LES BLOGS

Des points de vue et des analyses approfondis de l'actualité grâce aux contributeurs du Huffington Post

Kaci Abdmeziem Headshot

Regardez bien, petits!

Publication: Mis à jour:
MIMOSA
Wikimedia Commons
Imprimer

Mes amis, ma famille -proche et lointaine parentèle- me croient pauvre.

Mes amis de la presse surtout.

Lorsque je les rencontre, je les entends clairement penser: "Quel nigaud, ce type!".

"Quarante ans de boulot dans l'agence nationale de presse sans avoir pu mettre un dollar ou un euro de côté! Sans avoir su décrocher un poste à l'étranger, équivalent d'une rente en or pour lui, pour ses enfants, voire même pour ses petits-enfants. Un incapable, voilà tout. Dommage! Dommage!".

Seulement voilà! Tout le monde se trompe. Je suis riche! Dieu donne à qui Il veut, n'est-ce pas?

Je possède une propriété foncière privée en plein centre d'Alger. Il s'agit d'un bois où se côtoient pins, sapins, platanes, oliviers, figuiers et grands Eucalyptus. Des rangées de roseaux aménagées d'une manière adéquate cassent le vent en hiver et l'empêchent de déraciner mes arbres sur la colline. La catastrophe écologique ne se produira pas chez moi.

À moins qu'elle ne provienne de ces arbres vénéneux dont les fruits, petites gousses hérissées de piquants, sont aussi foudroyants que du cyanure.

Ces arbres sont mon cauchemar car ils se reproduisent à une vitesse folle, empoisonnent la terre et tuent impitoyablement tout autre végétal qui viendrait à se trouver dans leur environnement. J'ai vu périr un immense Eucalyptus encerclé par trois ou quatre de ces empoisonneurs. Comme la chèvre de Monsieur Seguin il a lutté, le pauvre, tant qu'il a pu mais à la fin, il s'est soumis. Il n'en reste qu'une carcasse vide de sève et de volonté de vivre.

Dieu m'est témoin que j'ai cherché à me débarrasser du chat d'un de mes voisins en lui faisant ingérer une de ces gousses écrasées mélangée à de la viande hachée. Il est vrai que cet impertinent m'empoisonnait la vie car il aimait faire ses besoins dans ces grands pots que j'avais installés dans ce couloir commun qui courait tout le long des appartements de l'étage.

C'était atroce pour moi de découvrir, chaque matin, en ouvrant ma porte, les déjections immondes de ce matou dans cet immense pot où j'avais planté un rosier aux fleurs écarlates. J'ai pensé à le kidnapper pour le remettre à cette brave femme qui s'occupe d'une nurserie de chats (est-ce un vœu qu'elle a fait?) et à qui elle sert à chaque repas de la viande-hachée mélangée à du riz. Le lait figure aussi abondamment dans le menu quotidien.

Dès qu'elle a fini de dresser la table, elle appelle chacun par son surnom et les voilà qui accourent du jardin en pente situé en contrebas de sa maison, à l'abri, sous les sapins et les néfliers plantés par les habitants. C'est vous dire que les matous ont le jour et la nuit pour se faire des câlins et l'espèce ne court aucun risque de s'éteindre dans notre quartier.

J'ai finalement opté pour une autre solution, celle de la dissuasion. J'ai cherché et trouvé du houx. Les épines de cette plante sont longues comme l'index de votre main. Elles sont dures et leur bout est aussi acéré qu'une aiguille de matelassier. J'ai installé sur tous mes pots, de manière adéquate cette arme redoutable. Le chat impertinent n'a jamais plus donné signe de vie à l'étage. Il aurait cherché à faire le malin, il se serait déchiqueté l'arrière train.

Des gueux ont cherché à me spolier de mon bien.

Ils sont venus un jour sans crier gare et ont fait traverser ma frontière à leur matériel de guerre: excavatrices, engins munis de chenilles -comme les chars-pour pouvoir investir n'importe quel endroit de la colline et y exécuter à la lettre les ordres reçus.

Il était clair, pour moi, que l'arrogance des agresseurs ne pouvait signifier qu'une chose: les criminels avaient les papiers nécessaires portant tous les tampons humides et autres, de l'État, attestant leur bon droit.

Mais c'était compter sans les habitants qui se levèrent comme un seul homme pour arrêter la mascarade et permettre à leurs enfants de continuer à s'amuser dans cet endroit magnifique. L'Autorité recula. Les engins battirent en retraite, mais des dégâts considérables avaient été commis. Même le lotissement des parcelles à bâtir avait été fait!

Il ne sera pas facile de réparer les préjudices causés.

Les criminels qui avaient prémédité leur coup ont voulu se débarrasser des arbres. Ils ont planté, sur leurs troncs non pas des clous, mais des ronds à béton! Ils ont parfois provoqué des incendies à la base des arbres.

Le bilan des arbres assassinés est très lourd.

Pour finir leur travail de destruction ils ont eu l'idée machiavélique d'introduire dans ma propriété deux variétés de plantes invasives. La première, déjà décrite, est carrément une tueuse.

La deuxième, le mimosa, est nocive par sa prodigieuse capacité à proliférer aux dépens, bien sûr, des autres espèces. Plantez un mimosa à Chréa et il n'y restera plus, au bout de quelques années, aucun cyprès.

Alors les enfants, qu'est-ce qu'on fait?

Par où commencer?

Djawad: "Je pense qu'il faut d'abord enlever les ronds à béton. Ce qu'ils doivent souffrir, les pauvres arbres!".

Khalil: "Moi je me charge de détruire ces arbres tueurs. Je vais y mettre le feu et danser autour comme les Indiens!".

  • Et les mimosas, les enfants?
  • Les mimosas? Ils sont trop beaux, Djeddou! On les laisse tranquilles...
  • Les laisser tranquilles? Vous n'avez donc rien compris? C'est eux ou votre colline boisée...
  • On leur laisse un petit coin que nous placerons sous haute surveillance. Promis. Juré. Djeddou!

Retrouvez toutes les Kaci Story ICI.

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.

Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.