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Si le Marocain ne s'aime pas, comment peut-il aimer son pays?

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Youssef Boudlal / Reuters
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SOCIÉTÉ - J'entends bien trop souvent les propos suivants: "Eh oui, c'est ça le Maroc, il ne changera jamais!", ou bien: "Ah si je pouvais quitter ce pays je le ferais immédiatement!". Et je suis surpris du nombre de jeunes qui cherchent à émigrer ailleurs, même quand ils ont une bonne situation professionnelle.

Qu'est-ce qui peut bien se passer dans la tête du Marocain quand il critique le Maroc et les Marocains à tout bout de champ? Dès qu'il a un problème, il tient immédiatement des propos tout prêts à l'emploi, comme: "Ce peuple n'évoluera jamais...".

Il n'est donc pas étonnant que celui qui tient de tels propos ne se soucie guère du progrès de son pays puisqu'il a le sentiment d'y être emprisonné contre son gré et que, s'il le pouvait, il irait vivre ailleurs.

Comment peut-on expliquer cette mentalité et cette relation que le Marocain entretient avec son pays et ses compatriotes et comment remédier à cela?

La problématique se situe essentiellement au niveau de l'éducation, et cela à plusieurs niveaux:

1- Tout d'abord, l'absence de l'amour de soi chez l'enfant: tristement, l'éducation marocaine est bien souvent basée sur la violence verbale et physique et de ce fait l'enfant est brimé, découragé et dévalorisé. Ce comportement ancre dans son esprit son infériorité et le sentiment qu'il n'est pas aimé ni apprécié par les adultes, ainsi et malgré le temps, il n'arrive pas à développer l'amour de soi.

2- L'absence de la notion de l'appartenance sociale: l'éducation pousse l'enfant à profiter au maximum du "gâteau social" avec un esprit hautement compétitif. Il est poussé à être mieux que les autres, à être le meilleur. En aucun cas nous n'apprenons à l'enfant qu'il appartient à cette société, qu'elle est la sienne, et qu'il doit collaborer avec les autres pour la rendre meilleure. Au contraire, nous lui apprenons que la société est dangereuse, qu'il doit s'en méfier. Soit il l'exploite, soit c'est elle qui va l'exploiter.

3- L'absence de l'apprentissage de l'enfant de son rôle primordial dans le développement de son pays: l'éducation n'apprend à l'enfant qu'à être brillant pour gagner le plus d'argent possible et en aucun cas elle n'ancre chez lui qu'il doit être brillant pour servir son pays. Dans l'esprit du Marocain, les études et le travail ne sont qu'un moyen de gagner de l'argent et il oublie d'apprendre à son enfant que ce sont avant tout des moyens qui permettront de servir son pays en développant ainsi son sens d'appartenance sociale. Souvent, l'enfant poursuit ses études douloureusement et exécute son métier avec souffrance car ce n'était pas son choix ni son objectif. Comment peut-il aimer son pays et le servir dans ce contexte?

4- L'absence du respect de l'enfant par les adultes: le concept du respect comme une ligne directrice est pratiquement absent. Nous n'apprenons à l'enfant ni le respect des autres ni le fait de se respecter lui-même en tant que personne. En somme, l'enfant n'a ni de place, ni de rôle, ni d'avis, ni de considération dans la famille et à l'école. Ainsi, il a une image négative de lui-même. Comment peut-il alors avoir une image positive des autres?

5- L'absence de l'apprentissage à respecter les autres dans leur différence: le fait que l'enfant ignore le concept du respect l'amène à ne pas respecter la différence, et cela est ancré dans son esprit par l'éducation. Penser autrement, se comporter autrement, avoir une autre croyance est inacceptable pour lui avec une note de racisme tribale sous-jacente. L'enfant grandit alors dans l'intolérance de toute sorte. Comment voulez-vous qu'il accepte une société dans sa diversité culturelle et religieuse en pensant qu'il est meilleur que les autres? Comment peut-il coexister avec les autres et les respecter? Comment peut-il aimer son pays?

N'est-il pas temps de réviser notre éducation, de la remettre en question si nous voulons changer notre pays en prenant conscience que chacun de nous a le devoir de servir sa société dans toute sa diversité et au lieu de vouloir la fuir, il pourrait se sentir chargé de la mission de la faire évoluer pour le bien-être de tous?

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