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Pourquoi le Marocain crache non-stop?

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CRACHAT
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SOCIÉTÉ - Chacun de nous a dû remarquer que le Marocain, petit et grand, crache dans la rue sans arrêt et au vu et au su de tous. De même, il crache dans les escaliers des bâtiments et dans tous les lieux publics. S'agit-il d'un phénomène physiologique? Le Marocain produirait-il plus de salive? Est-ce une expression de sa virilité? S'agit-il d'un signal particulier? Est-il normal de cracher dans la rue, ou plutôt est-il naturel de cracher tout simplement? Ou serait-ce un manque d'éducation et de civisme?

La salive est un liquide biologique, produit par les glandes salivaires, dont les fonctions sont multiples: antiseptique, participation à la digestion des aliments, humidification de la bouche pour le confort de la mastication mais aussi pour une meilleure mobilisation de la langue afin de parler facilement. Pourquoi donc cracher ce liquide précieux fabriqué par notre corps?

Chez l'animal, la salive a la même fonction que chez l'homme, mais chez certaines espèces, la salive contient du venin et est projetée sur la proie et l'ennemi pour chasser ou se protéger. Le fait que le Marocain crache sans arrêt serait-il alors un comportement animal, pour "maîtriser" l'ennemi? Souvent, dans les disputes, nous assistons à la projection de crachats sur les visages ou par terre. Serait-ce un comportement de dissuasion de l'ennemi?

Nous remarquons aussi, dans les familles marocaines, une expression courante et bien célèbre: "akh tfou"(1) qui se produit en cas de disputes. "Tfou" est en réalité un crachat "sec" sans projection de salive qui exprime la colère et le mépris. Seulement, le Marocain crache dans la rue, dans le café, dans le train, dans le bus, à travers la vitre de sa voiture, seul ou en groupe, sans qu'il soit obligatoirement dans une situation conflictuelle ou de dispute. Serait-ce donc un crachat "rituel"? Par contre, curieusement, une fois chez lui, il contrôle ce rituel. Pourquoi donc? C'est exactement comme jeter ses restes par terre dans les rues, mais pas chez lui ou devant chez lui!

Ces dernières années, les adolescents et les jeunes, en Occident aussi, crachent beaucoup dans la rue et j'attribue ce phénomène à l'imitation des footballeurs qui, lors des matchs, crachent sans arrêt. Nous observons ceci à la télévision, tout en considérant les crachats de ces stars de foot "normaux". Ces jeunes crachent-ils donc pour s'identifier à ces stars de football, comme ils le font également avec leurs coupes de cheveux?

Quant à la femme marocaine, elle utilise l'expression "tfou" ou "cracha sec", qui a la même signification et valeur que de cracher la salive, exprimant sa colère. Mais être en colère contre qui et contre quoi? Si le Marocain est en colère contre sa situation, que fait-il alors pour la changer? Faut-il que le gouvernement intervienne pour que chaque Marocain retienne sa salive, qu'il l'empêche de jeter ses détritus dans la rue? Le gouvernement pénètre-t-il dans chaque maison afin d'empêcher le Marocain de ne pas cracher ou jeter ses ordures par terre chez lui? Non, car il s'assure de conserver une certaine propreté chez lui, mais pas dans les rues!

En réalité, le Marocain est en colère vis-à-vis de lui-même, il voit qu'il est son propre ennemi et ne se supporte pas et ceci est encore une fois dû à notre désastreuse éducation violente. Le Marocain est de personnalité brisée, manque de confiance, se sent en insécurité, il se défend donc comme l'animal par la projection du crachat pour dissuader l'ennemi et se protéger de lui-même.

L'éducation marocaine, aussi bien à la maison qu'à l'école, détruit la personne et réduit la personnalité à néant en culpabilisant sans arrêt l'enfant car "c'est toujours de sa faute"! L'enfant, finit par en vouloir à lui-même d'être violenté en entendant ses parents répéter sans arrêt "tfou 3lik alkhnaz"(1) ou bien "akh tfou 3lik"(1). Sans oublier que dans chaque famille, l'enfant entend ses parents, en colère contre quelqu'un, répéter cette formule: "mayswach 7ta baz9a"! (2)

La notion du crachat s'ancre dans sa conscience et il se met à cracher partout afin de se rappeler qu'il n'est qu'un "crachat" et signifier par la même occasion aux autres qu'ils ne sont également que des crachats!

(1) Quelle merde!
(2) Ne vaut pas un crachat!

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