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Abécédaire d'idées gratuites à l'usage du Gouvernement: E...comme Ersatz

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Pardonnez l'allemand, mais j'ai une impression grandissante de vivre d'Ersatzbrot et d'Ersatzhoffnungen, parmi d'autres ersatz, dans une Ersatzrepublik.

De piètres substituts de tant de choses apparemment séparées, dont les versions originales donneraient lieu à un pays sur la voie du succès.

Loin de moi le pessimisme de Kierkegaard. Mais un minimum d'honnêteté oblige à dire que trop peu est fait pour sortir de l'ersatz, du substitut quasi-made in China. Et puisque dans l'entrée précédente de cette série j'ai insisté sur la jeunesse laissée pour compte, commençons par adresser les ersatz qui vont de pair avec:

  • Dans un article pour le New York Times, un professeur de Harvard explique pourquoi la Jamaïque est si souvent dans les palmarès d'athlétisme, pourquoi l'homme et la femme les plus rapides du monde sont tous deux Jamaïcains. Non, la raison n'est pas une culture de dopage ou un patrimoine génétique exceptionnel. C'est une politique gouvernementale, qui a commencé à promouvoir la course jusqu'à en faire un sport national dont les compétitions sont suivies assidûment par la population, avec une ferveur généralement associée aux clubs de foot et aux écoles de samba.

    Pourquoi de telles initiatives ne sont-elles pas répliquées? Devons-nous passer dans les quartiers défavorisés et voir des enfants passer le temps avec un ersatz de ballon parmi les seringues usagées et à la merci de n'importe quel déviant?

    L'athlétisme, toutes disciplines confondues, ne coûte presque rien à l'État. Tout comme une salle d'arts martiaux ou de boxe. La gymnastique ou l'escrime ne coûtent que bien peu, surtout si l'équipement est préservé, et les bons entraîneurs ne manquent pas.

    La prochaine Biles, le prochain Mellouli (sans la mère), ou le prochain Uchimura peuvent (doivent, au point où en est notre réputation et l'inactivité de la population) être Tunisiens. Ce qui manque c'est un esprit d'initiative étatique sur deux niveaux: lancer des programmes gouvernementaux de"grand filet" où les enfants - et même les adolescents s'il s'agit de les mettre au sport sans espoir de compétition - sont exposés à différents domaines sportifs jusqu'à trouver celui où ils excellent, car le génie est partout et apparaît dans les lieux les plus inhabituels. Autre niveau, celui de soutenir les projets privés et/ou bénévoles.

    Autrement dit, encadrer ces enfants en s'aidant de tous les acteurs en présence. Avec pour but de créer un marché d'opportunités économique allant au-delà de l'habituel mercato.

    Permettez-moi également d'adresser les e-sports, où nous pourrions exceller si ce n'était la désinformation autour des jeux vidéo que nous plaçons dans un grand sac sans discernement, et la pseudo-4G aussi réelle qu'une commission d'enquête.

    Il est impératif d'offrir des alternatives à la sacro-sainte éducation traditionnelle (et qu'on ne me parle pas de lycées sportifs, ersatz des programmes sportifs français ou américains), dont le seul débouché pour certains est une bedaine administrative ou une existence de regrets et de potentiel gâché.
  • Avez-vous jamais entendu parler du système Harkness? De MOOCs? Des problèmes du modèle sud-coréen ou de la partialité risible du système américain? Non? El señor Jalloul non plus.

    Et son projet de "restauration" de l'éducation, de retour à l' "inspiration" bourguibienne est aussi voué à l'échec que les tentatives de Hafedh, first of his name, roi des Sandales et des Derniers Hommes, pour atteindre la respectabilité.

    Pour la simple raison que c'est démodé. Je vois des élèves de troisième année primaire, ignorer presque tout des vrais principes mathématiques. Certes, j'ai un frère en troisième année qui sait additionner et soustraire, etc., mais sait-il d'où viennent les mathématiques? Sait-il à quoi correspond une soustraction dans la vraie vie? Pourquoi utiliser une série d'opérations dans une situation et pas une autre? (Oui, je lui ai expliqué, mais concentrons-nous sur le cas général).

    Vous pouvez dire que ces questions sont soit trop complexes pour un enfant (indice: ce n'est pas vrai), ou qu'il n'a pas besoin de savoir (indice: ce n'est pas vrai).

    Si vous pensez cela, expliquez-moi pourquoi le régime d'éducation de la ville de Shanghai, qui enseigne cela à ses élèves, est premier dans toutes les catégories du classement PISA, et que la Tunisie est à la 59ème place en mathématiques, et 61ème en sciences, sur 65 pays ("Bonté divine!" s'impose).

    Sachant que ces deux indicateurs sont "fortement éloquents du futur, éducatif et financier des jeunes adultes".

    Sans même parler de ces dortoirs dans les internats et lycées de campagne, véritable honte nationale pendant que de hauts responsables quintuplent leur salaire.

    Solution: Tabula rasa.

    L'éducation bourguibienne servait à la République naissante - ne mentionnons pas la risible arabisation des programmes qui n'est qu'une autre "brick in the wall" qui nous déphase une bonne fois pour toutes avec le vingt-et-unième siècle. Il faut recommencer à zéro et élargir les horizons éducatifs. Et non, manipuler maladroitement les horaires scolaires et couvrir les failles du système avec du mastic bon marché.

P.S: Je n'en ai pas encore fini, ni avec le sport, ni l'éducation. Rendez-vous à la lettre F.

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