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Le "bus-forêt", la chasse est ouverte!

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HARCELEMENT RUE
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SOCIÉTÉ - Ce qui vient de se passer à Casablanca n'est en aucun cas choquant. Ce n'est qu'une grave complication de ce qui m'a toujours choqué: la permissivité sociale du harcèlement sexuel de la femme, devenu une scène courante dans notre société.

Cet événement me rappelle les parties de chasse depuis l'existence de la tribu humaine. Une chasse toujours en groupe et qui se perpétue jusqu'à ce jour. Seulement, le gibier en ce moment dans notre société est la femme. D'ailleurs, les garçons en quittant leurs quartiers pour aller au centre ville disent bien "yallah nsaydo"! Rien n'a changé depuis l'homme "chasseur" primitif et l'homme actuel, sauf la proie.

J'ai passé du temps à essayer d'analyser les raisons du harcèlement sexuel de la femme, et plus particulièrement cette agression sexuelle collective. Cet événement n'est qu'un autre symptôme d'une éducation sociale en phase terminale. La rue est le miroir ou le baromètre de la qualité des programmes éducatifs.

Je peux accuser schématiquement 3 axes responsables de ce crime contre la liberté de la femme.

1- L'éducation religieuse erronée :

  • L'absence de l'égalité des sexes: Le garçon a plus de droits que la fille. Effectivement, puisque c'est cette dernière qui fait le ménage et non lui. C'est elle aussi qui aide la mère à la cuisine, à préparer et à débarrasser la table et pas le garçon. C'est elle qui s'occupe aussi du linge et pas lui. C'est elle qui doit faire la chambre des garçons mais, encore une fois, pas lui. Le garçon considère ainsi que la fille est "une servante", "son objet" à son service et qu'il a plus de valeur et de considération qu'elle et de ce fait, il peut faire d'elle ce qu'il veut. Et même s'il la frappe, la mère légitimera le geste en disant à sa fille "iwa khouk hada"!
  • ("et bien, c'est ton frère", ndlr)

  • L'inégalité dans le port des vêtements: Débardeur, short... le garçon s'habille à sa guise, mais pas la fille. Elle, doit s'habiller pudiquement, cacher ses cheveux, ses bras, ses genoux. Ainsi, on sexualise toutes les parties du corps féminin, faisant de la jeune fille une attraction sexuelle. Le garçon comprend alors que si des parties de la fille restent en évidence il peut s'en servir avec ses yeux, sa bouche, ses mains ou plus.
  • Le corps de la fille est provocateur: la fille doit couvrir son corps, non pas par tradition ou coutume, mais parce que son corps est "fitna" et provocateur. Elle doit veiller à ne pas provoquer monsieur le garçon, un animal féroce qui perd son contrôle s'il est tenté. De ce fait, le garçon apprend qu'il est de son droit de perdre son contrôle devant une fille habillée en débardeur par exemple. D'autant plus que certaines fatwas ont légalisé le viol de femmes "moutabarijate".
  • La virginité: la fille doit rester vierge, mais on n'en demande jamais autant au garçon. La chasteté est enseignée à deux vitesses: capitale chez la fille mais relative chez le garçon! En plus, dans notre culture, nous entendons toujours dire au sujet du garçon "iwa hadak hi wald" (ce n'est qu'un garçon, ndlr). En d'autre termes, il n'a rien à perdre car il n'a pas d'hymen. Contrairement à la fille, il ne déshonorera jamais la famille. Le garçon apprend alors que tout lui est permis sexuellement.
  • Obéir aux lois pour gagner des "hassanates" et aller au paradis: malheureusement l'enfant n'apprend pas que le fait d'obéir à la loi a pour but de servir la société et de participer à son ordre et à son épanouissement. Cette relation entre "obéissance et service de la société" est absente et le respect des lois est uniquement pour un bénéfice égoïste au lieu de celui de la communauté.

2- L'éducation civique

Ni l'école, ni la famille ne développe chez l'enfant le sens de l'appartenance sociale et sa responsabilité directe dans le bien-être de sa société. Au contraire, nous apprenons à l'enfant à développer des efforts pour "ykoune chi7aja ou être quelque chose", en d'autre termes pour son bien individuel. Nous développons alors chez l'enfant son égoïsme et la recherche de son intérêt personnel. Ceci explique le fait que tout le monde voit les garçons harceler les filles dans la rue, ou bien l'exemple type de ce viol dans le bus et que personne ne bouge le petit doigt car ceci ne va rien lui apporter et il ne se sent pas appartenir à cette société.

3- Les films pornographiques :

Les jeunes enfants commencent à partir de 9 ou 10 ans à regarder ces films faits par des hommes pour les hommes et dont la femme est présentée comme un objet sexuel et souvent violentée. Le jeune ado pense que ce qu'il regarde correspond à la réalité et finit par confondre cinéma et réalité et le passage à l'acte devient évident pour lui et normal, d'autant plus quand il s'agit d'un groupe d'adolescents qui se sent en force, chacun essaie alors de jouer le héros devant les autres. Et la gloire est à celui qui ouvre la chasse.

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