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Le traumatisme psychique chez la femme victime d'une agression sexuelle

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SOCIÉTÉ - La femme reste toujours l'objet de la domination de l'homme et de son pouvoir. Elle est l'objet de toutes les négligences, de toutes les discriminations et de toutes les violences. Parmi ces violences et non des moindres, le viol reste la violence ultime. Le viol qui est devenu malheureusement de nos jours un acte courant. Le problème de santé posé par les violences sexuelles est connu dans tous les pays du monde depuis des siècles, et même depuis l'antiquité. Le viol est un crime et les agressions sexuelles sont des délits. Ses conséquences psychologiques, morales et sociales sont telles qu'elles doivent être prises en compte aussitôt.

Quel que soit l'âge de la victime, les conséquences du viol et des agressions sexuelles sont graves et durables. Le viol est un acte infamant, il touche la femme dans son honneur et dans sa dignité, c'est aussi et surtout une atteinte psychique. La personne victime d'un viol ne sera jamais plus comme avant. De nombreux facteurs d'ordre historique, psychologique et politique, ainsi que l'ignorance dans ce domaine, expliquent l'arrivée relativement récente du sujet à l'avant-scène des problèmes sociaux. L'un d'entre eux est le secret dans lequel certaines victimes gardent leurs expériences traumatisantes (Farrell, 1988).

Etre victime d'une agression sexuelle constitue un événement traumatique grave qui porte atteinte à l'intégrité physique et psychique de la personne. Un tel événement risque de bouleverser sa vision du monde. Elle aura besoin de temps pour faire face à ce traumatisme et apprendre à vivre avec, en l'intégrant peu à peu à sa vie. L'état de stress post-traumatique est un trouble sévère et chronique dont souffrent de nombreuses victimes d'agression sexuelle. Ces victimes risquent d'autant plus d'être exposées à des réactions sociales négatives. Par ailleurs, le phénomène de l'agression sexuelle touche des femmes, des adolescent-e-s, enfants de tous les âges et de toutes les classes sociales.

Il va sans dire que la problématique des abus sexuels attire de plus en plus l'attention de la population marocaine et tout particulièrement des associations militantes qui travaillent activement auprès des familles et qui interviennent dans ce type de situations. L'objectif de cet article est de savoir quel est l'impact du viol sur la santé psychologique et mentale de la victime d'un abus sexuel? Quelles sont les différentes conséquences qui vont en découler? Quels changements peuvent atteindre la victime dans toutes les dimensions de sa vie?

Violence sexuelle, agression sexuelle et viol

Les violences sexuelles sont des violences à caractère sexuel, avec ou sans contact physique, commis par un ou plusieurs individus avec violence, contrainte, menace ou surprise. C'est-à-dire sans le consentement de la personne visée. Les violences sexuelles n'ont rien à voir avec un désir sexuel ni avec des pulsions sexuelles, ce sont des armes très efficaces pour détruire et dégrader l'autre, le soumettre et le réduire à l'état d'objet et d'esclaves. La violence sexuelle couvre les actes allant du harcèlement verbal à la pénétration forcée, ainsi que des formes de contrainte très variées allant de l'intimidation sociale jusqu'à la force physique.

Il y a aussi des agressions sexuelles commises par des partenaires intimes, qui s'accompagnent habituellement de violence physique et psychologique, mais qui peut être aussi présente seule. L'état de stress post-traumatique est une réaction psychologique qui peut en être conséquente. Une agression sexuelle porte atteinte aux droits fondamentaux, notamment à l'intégrité physique et psychologique et à la sécurité de la personne. En fait, l'agression sexuelle est un peu floue à définir. Cependant, elle peut être caractérisée par une tentative de viol qui n'aboutit pas.

Généralement, on parle d'agression sexuelle lorsqu'on utilise les termes légaux suivants: viol, abus sexuel, infractions sexuelles, contacts sexuels, attouchement, masturbation, inceste, prostitution juvénile, pornographie juvénile, visionnage de films porno, exhibitionnisme. Par contre, le viol est souvent une annulation de l'autre, du désir de l'autre (Daligand et Gonin, 2000: 169). Chaque viol par un agresseur sur une femme est la mise en scène de cette annulation. Le viol serait un "crime sexuel commis par un homme abusant par la force d'une femme ou d'une fillette". (Sillamy, 1999: 275). Le viol qui est un crime étant défini comme tout acte de pénétration de quelque nature que ce soit commis sur la personne d'autrui par violence, contrainte, menace ou surprise.

L'existence et l'ampleur de ce phénomène au sein de notre société est une réalité qu'on ne peut ignorer. La presse locale tire la sonnette d'alarme sur le phénomène du harcèlement des femmes dans l'espace public au Maroc. Les agresseurs sont des hommes pervers et violents; qui vont à l'encontre des les préceptes de l'islam mais également de toutes les autres religions.

La question aussi de l'agression sexuelle au Maroc soulève beaucoup de questionnements quant au devenir des personnes victimes de syndrome post-traumatique et des questionnements sur la prise en charge de cette population au Maroc. La personne victime d'un viol ne sera jamais plus comme avant, car l'image traumatique a tranché le seuil des refoulements et réveillé des angoisses primaires d'anéantissement (Cormon, 2002). Aussi, chaque femme peut, par le fait de cette blessure narcissique, être confrontée à son identité féminine et à sa légitimité en tant que personne.

Le traumatisme et traumatisme psychique

Le traumatisme psychique est un phénomène provoqué par un événement potentiellement traumatisant. Les traumatismes sexuels ont des conséquences immédiates sur le moi et peuvent perdurer pendant plusieurs années en l'absence de traitement. L'état de stress post-traumatique (ESPT) et la dépression sont des troubles sévères et chroniques fréquemment associés à l'agression sexuelle. Le processus de révélation est long, complexe et douloureux. Une prise en charge multidisciplinaire permet au patient de surmonter la honte, la culpabilité et la peur et à gérer des souvenirs pénibles et envahissants.

Au niveau de l'agression sexuelle, la victime est atteinte dans son identité sexuelle, dans ce qui la définit sexuellement alors qu'il y a nécessité d'un espace inviolable dans son corps et sa position psychique. Cet espace a été bafoué, ce qui est éminemment traumatique. L'image de soi est profondément atteinte, même si la victime de viol est un homme (ou un adolescent), c'est bien le féminin chez l'homme qui est atteint et qui est détruit (Damiani, 1997: 143). La victime préfère se taire, pour éviter la honte d'une révélation publique. L'ignorance ou la sous-estimation par les intervenants de l'impact psychique d'une agression peut avoir alors un effet gravement cumulatif entrainant une accentuation du traumatisme. (Dayan, 1995: 108).

Les conséquences psychotraumatiques spécifiques aux violences sexuelles

Les conséquences d'une agression sexuelle s'installent dans la durée souvent sur toute la vie si les victimes ne bénéficient pas de prises en charge spécialisée. Elles ont un impact catastrophique sur la santé physique et psychique des victimes, sur leur personnalité, et sur leur vie sociale, scolaire, professionnelle, personnelle, familiale et amoureuse. Elles ont un sentiment de mort psychique, elles se perçoivent comme des survivantes et même comme des mortes vivantes, leur vie devient un enfer.

Tous les auteurs qui ont travaillé sur la question du viol affirment qu'il est un acte destructeur pour la sexualité de la femme, et pour son équilibre psychique. La femme agressée sexuellement est troublée dans toutes ses dimensions, elle est humiliée, déshonorée voire rejetée par tout le monde. Elle souffre d'un traumatisme est d'une maltraitance sociale très douloureuse. L'agression sexuelle a des répercussions sérieuses à court et à long terme. À long terme, les chercheurs constatent que plusieurs adultes, agressés sexuellement pendant l'enfance, présentent des difficultés d'adaptation psychosociale ainsi que des problèmes de santé physique et mentale (Banyard, Williams & Siegel, 2001). Ils rapportent notamment des symptômes de dépression, d'anxiété et de stress post-traumatique, une estime personnelle négative, des sentiments d'isolement ainsi que des difficultés dans le contexte des relations sociales et amoureuses (Finkelhor, 1997).

En cas de violences sexuelles, les victimes ont un risque important de développer des troubles psychotraumatiques chroniques, tel un état de stress traumatiques. Les victimes sont prisonnières de troubles psychotraumatiques et de stratégie de survie. Concernant les conséquences psychologiques de l'agression sexuelle, il y a la peur, l'anxiété, l'angoisse, les symptômes dépressifs, les sentiments de honte et de culpabilité, la colère, l'euphorie et l'apathie. Les symptômes cognitifs les plus fréquents manifestés par les victimes suite à une agression sexuelle sont le syndrome de répétition, les troubles de la mémoire, les symptômes dissociatifs, la confusion, les troubles de la concentration, et les symptômes de reviviscence.

L'acte d'un homme peut détruire la confiance d'une femme envers les hommes et envers elle-même en tant que femme. Un soutien inadéquat aurait un effet déplorable sur l'état psychologique de la victime et sur son rétablissement. L'ESPT est donc un trouble incapacitant, qui peut perdurer pendant plusieurs années en l'absence de traitement. Lorsqu'un traitement est disponible, les difficultés liées à l'ESPT peuvent malgré tout s'avérer complexes à traiter. L'attitude de la famille et du groupe social a une grande importante sur le devenir de la victime. Le soutien social de la victime réfère aux comportements des proches qui sont en lien avec les besoins de l'individu qui doit composer avec une situation stressante (Cohen & Wills, 1985). La personne qui a été violée ne se reconnaît plus, elle se perçoit comme une autre, elle ne se comprend plus, on ne la comprend plus, elle ne se reconnaît plus, elle n'est plus la même personne qu'avant.

Foa et Rothbaum (1988) affirment que plusieurs victimes ont besoin d'une aide extérieure pour débuter et compléter un traitement et qu'un proche non supportant peut grandement interférer avec le suivi. De nombreuses autres recherches démontrent également que le soutien social est une variable pouvant contribuer au développement et au maintien de l'ESPT ainsi qu'à la réhabilitation d'une victime d'événement traumatique (Guay et al, 2002). Les victimes doivent avoir accès à toutes sortes de services de santé spécifiques proposés par des prestataires bien formés, notamment un soutien psychologique (et une orientation vers des services de santé mentale si besoin); une contraception d'urgence; une prophylaxie pour le VIH, selon le cas; un examen médico-légal (si une femme décide d'engager des poursuites), etc.

La situation actuelle au Maroc peut inciter les décideurs politiques à se pencher sur la question car la violence sexuelle à un impact sur la santé publique de la population et à un coût important pour les dépenses publiques. Il est également nécessaire de promouvoir des réformes juridiques et judiciaires pour améliorer les soins offerts aux victimes. Le Maroc doit montrer l'exemple en prenant des vraies mesures dans le but de renforcer la législation, afin de protéger les femmes et les jeunes filles contre le viol et d'autres formes de violence sexuelle. En plus, au Maroc il n'y a pas d'institutions spécifiques pour une prise en charge multidisciplinaire de ces victimes.

Le besoin d'une loi protégeant la femme de la violence devient une nécessité et une obligation dictées par les conventions internationales signées et ratifiées par le Maroc. Malgré le fait que le viol est sévèrement jugé dans toutes les juridictions mondiales, ce crime est malheureusement toujours présent. Il l'a été par le passé et il dure encore de nos jours, on peut même dire qu'il s'amplifie favorisé notamment par tous les conflits des guerres qui agitent la planète. L'agression sexuelle peut arriver à n'importe qui: enfant, adolescent, adolescente ou personne adulte quel que soit son âge, et les victimes ne sont pas responsables du comportement de l'agresseur.

C'est une question très complexe à traiter dans la société marocaine. Les conséquences de l'agression sexuelle sont nombreuses et peuvent toucher la vie sexuelle, relationnelle et même professionnelle de la personne violée. L'état de stress post-traumatique peut perdurer pendant plusieurs années en l'absence de traitement. Une prise en charge précoce, adaptée et multidisciplinaire permet d'améliorer son pronostic. Ajoutons que l'éducation sexuelle doit être inculquée soit au niveau de l'école soit par les parents.

Le soutien social et psychologique est maintenant reconnu par de nombreux auteurs comme étant une variable pouvant influencer le développement et le maintien des symptômes traumatiques et pouvant contribuer au rétablissement. Par conséquent, résoudre le problème de la violence sexuelle exige des actions de secteurs très divers, notamment la santé, l'éducation, les services sociaux et la justice pénale. Les mentalités marocaines sont en mutation.

Bibliographie

Banyard, V.L., Williams, L., Siegel, I.A. (2001). The long-term mental health consequences of child sexual abuse: An exploratory study of the impact of multiple traumas in a sample of women. Journal of Traumatic Stress, 14 (4). 697-715.

Cohen, S., Wills, T. A. (1985). Stress, social support, and the buffering hypothesis. Psychological Bulletin, 98, 310-357.

Cormon, V. (2002). Viols et métamorphoses, Journal international de victimologie, n° 1.

Daligand, L., Gonin, D. (2000). Violence et victime, Lyon, MĂ©ditions.

Damiani, C. (1997). Les victimes: violences publiques et crimes privés, Paris, Bayard Editions.

Dayan, M. (1995). Trauma et devenir psychique. Paris, PUF.

Farrell, L.T. (1988). Factors that affect a victim's self-disclosure in father-daughter incest, Child Welfare, n°67, 462-468.

Finkelhor, D. (1997). The victimization of children and youth. In R. C. Davis, A J. Lurigio & W. G. Skogan (Eds.), Victims of Crime (2nd 00., pp. 86-107). Thousand Oaks, CA: Sage Publications.

Foa, E. B., Rothbaum, B. O. (1998). Treating the trauma of rape: Cognitivebehavioral therapy for PTSD. New York: Guilford Press.

Guay, S., Billette, V., Marchand, A. (2002). Soutien social et trouble de stress post-traumatique: Théories, pistes de recherche et recommandations cliniques, Revue Québécoise de Psychologie, 23(3), 165-184.

Sillamy, N. (1999). Dictionnaire de Psychologie, Larousse.

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