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Mourir en France quand on est musulman: face à la rareté des cimetières (première partie)

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MUSLIM CEMETERY FRANCE
Robert Pratta / Reuters
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L'objet social de la mort musulmane en France devient un sujet épineux en France, car il y a une forte augmentation des musulmans en France et un souhait chez cette population d'être enterré dans ce pays. Il y a de plus en plus de musulmans qui veulent se faire enterrer en France dans un cimetière islamique, ce qu'interdit la loi, ces musulmans demandent une sépulture en France qui corresponde à leur culture et leur identité musulmane. Mais la majorité des musulmans envoie leurs dépouilles dans le pays d'origine.

Il ne faut pas oublier que le musulman, depuis sa plus tendre enfance, a appris à vivre avec la mort comme faisant partie intégrante de la vie. La mort en Islam est inévitable et universelle. En Islam l'homme est sur terre pour subir une épreuve: se soumettre à la volonté de Dieu en acceptant la révélation coranique. La mort fait partie intégrante de la vie. Le musulman ne peut se révolter contre la mort, ni manifester de manière exagérée sa douleur ou son désespoir. Il exprimera son chagrin à la perte d'un être cher dans la dignité, le contrôle de soi et la totale confiance en Dieu, Maître de la vie et de la mort.

L'État français refuse la demande de plusieurs associations pour créer un cimetière musulman dans les villes françaises sur des terrains privés musulmans. Mais les responsables politiques défendent toujours le principe de la laïcité et en plus de cela, la loi française interdit les cimetières confessionnels et n'autorise que les carrés à l'intérieur des cimetières communaux. Il y a un manque de cimetières musulmans en France. Mais toutes les villes en France ne disposent pas d'un carré confessionnel pour cette communauté.

Car il y a une soixante-dizaines de cimetières communaux pour toute la France qui disposent d'un carré musulman, ce sont des lopins de terrain réservés aux inhumations des populations musulmanes, juives, bouddhistes...etc. On peut dire que la France n'avait rien prévu pour accorder à ces populations d'être enterrées ici, selon leurs convenances spirituelles. Il faut savoir aussi que la loi de séparation entre l'Eglise et l'État de 1905 réaffirme dans son article 28 qu'il est "interdit, à l'avenir, d'élever ou d'apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l'exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions". En clair, seules les tombes et les monuments funéraires ont le droit d'afficher la religion du défunt, mais non pas au niveau des parties communes du cimetière.

La réglementation française de la mort garantit la liberté des rituels religieux funéraires, tout en leur imposant certaines contraintes ou limites. En effet, depuis la législation imposée par Napoléon à toutes les confessions officielles de l'époque (chrétiennes et juives), la laïcisation des cimetières s'est progressivement affirmée, surtout à la suite des grandes lois laïques des années 1880. "Les pratiques religieuses en ont été influencées et ont du s'adapter parfois en inventant de nouvelles formes de ritualisation de la mémoire, comme le montre admirablement l'histoire des rites funéraires chez les juifs de France." (Hidiroglou, 1999). Plus récemment, la circulaire de 1991 affirme à la fois le caractère public des cimetières et leur neutralité, garantissant la liberté funéraire étendue aux musulmans. Il faut savoir que "Le rite musulman est d'autant plus susceptible d'être respecté en différents lieux qu'il est empreint de sobriété et que le défunt doit, en principe, être enterré au plus vite." (Ballanfat, 2004: 705).

Lorsque l'enterrement a lieu en France, il s'accompagne de transformations notables des rites puisqu'il implique l'utilisation du cercueil, la construction de tombeaux solides en marbre ou en béton. Or, depuis la loi du 14 novembre 1881, toute séparation entre cultes est supprimée dans les cimetières confessionnels communaux. Pourtant, certaines dérogations à la loi ont eu lieu. Par exemple, à Bobigny, un cimetière musulman a été crée en 1934 par le décret ministériel, le cimetière musulman de Bobigny a été inauguré le 12 février 1937 au moment de la célébration du centenaire de la colonisation. Dés 1937, un décret y autorise l'inhumation des défunts musulmans décédés ailleurs qu'à l'hôpital, de Bobigny. Il a été créé peu après l'ouverture de l'hôpital franco-musulman de Bobigny (aujourd'hui hôpital Avicenne). Ces deux sites constituent deux éléments rares du patrimoine de la colonisation et de l'immigration en France. Le carré militaire du cimetière montre le rôle qu'ont joué les soldats musulmans pendant la Seconde Guerre mondiale. Il y a 7.000 tombes, toutes tournées vers la Mecque. On parle de cimetière musulman car il fallait pouvoir mettre tous les soldats musulmans de l'époque ensemble afin que les gens puissent se recueillir sur leurs tombes. Le cimetière comprend une salle de prière, un pavillon pour l'imam et une salle d'ablution.

C'est le premier et le seul cimetière musulman en France jusqu'en 1996, date à laquelle sa gestion est transférée à un syndicat intercommunal; il devient alors le carré musulman du cimetière intercommunal des villes d'Aubervilliers, Bobigny, Drancy et la Courneuve. Il est désormais inscrit à l'inventaire des monuments historiques. Toutes les tombes sont tournées vers la Mecque. Elles témoignent toutes de l'histoire de l'immigration en France. Elle a aussi une dimension historique et politique. Mais depuis 1971, il est interdit de construire des cimetières privés et d'en construire de nouveaux.

Il existe aussi un deuxième cimetière en France, il s'agit de celui de la ville de Strasbourg qui a été inauguré en 2012. Ce cimetière dispose de salles équipées pour laver le corps du défunt et d'un espace de prière couvert pour les familles qui souhaitent suivre les rites traditionnels. Même si dans le droit français, les cimetières confessionnels sont interdits, l'Alsace et la Moselle échappent à ces interdictions grâce au droit local qui permet aux pouvoir publics d'intervenir dans le financement des cultes. Il est le premier à être géré par une collectivité locale en vertu du concordat d'Alsace-Moselle de 1801, qui n'existe pas ailleurs en France.

Les tombes dans ces cimetières sont orientées vers la Mecque, mais les tombes musulmanes n'échappent pas à l'évolution architecturale qui touche les autres cultes.

Plus récemment, la circulaire de 1991 affirme à la fois le caractère public des cimetières et leur neutralité, garantissant la liberté funéraire étendue aux musulmans qui, bien que ne pouvant "prétendre à la partition confessionnelle dans le cimetière, bénéficient d'une liberté dans le rite funéraire." (Chaib, 2000: 171-172).

M.Tribalat (1996) souligne que le désir d'être enterré au pays des parents devient moins fort chez les jeunes issus de l'immigration maghrébine, ce qui suppose, selon elle, un enracinement à la terre française. C'est un geste d'une bonne intégration et c'est l'intégration par la mort. Car il y a une communauté de musulmans qui s'installe définitivement sur le territoire français et qui souhaite enterrer ses proches en France, car pour eux ce sont des Français. Il nous semble que cet enracinement soit plutôt attaché à une spiritualité propre à la pratique religieuse musulmane qui exige de ses descendants de se recueillir sur les tombes lors des fêtes religieuses. En effet, le rapatriement au village d'origine ne permet plus aux enfants de s'acquitter de cette affiliation et culturelle.

Des musulmans répondent que la France ne leur accorde pas le droit de s'y faire enterrer selon leurs normes. Ils énoncent plusieurs griefs comme l'absence de cimetières ou de carrés réservés exclusivement aux musulmans, le non respect de la direction des tombes vers la Mecque, l'enterrement dans des cercueils, le non-respect du délai pendant lequel les morts doivent être enterrés, la désaffectation des tombes après un certain nombre d'années et l'usage de l'incinération.

Depuis quelques années, une demande pressante de cimetières musulmans est apparue en France. Elle est considérée par de nombreux observateurs et chercheurs comme le premier signe tangible d'une véritable inscription sur le sol. Les carrés musulmans ne sont pas à proprement parler des cimetières islamiques mais des parcelles aménagées, significativement dénommées par les services municipaux comme des emplacements réservés aux inhumations musulmanes. Ces carrés destinés aux religions minoritaires, étaient autorisés avec une circulaire de novembre 1975 et de 14 février 1991, où le ministère de l'Intérieur recommandait aux maires d'user de leurs pouvoirs pour réserver aux musulmans, si la demande en était présentée, des carrés spéciaux dans les cimetières existants.

Bibliographie
  • Ballanfat, P. (2004), "Les anges de miséricorde et de châtiment. Paradis et enfer musulmans", In Lenoir
  • Frédéric Lenoir et Jean-Philippe de Tonnac (2004), "La mort et l'immortalité", Encyclopédie des savoirs et des croyances, Bayard
  • Yassine Chaïb (2000). "L'émigré et la mort, la mort musulmane en France", Aix-en-Provence, Edisud
  • Patricia Hidiroglou (1999). "Rites funéraires de deuil chez les juifs en France, XIXème-XXème siècle, Paris", Les belles Lettres
  • Michèle Tribalat (1996). "De l'immigration à l'assimilation: enquête sur les populations d'origine étrangère en France", Michèle Tribalat, avec la participation de Patrick Simon et Benoit Riandey, Paris, La Découverte.

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