Kader A. Abderrahim

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Bouteflika indisponible, vacance du pouvoir de facto

Publication: 14/08/2013 14h55

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika ne reprendra pas de sitôt ses activités. Probablement encore un mois avant que l'actuel locataire du palais d'El Mouradia puisse retourner travailler, même allégée une reprise est exclue par ses médecins. De toute évidence, les séquelles de l'accident vasculaire cérébral survenu le 27 avril dernier sont bien plus lourdes que ce qu'annonçaient les communiqués officiels.

L'Algérie au ralenti

Abdelaziz Bouteflika, que les Algériens ont vu pour la dernière fois le 16 juillet dernier, se déplace toujours dans une chaise roulante. Il était absent lors des deux obligations protocolaires traditionnelles que sont : les prières du 27e jour du mois de Ramadan et de l'Aïd el Fitr.

Depuis son retour, le chef de l'Etat algérien n'a pas quitté sa résidence privée de Zéralda (à l'ouest d'Alger), où il dispose, depuis janvier 2005 lors de l'apparition de sa maladie, d'un hôpital ultra sophistiqué et doté de tous les appareils nécessaires au suivi de sa maladie, qui lui avait valu un premier séjour à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce à Paris. Son entourage s'occupe soigneusement de faire le vide autour de lui, il ne rencontre personne, à l'exception de sa famille. Il n'a eu, depuis le 16 juillet, qu'un ou deux contacts avec le Premier ministre Abdelmalek Sellal, qui expédie les affaires courantes, mais n'a aucune latitude pour prendre des initiatives politiques. De fait, l'Algérie fonctionne au ralenti et le Conseil des ministres ne s'est pas réuni depuis décembre 2012. Au total, il n'y a eu que 8 Conseils des ministres en 31 mois.

La loi de finance complémentaire n'a pas été signée par le président de la République, et déjà le gouvernement travaille sur la préparation du budget 2014. Rien n'indique qu'elle pourra être présentée au Parlement,si elle n'est pas débattue en Conseil des ministres.

Manœuvre de sérail

Après la désastreuse apparition de Bouteflika dans un fauteuil roulant, le teint pâle, hagard et la main tremblante, on n'est pas près de le revoir sur les écrans de télévision. Ces images ont été d'autant plus ravageuses qu'elles apparaissaient à la suite de déclarations lénifiantes de certains responsables algériens qui se voulaient rassurants. A présent, le culte du secret a retrouvé tous ses droits avec son lot de rumeurs, de fausses confidences et de pseudo révélations. Ce vide politique de facto, aiguise les appétits, même si la prudence reste de mise, la course à la succession est ouverte et les prétendants, dans l'ombre, aiguisent leurs arguments et comptent leurs soutiens.

Seuls certains barons du régime, anciens combattants pour la plupart ou généraux à la retraite, osent dire tout haut ou écrire qu'il faut une sortie de crise rapide et contrôlée.

Pour le moment leurs voix ne portent pas. L'incertitude est l'alliée du clan Bouteflika, qui maîtrise l'agenda et ne parle qu'aux inconditionnels du président.

C'est ainsi que l'on annonce un grand remaniement du gouvernement en septembre ainsi que l'élection d'un nouveau secrétaire général du FLN à la même période. Ballon d'essai ou tentative de reprendre en main le parti, sans lequel aucune élection n'est possible, et remettre de l'ordre au sein d'un gouvernement tenté par d'autres fidélités...

Ira-t-il au terme de son mandat?

La plupart des candidats putatifs ne comptent pas parmi les amis du président, et n'ont par conséquent aucun moyen de connaître ni ses intentions ni celles de ses proches. Si la maladie ne vient pas dégrader encore son état physique, Abdelaziz Bouteflika restera accroché à son fauteuil jusqu'en avril 2014. S'il le peut, il tentera de peser sur le choix de son successeur. Cela fait beaucoup de conditionnel. Machiavel avait coutume de dire: "le pouvoir rend fou, le pouvoir absolu, rend absolument fou". En Algérie, c'est tout un peuple qui enrage d'être ainsi suspendu à la soif de pouvoir d'une famille.

 
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