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Abécédaire d'idées gratuites à l'usage du Gouvernement: G...comme Glagolitique

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glagolitique

Au huitième siècle, un empereur byzantin envoya deux moines de Thessalonique pour éduquer (principalement évangéliser) les slaves de Moravie. Cela allait sans dire, les deux moines avaient sur les bras une mission très barbante - vu que les slaves étaient tous analphabètes, et parlant une langue trop étrangère aux deux grandes langues de la civilisation byzantine qu'étaient le latin et le grec.

Cyrille et Méthode (les noms des moines sont assez cliché) décidèrent alors de créer un nouvel alphabet adapté aux slaves et à leur langue et de le leur inculquer, et on obtint ainsi l'alphabet glagolitique. Et si deux moines de l'ère sombre qu'est le haut Moyen-Age ont su trouver une solution relativement innovante au problème de l'analphabétisme, il est impensable qu'une démocratie du vingt-et-unième siècle globalisé ne puisse pas réhabiliter l'institution scolaire pour faire chuter les taux d'analphabétisme à 0 d'un côté, et la rendre attirante nationalement et compétitive internationalement.

Oui, notre langue officielle est l'une des plus difficiles à maîtriser, et les langues secondaires utilisées ne sont pas équitablement réparties, soit à cause de la disparité du revenu, soit à cause de limitations économiques - on trouvera moins de publicités francophones dans certaines zones. Sans compter le fait que nous ne respectons pas les dialectes régionaux, l'amazigh étant systématiquement refoulé - au profit du turc dans les écoles secondaires pour satisfaire le sultan Erdoğan de la Sublime Porte, ou les adolescentes à l'imaginaire rempli de mannequins turcs avec yalı sur le Bosphore.

Dans le même temps, malgré ces difficultés raisonnablement imputables à l'irrationalité du ministère, un taux fluctuant autour des 20% (25% pour les femmes) est inacceptable - alors que la Corée du Sud dont les indices humains étaient identiques - voire pires - que les nôtres il y a quarante ans, affiche le taux standard des pays développés (établi à 99%), car ils ne font même plus de relevés statistiques sur le sujet !

  • Faire table rase des politiques mises en place depuis 2007. Car bien que le score tunisien ait progressé dans les indices internationaux - toutefois en reculant de position de classement - et que le pourcentage d'analphabétisme ait diminué, ces politiques ont fait plus de mal que de bien en augmentant le temps nécessaire à l'assimilation, sans diversifier les sources d'apprentissage. Les centres d'alphabétisation pour adultes ont disparu de l'agenda du ministère, notamment de la Grande Politique de Réforme et de Remise en Forme, comtesse Malmaison, marquise de la Porte Saint-Martin, Grand-Croix de l'Ordre des Expressions Grandiloquentes et Dame de l'Ordre du Vocabulaire Benaliesque. Excusez mon emportement. Je m'explique. Alors que le Maroc a développé une initiative d'alphabétisation dans les lieux les plus proches des personnes analphabètes - les mosquées, ou des cours retransmis à la télévision et sur internet, en Tunisie l'on édite un Livre Blanc - je ne commenterai pas la dénomination - plein de mots vides. L'alphabétisation n'est même pas considérée comme partie de "l'institution éducative", et le peu consacré aux programmes de sauvetage des élèves en échec scolaire, en effet trois alinéa d'un sous-titre de sous-chapitre de sous-section, n'évoquent en rien COMMENT et QUOI. Exemples de mots vides : "Développement des méthodes de détection, de diagnostic (wow, des synonymes) et de suivi". Ou encore : "Réintégrer les élèves multi-redoublants, et les intégrer de nouveau". Laissez-moi traduire : "Pédantisme + Pédantisme = Mensonge éhonté". Ou peut-être le ministère ne juge-t-il pas important de laisser le large public avoir connaissance de ses programmes, dont je suis sûr qu'ils sont extrêmement précis.
  • Car comment les "réintégrer" et les "intégrer de nouveau" tout à la fois, ces élèves parfois victimes d'une institution capable de présenter une froideur et une cruauté très en vogue en Allemagne pendant une certaine période? Va-t-on établir des quotas de performance où les élèves présentant un danger d'échec reçoivent un encadrement spécial sous forme d'heures supplémentaires, ou de regroupement des classes, ou une éducation saisonnière pour les dropouts, ou un programme d'éducation en ligne, par correspondance, par carte postale? Cela n'est pas dit, et c'est peut-être ce qui montre que le cher ministre et son honorable ministère ne sont pas sortis de l'ère des grands discours. Et si les mesures brouillonnes, comme celles introduites pour l'année scolaire 2016/2017, ne se transforment pas par l'intervention de Sidi Mehrez et de Sidi Belhassen - accessoirement Sidi El Béji parce que la situation est aussi désespérée que pour celles qui recherchent un "khatchib"... Ne se transforment pas, disais-je, en un package de mesures de d'initiatives planifiées et soumises à des évaluations de performance REELLES, tout ce raffut sera idoine à cette perle d'onirisme soviétique qu'est le film Stalingrad.

Et l'institution éducative tunisienne se réveillera dans dix ans pour se retrouver dans une mare de son propre sang, mise à mort par l'Histoire.