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L'insoutenable légèreté de l'État

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FETHI BELAID/AFP/Getty Images
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J'allais commencer par me reposer une énième fois la question d'à quoi sert l'Etat quand je me suis rendu compte que j'étais sur le point de m'auto-plagier.

La dernière fois que je m'étais posé la question, j'avais conclu deux choses:

  • Un, que ce que j'écris est impuissant à toucher ledit Etat ;
  • Deux, que l'Etat sert de délégué de la communauté, qui, en échange du monopole de la violence et de l'arbitrage, nous offre les bases d'une vie digne.

Toutefois, dans ma liste de "bases de vie digne", j'ai oublié de mentionner quelque chose: qu'il est nécessaire que l'Etat pense à tous ses citoyens.

Je considère que le plus vil ennemi d'une communauté n'est pas solum le conflit violent. Qu'au contraire, il s'agit de l'indifférence la plus totale. L'Etat doit être immunisé contre cette indifférence qui s'immisce partout, et silencieusement, dans la société.

L'Etat est notre proxy: à lui nous confions les allocations, les aides, la sécurité sociale. L'Etat doit s'alarmer de la misère et de la marginalisation quand l'attention du public est désespérément accaparée soit par les misogynes productions télévisées, soit par une hyper-consommation nauséabonde, soit par n'importe quel fait divers.

L'Etat doit être the watcher on the Wall. Dénigré peut-être, mais silencieux, fidèle à la mission constitutionnelle.

Triste est le constat que l'Etat aussi tombe sous les coups répétés des intérêts particuliers et la superficialité carnavalesque. Honte aux yeux étatiques fixés sur les systèmes digestifs renégats et non sur les ventres vides. Honte aux yeux étatiques fixés sur les marques d'affection publiques et non sur ceux délaissés de toute affection. Honte aux yeux étatiques fixés sur les mirifiques illusions de privatisation et non sur ceux qui se font manger par les loups en cherchant à faire fonctionner l'ascenseur social - toujours en panne, avec un néon mourant qui clignote.

Honte à l'Etat qui chasse ses citoyens et les trahit. L'Etat a trahi tous les Soltani - du père, à la mère, aux deux enfants morts sans raison autre que la folie humaine - comme il a trahi les Brahmi, les Belaïd et les familles des martyrs de la révolution, les familles perdues de la précarité, les enfants et adolescents en dehors du système scolaire, et ceux dont les derniers instants furent ceux d'un froid terrible au milieu de la Méditerranée.

La liste n'en finit pas.

La liste n'en finit pas.

L'Etat est léger, comme si, ayant perdu son étoile polaire, il justifie sa présence aujourd'hui par sa présence hier. Ce peuple a renversé un régime aveugle, sourd et à l'égo bouffi. Il en reversera bien un autre lorsqu'il viendra.

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