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La nuit où Donald Trump a remporté la présidentielle américaine

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USA
JIM BOURG / REUTERS
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On se réveille groggy. Pour ceux qui ont dormi, en tous cas. La soirée semblait écrite d'avance. Durant les derniers jours de campagne, on avait vu une Hillary Clinton plus triomphante que jamais et un Donald Trump qui semblait perdre de son éclat. A 1h du matin, on y croyait encore : tout se passait bien, les Etats tombaient comme prévu et ces résultats étaient conformes à l'attendu. Les projections paraissaient se vérifier. Les sondages avaient annoncés la couleur.

La surprise

À 2h du matin, on a vite compris que la nuit serait longue, qu'on allait peut-être vivre un moment qu'on n'oublierait pas de sitôt. Après seize mois de campagne totalement irréaliste, ponctuée d'outrance, de scandale de rebondissements incessants, d'insultes qui succédaient à des attaques personnelles, on ne s'attendait pourtant pas à ça. Et pourtant, il fallait bien qu'il y ait une conclusion, une sorte de couronnement, pourquoi pas. Car c'est ce qui s'est effectivement passé. Et personne ne l'avait vu venir. Fidèle à ce que à quoi nous avons eu droit, tel un vrai dénouement de télé-réalité, le dernier épisode a tenu toutes ses promesses.

Les sondages nous avaient assuré qu'Hillary Clinton avait une avance qui ne cessait de grandir. En trois jours ils sont tous passer de 1,5% à 3, puis 4, voire 5 points d'avance. La bourse, qui avait manifesté une mauvaise humeur à la suite des derniers rebondissements liés à l'épisode du FBI est remontée brutalement. Et ces deux derniers jours ont été occupés à commenter les votes par anticipations et les longues files d'Hispaniques qui attendaient des heures, nous disait-on pour faire barrage à Donald Trump et envoyer la première femme à la Maison-Blanche.

A partir de 2h30, le milliardaire a été donné victorieux dans le Kentucky, en Indiana, en Caroline du Sud, en Alabama, au Texas... pas un Etat ne semblait lui échapper. Il ajouta alors l'Arkansas, l'ancien Etat de Bill Clinton et a fini par être donné gagnant dans l'Ohio.

Au fur et à mesure que les Grands électeurs s'additionnaient on arrivait à peine à le croire. Et pourtant, il a bien fallu se rendre compte que le futur président des Etats-Unis ne serait pas une présidente. Vers 4h, toutes les grandes chaines américaine, NBC, ABC, CNN, reprises aussitôt par les chaines françaises ont timidement évoqué l'idée que Donald Trump serait en situation de passer la barre fatidique des 269 délégués. Sa victoire aura été total puisque cette nuit a ajouté des surprises à l'incroyable, faisant basculer la Virginie, l'Etat du candidat à la vice-présidence, Tim Kaine. Cet Etat était largement donné gagnant pour Hillary Clinton, à tel point que Donald Trump avait, il y a quelques semaines, arrêté sa campagne et retiré toutes ses troupes.

Puis ce fut la Caroline du Nord, l'Etat du vice-président en exercice, Joe Biden. Un Etat dans lequel la population afro-américaine y est très nombreuse et décide quasiment du résultat : elle avait permis à Barack Obama de le conquérir en 2008 et elle l'avait durement sanctionné en 2012, en faisant gagner Mitt Romney. Trump aura confirmé ce retour dans le giron républicain. Des surprises il y en eut bien d'autres, avec ce long décompte qui commença en Floride, l'Etat qu'il ne fallait pas perdre, avec ses 29 délégués. Mais comment le perdre alors que les Hispaniques y sont si nombreux ? Mais oui, comment est-ce possible, doit-on se demander aujourd'hui dans l'entourage de la candidate démocrate. A moitié sonné, on a alors entendu les journalistes qui annonçait que les Etats du nord, la Pennsylvanie et l'Ohio, étaient en balance. Si on pouvait le craindre dans un scénario catastrophe pour l'Ohio, comment se projeter sur une double difficultés dans cette région ? En réalité, la difficulté s'est propagée. Des Etats réputés "imprenables" pour le républicain, tels que le Wisconsin ou le Michigan, ont réservé à leur tour une mauvaise surprise.

Une vague nationale

Il viendra le temps de l'analyse poussée, chiffrée et largement étayée. Dans un premier temps, il convient de remarquer que personne n'a imaginé ce scénario. Sachant que les deux candidats étaient très impopulaires, on se dit que le rejet d'Hillary Clinton était bien plus grand que celui que suscité Donald Trump. Certains ajouterons que l'establishment dans son ensemble déplait désormais aux électeurs et qu'ils l'ont montré de façon très brutale certes, mais très claire. On pourra aussi compléter ces remarques en prétendant que c'est un rejet de la classe politique dans son ensmble à laquelle nous avons assisté, Donald Trump ayant pris soin tout au long de la campagne de se placer en dehors des partis et de répéter dès que possible qu'il n'a rien à voir avec les hommes de Washington.

Il faut toutefois peut-être changer l'analyse et revisiter nos propres commentaires : il y a un fait que l'on ne peut pas effacer : le phénomène qui s'est produit le 8 novembre a été uniforme dans l'ensemble du pays. Il faut donc y voir aussi un sentiment d'adhésion à ce que Trump représente ou propose. Là-aussi, le temps de l'analyse plus poussée viendra. Mais on voit que ces électeurs ne sont pas, comme cela a pu être écrit parfois, quelques hurluberlus attirés par les outrances de ce nouveau-venu ; on constate aussi qu'il a beaucoup répété que les Américains ne sont jamais écoutés par les hommes politiques, parce que les hommes politiques ont fini par oublier qu'ils représentent ce peuple. Les premières réactions qui se sont faites entendre viennent de deux hommes qui connaissent l'Amérique et la vie politique, de façon plus générale : "Maintenant tout est possible : un monde s'effondre devant nos yeux", a déclaré l'ambassadeur de France aux Etats-Unis. C'est à peu près le même son de cloche de la part du député des Français d'Amérique du Nord, Frédéric Lefebvre, qui a suivi cette nuit électorale depuis Los Angeles où il a déclaré à la communauté française réunie pour l'occasion que "le monde doit réfléchir au message de Trump, qui était les mégaphones des sans-voix et qui nous a fait vivre un véritable tremblement de terre."

L'homme de la situation ?

Le message qui a été envoyé, quel qu'il soit est -personne n'en doute- un message fort. Donald Trump va donc avoir la charge d'y répondre maintenant. On peut toujours imaginer que, puisque le vote américain est un suffrage indirect, certains de ces grands électeurs choisiront de ne pas voter pour lui le lundi qui suit le deuxième mercredi de décembre (comme le prévoit la Constitution). Mais tout le monde perçoit aussitôt aisément que, dans un climat d'une campagne totalement hystérique, ce serait une véritable provocation et déclencherait des réactions violente, voire des émeutes.

L'urgence est de ramener le calme et de préserver la paix civile, ainsi que l'avait indiqué Hillary Clinton au cours des deux journées de clôture de la campagne. Or, aussi étonnant que cela puisse paraître, Donald Trump est peut-être la personne la plus indiquée pour cette mission. La crainte première reposait dans l'attitude des supporters de Trump en cas de défaite : on imaginait que tout pouvait arriver, y compris des accès de violence. Avec les supporters de la candidate démocrate les choses devraient se passer plus aisément : la résignation, le chagrin, la déception seront des sentiments partagés ; mais personne ne cherchera un vengeance ou un coupable expiatoire.

Il restera donc à Donald Trump à retisser des liens, d'abord avec le parti républicains et tous ceux qui lui ont tourné le dos, avant de le faire avec le reste du pays. Peut-être même nommera-t-il dans son administration, non seulement ces républicains de l'establishment qui lui ont mis tant de bâtons dans les roues, mais également des personnes de la société civile, voire des démocrates. Après tout, il l'a assez répété : il sera le meilleur pour unir le pays, parce qu'il est un génie de la négociation.

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