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L'Arabie saoudite jette le Qatar dans les bras de l'Iran

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SAUDI ARABIA KING
Handout . / Reuters
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DIPLOMATIE - Par maladresse diplomatique ou par un mauvais calcul, Riyad, dont l'ambition de leadership au niveau de la région du Golfe et du monde arabo-islamique frôle la démesure, ne s'attendait certainement pas à ce que le Qatar renforce encore davantage ses relations avec l'Iran que les Saoudiens considèrent comme leur ennemi juré.

En décidant, au lendemain de la visite du président américain Donald Trump, d'isoler Doha à cause de sa "complaisance" à l'égard de Téhéran, Riyad, qui a entrainé dans son sillage deux autres pays du Conseil de coopération du Golfe (les Emirats arabes unis et le Bahreïn) en plus de l'Egypte, n'a pas réussi à faire plier le Qatar à ses exigences. D'ailleurs, ces exigences ne font pas l'unanimité y compris au sein même du groupement régional, le Koweït et Oman ayant préféré ne pas s'associer à la mise en quarantaine du voisin qatari en raison certainement des intérêts respectifs de leurs pays avec le Qatar et le grand voisin chiite.

L'Iran, pays avec lequel Doha partage un immense champ gazier dans les eaux du Golfe persique, n'est pas resté, quant à lui, sans régir et sans profiter de la brèche ouverte par Riyad en annonçant sa volonté de renforcer davantage ses relations avec le Qatar.

"Aider l'économie du Qatar et développer les relations, en particulier dans les secteurs privés des deux pays, peuvent être un objectif commun", a ainsi tenu à assurer le président iranien Hassan Rohani à l'émir du Qatar lors d'un entretien téléphonique à l'occasion de l'Aïd El-Fitr, ajoutant que "les espaces aérien, maritime et terrestre de l'Iran seront toujours ouverts au Qatar, qui est un pays frère et voisin".

L'Iran, qui sort progressivement de son isolement international après l'accord intervenu avec les pays occidentaux sur son programme nucléaire controversé, avait décidé, dès la mise au ban du Qatar par ses voisins du Golfe, d'acheminer quotidiennement par voie maritime 1.100 tonnes de denrées alimentaire. S'agit-il d'un geste humanitaire? Sûrement pas.

Pour sa part, la Turquie, l'autre puissance régionale, qui dispute dans la région le leadership à l'Arabie saoudite, n'a pas manqué de saisir l'occasion pour renforcer encore davantage sa coopération avec le Qatar surtout au niveau militaire.

En effet, dès l'annonce du blocus, le président turc Recep Tayyip Erdogan a pris fait et cause pour l'émirat gazier en annonçant le déploiement de plusieurs milliers de soldats dans une base militaire en territoire qatari en vertu d'un accord signé en 2014 entre les deux pays.

Plus encore, même le grand ami américain de l'Arabie saoudite a jugé démesuré le blocus imposé au Qatar et appelé par la voix de son chef de la diplomatie, Rex Tillerson, à son allègement affirmant qu'il gênait la lutte contre Daech. Mais au-delà de ce discours diplomatique, il faut aussi souligner que Doha est également un proche allié de Washington, le territoire qatari abritant près de 10.000 militaires américains.

Riyad se serait-il fait prendre à son propre jeu? A ce jour, aucune des conditions exigées par l'Arabie saoudite pour un retour à la normale dans la région n'a été satisfaite par Doha alors que les appels au dialogue se multiplient à travers le monde.

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