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Retour en Kabylie... Comme en 45!

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J'adore ma Kabylie natale. Cependant, c'est toujours avec une certaine réticence que je m'y rends. Et c'est toujours le cœur malade que j'en reviens. L'excès de beauté des paysages est sans doute pour quelque chose dans cette angoisse que j'éprouve au fur et à mesure que je me rapproche de mon village.

Ma poitrine n'est pas suffisamment ample pour engranger toutes les lumières, toutes les couleurs. Où mettre toutes ces montagnes violettes? Où mettre toute cette brume cotonneuse qui monte des vallées? Où mettre tous ces figuiers et tous ces oliviers? Où mettre ces robes vives et ces foutahs bariolées? Où mettre, enfin, tous ces villages assis entre ciel et terre?

Cette magnificence n'est pas seule à me perturber. Il y a aussi cette nostalgie douloureuse qui me prend à la gorge au moment où mes pieds foulent le sol de la cour collective. L'Histoire de ma famille a tôt fait de s'inviter pour me tenir compagnie le temps de mon séjour.

L'un des acteurs majeurs de cette Histoire est incontestablement mon grand oncle Hocine. Acteur majeur par son absence. Personnellement, je ne l'ai pas connu. Je ne l'ai même pas vu en photo. Je sais seulement qu'il ressemble à mon père et qu'il est son aîné.

En 1945, un peu avant la fin de la deuxième guerre mondiale Zizi l'Hocine prenait son barda et partait se faire embaucher, en France, dans une usine d'armements, laissant derrière lui sa femme et trois garçons.

La misère devait être, à l'époque, si grande en Kabylie qu'une fois installé à Lens, dans le Nord de la France, il ne songea plus au retour. Pour mettre définitivement une croix sur cette misère il prit femme dans cette ville et en eut beaucoup d'enfants.

Pendant ce temps- là, les trois garçons laissés au village, pris en charge par la famille, grandissaient. Le plus beau des trois, Amar, devait prendre le maquis et tomber au champ d'honneur. Le plus jeune, khelifa, vécut d'expédients et n'eut pour toute chance dans sa vie que celle d'être enterré, en plein hiver, juste en face d'un Djurdjura au sommet de sa splendeur.

Le cadet, Belkacem, finit par retrouver son père et noua des relations avec ses demi-frères et sœurs. Il s'installa, à son tour, durablement en France où il trouva un emploi stable dans un restaurant de la chaîne Hippopotamus .Et à son tour, Belkacem devait laisser ses enfants, Nasser, Hassan et Mokrane au pays.

Et ce n'est, malheureusement pas fini.

Cela fait dix ans maintenant que Nasser, comme son grand-père en 45, a traversé la mer pour vendre des chaussures à Lens. Il ne peut pas rentrer chez lui parce qu'il n'a pas encore les "papiers". Il a laissé derrière lui sa femme et trois enfants Haider, Aghilès et Aldjia.

Exactement comme Zizi l'Hocine en 45! Pour l'heure il envoie des mandats. Aldjia est sûre que son père reviendra. En attendant, elle pousse, vaille que vaille, sous l'œil vigilant de sa mère et de ses frères. Elle s'ennuie à fendre l'âme.

Et, quand je la vois, le sol de la cour commune se dérobe sous mes pieds. Je hèle alors mon accompagnateur et lui dis: "Vite, fiston ! Ramène la voiture ! Nous rentrons sur Alger! "

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