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Pourquoi la démocratie est impossible chez les Marocains?

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Rafael Marchante / Reuters
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SOCIÉTÉ - Les Marocains vivent dans des paradoxes et contradictions, en refusant de regarder la réalité malgré le résultat décevant de vouloir concrétiser le fantasme collectif suivant: "la religion est de loin la meilleure constitution". Une réalité où l'injustice, la pauvreté et la misère se propagent de plus en plus!

Malgré cela, ils sont convaincus que la raison de ce résultat catastrophique au niveau social et économique est due à deux principales causes:

1- Le fait de s'écarter et de s'éloigner des préceptes religieux en s'acharnant à appliquer la démocratie occidentale.

2- Les complots occidentaux qui les déroutent et les empêchent d'appliquer la politique religieuse, car s'ils pouvaient appliquer la démocratie religieuse, ils seraient les "maîtres" du monde.

Bien entendu, ces deux causes sont imaginaires et ont été inventées pour justifier l'échec de la réalisation de leur fantasme répandu dans notre société qui se résume en cette théorie: "la religion est une constitution et une science politique capable de réaliser la démocratie et l'épanouissement social". Jusqu'à présent, la population refuse de reconnaître son erreur monumentale et continue d'instrumentaliser la religion dans la politique afin de réaliser la démocratie divine!

Quelles sont alors les raisons responsables de la croyance selon laquelle la religion est une science politique, et qu'une fois appliquée sur terre, la paix et la justice se répandront entre les hommes?

1- Une éducation religieuse erronée

Malheureusement, la religion n'est pas suffisamment outillée pour développer, chez l'enfant, l'amour de son pays, la citoyenneté, le civisme, le service de la société, le respect de l'autre, ni pour ancrer la notion de liberté de croyance et que nul n'a le droit de s'ingérer dans cette liberté. A l'inverse, l'enfant apprend que la religion est le seul moyen de réaliser la justice et l'égalité, mais à condition qu'elle soit pratiquée par tout le monde!

Pour argumenter cette idéologie, l'enfant apprend des histoires du passé sur des personnalités mythiques, ayant réalisé la démocratie sociale en appliquant la religion comme constitution. Ces contes s'ancrent alors dans le cerveau de l'enfant et sont à l'origine de "faux souvenirs" et de "fausses convictions". Mais ce genre d'éducation ne développe pas chez l'enfant la capacité d'analyse, de critique et l'absence d'autres versions de l'histoire est flagrante. Cela ne lui permet pas de se faire sa propre vision en prenant en compte tous les récits des courants idéologiques existants.

2- Un apprentissage de l'histoire de la religion à sens unique

L'enfant apprend dans ses leçons d'histoire que sa religion a réalisé dans le passé la justice et la démocratie sans avoir accès à d'autres versions de l'histoire à ce sujet. Ainsi, l'enfant est convaincu que ce qu'il a appris est la seule vérité et il se force à adhérer à ce leurre historique. A ce sujet, je me pose une question: avons-nous lu quelque part que tous les historiens, à l'unanimité, ont rapporté qu'un État donné avait appliqué la religion comme une constitution et réalisé, sans guerre sanglante, la justice, la paix et avait pu effacer la pauvreté et l'ignorance? Pourquoi donc apprenons-nous une histoire fabriquée et montée de toutes pièces à nos enfants sans aucun œil critique? Ne s'agit-il pas d'une manipulation démagogique?

3- Enseigner à l'enfant que les conquêtes religieuses et la colonisation sont deux choses différentes

Quelles différences y a-t-il entre les conquêtes religieuses et la colonisation? Aucune, car les conquêtes religieuses sont une colonisation déguisée et légitimée par la cause d'enseigner la parole de Dieu. Toutes les deux ont bafoué les droits humains et dépossédé le peuple conquis de ses propres terres, de ses biens, de ses femmes et ont fait couler du sang et volé des âmes. Dans ce contexte, je me demande où est la justice divine, l'amour du prochain et le respect de l'être humain? La religion a-t-elle enseigné ces pratiques ou bien la politique a-t-elle instrumentalisé Dieu pour justifier ces conquêtes barbares?

4- L'ignorance, l'illettrisme et l'absence de l'indépendance de la pensée

Alors que le but de la religion est d'éradiquer l'ignorance et l'analphabétisme et d'enseigner la liberté de la pensée, j'observe que l'ignorance se propage avec l'instrumentalisation de la religion pour garder le pouvoir, l'autorité et la suprématie sur la population et pour l'exploiter à des fins politiques. Mais cette emprise de l'homme par la religion est justifiée au nom de Dieu et de l'interprétation de ses lois en fonction des besoins du moment de la politique. Ainsi, la politique se cache derrière la religion et la religiosité, et combat la diversité de la pensée et sa modernité. Car cette diversité et cette liberté de la pensée pourraient susciter des questions et critiques qui réveilleraient la conscience collective.

Si nous imaginons une école qui apprend à l'enfant que la religion est un programme spirituel, dont l'objectif est de responsabiliser le citoyen, servir la société et le pays, respecter la liberté de la pensée, nous n'aurions pas besoin des lois de sécurité spirituelle. Ceci est le B-A-BA des conventions internationales des droits de l'homme et l'essence même de la religion!

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