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Abécédaire d'Idées: L...comme Liberté

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La liberté fait peur, et je le comprends. Ce n'est pas parce qu'elle est parente de Nyarlathotep. La liberté, c'est l'inconnu.

C'est que nous sommes de bien étranges créatures, ne sommes-nous pas. Nous aimons nous accabler de chaînes, nous aimons oublier, nous n'aimons pas choisir, et même quand nous choisissons nous le faisons par commodité plus que par conviction. Nous acceptons le moindre mal, nous admettons la médiocrité, comme un enfant dans notre système éducatif torpide admet un théorème sans démonstration. Puisque c'est facile, puisque d'autres font comme ça, mieux vaut ne pas remuer la barque.

Et pourtant, malgré cela, nous sortons la carte de la liberté. Libres de ne pas choisir, de ne pas être libres.

Me viennent à l'esprit quelques poèmes outrés d'Abu Kacem Chebbi, dont Ila Acha'ab, Annas, etc., résonnant plus que jamais avec notre Tunisie d'aujourd'hui, si paradoxale. Peu de gens savent que le poète se laissait lui aussi à de violentes tirades contre la masse informe des populaces neurasthéniques. En son temps, c'étaient des Français, les oppresseurs avaient un nom, un visage, une adresse.

Mais qu'en-est-il, lorsque nous sommes livrés à nous-même, lorsqu'il n'y plus d'ennemi déclaré?

Il y en a qui veulent la liberté pour demander le retour de l'oppression, ou l'arrivée d'une oppression nouvelle - plus terrible encore. Ceux qui veulent la liberté de ne respecter personne, eux-mêmes compris, de corrompre, de se parjurer, de violer (et d'y échapper, merci), de rester dans l'ignorance. Plus dangereux sont ceux qui instrumentalisent un concept fallacieux - ou commode - de liberté et engagent une relation d'autorité absolue plutôt que la coopération et l'entraide, plus critiques que jamais en ces temps sombres.

Et il y a les autres.

Ils sont dans vos villes et vos quartiers. Ils sont dans vos immeubles, sur vos paliers. Certains vous pouvez les entendre à travers le "yajour" à 8 alvéoles que notre pseudo-marché immobilier utilise pour démocratiser l'espionnage.

Les autres, vous ne les voyez peut-être pas, mais ils veulent votre peau. Ils veulent vos droits, vos institutions, vos taxes, votre dignité et aussi votre santé s'ils le peuvent. Votre liberté, cela va sans dire.

Parfois, on dirait que les autres veulent le pouvoir. Parfois, ils ont l'air de déclamer Finnegan's Wake tant leurs intentions sont mystérieuses. Parfois, ils sont élitistes. Parfois populistes.

Les autres, ce n'est pas l'enfer. Ce n'est pas une question d'altérité, mais de masse fangeuse invisible. Ils se meuvent silencieusement, au-delà de toute attention, et rongent les fondations du vivre-ensemble.

Je ne dis pas qui ils sont, car malheureusement ils sont de diverses espèces et de nombreuses catégories. Les nommer ne sert à rien qu'à les entourer d'encore plus de bruit, ce qu'ils affectionnent. Quoi de plus simple que de se cacher à la vue de tous?

Et entre ceux qui ne font rien, ceux qui ne disent rien, ceux pour qui "c'était mieux avant" et autres pleurnicheries, et ceux qui œuvrent en secret dans un but qui n'est que misère générale, où sont les irréductibles?

Où est le contrat social? Où est la Voie vers le futur?

La Liberté, la seule, la vraie, l'inamovible...elle fait du stop en bas de cette voie.

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