temps, ou les temps nous emporteront !

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.

Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.