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D'Azouza à Alger, ma vie pérégrine d'instit (XXVI): De Gaulle en Algérie, manifestations à Alger

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- Asseyez-vous, dit le Capitaine aimablement.

Je ne sais que faire de mes mains ankylosées.

- "Voilà, vous êtes libre. On vous relâche. Il faut croire que vous avez une sacrée veine !" fait-il en me jetant ma carte d'identité.

Je suis médusé.

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- "Cela vous étonne, n'est-ce pas ? C'est pourtant vrai. On va vous raccompagner chez vous. Le fait est que nous avons décidé de casser la grève des écoliers qui dure depuis octobre dernier et comme vous êtes enseignant nous aurons besoin de vos services. Vous comprenez maintenant ?"

Oh oui ! Je comprends très bien. Se servir de moi pour briser une grève qui dérange. Les salauds ! Ils peuvent toujours attendre ! Je ne mange pas de ce pain.

- "Vous ne me remerciez même pas", ironise le capitaine !

Je rentre chez moi dans le même GMC que la veille, à la faveur de la même obscurité.

Le lendemain matin, à huit heures, je me présente à mon travail.

-"Que vous arrive-il, mon ami ?", s'enquiert le directeur de l'école.
-"Rien de grave, Monsieur Ferracci. Ce n'était qu'une méprise. Par les temps qui courent on arrête à tour de bras. Tout le monde est suspect."

Pauvre Monsieur Ferracci ! Il ne comprend strictement rien aux événements. Il est sans doute temps pour lui de prendre sa retraite et d'aller se reposer dans sa Corse natale.

1958. De Gaulle arrive au pouvoir.

Mettre fin aux « événements » (quel euphémisme !) d'Algérie est le gros problème qu'a à résoudre le Général. Chacun ose croire qu'avec une personnalité de ce calibre, il est permis d'espérer.

Toute « l'intelligentsia » militaire française se trouve en Algérie, engagée dans un combat contre un adversaire qui n'entend pas demander pardon sur un territoire qui fait cinq fois la France.

Comment sortir de ce guêpier ? De Gaulle doit pressentir que les jeux sont faits d'avance et que l'on ne peut pas aller à contre-sens de l'Histoire.

La conjoncture internationale est défavorable. Voici venu le temps de l'émancipation des peuples et des indépendances en cascade. L'Algérie ne peut être en reste de ce mouvement planétaire. Mais comment sortir du bourbier ?

Le général va, dans un premier temps, appuyer, à fond, l'armée. Il sait que cette armée qui a été humiliée en Indochine et qui s'est fait battre à plate couture par le général vietnamien Giap, a besoin de prendre sa revanche sur le sort. Il la laissera donc faire. Il lui fournira des moyens colossaux.

En mai 1958, cette armée, Massu en tête, prône la "fraternisation" entre Français et Musulmans. La télévision et la radio sont mis au service de cette mascarade. De grandes affiches placardées sur les murs vantent l'orientation "généreuse" de la politique de la France.

Cette campagne menée tambour battant par les services psychologiques de l'armée française a un impact minime sinon nul.

C'est dans ce contexte que De Gaulle décide de se rendre en Algérie pour tâter le terrain.

Le général reçoit, à Alger, un accueil délirant. La place du Forum est noire de monde. Avec hystérie on scande à perdre haleine : Algérie française ! Algérie française !

De Gaulle prend la parole et jette à la foule fiévreuse cette phrase devenue célèbre : Françaises, Français d'Algérie ! Je vous ai compris !

De retour à Paris, le général tient une conférence de presse où il offre à la "Rébellion" la "Paix des Braves".

Cette offre ne vise à rien d'autre qu'à semer la pagaille dans les rangs du FLN et de l'ALN. Elle ne reçoit pas l'écho espéré par le général. La "Rébellion" oppose un silence glacial à la démarche roublarde de De Gaulle.

Cette fin de non-recevoir exacerbe l'armée française qui déclenche alors toute une série d'opérations fulgurantes et meurtrières de nettoyage des djebels.

Elle multiplie les villages de regroupement afin d'étouffer les maquis en les privant de vivres.

La soldatesque française aurait pu parvenir à ses fins si le FLN n'avait pas déplacé son terrain d'action vers les grandes villes en y organisant des manifestations populaires de grande envergure.

Les plus importantes de ces manifestations sont, sans conteste, celles de Décembre 1960 où, pour la première fois, le drapeau algérien est hissé Pace du Gouvernement (actuellement Place des Martyrs). Elles durent plusieurs jours. Leur épicentre est Belcourt (Belouizdad actuellement).

La manifestation à laquelle j'assiste personnellement se déroule un 20 décembre aux environs de 15 heures.

A suivre...

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