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Abécédaire d'idées gratuites à l'usage du Gouvernement (A,B,C)

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A...comme Arthrose.

Lorsqu'avec l'âge et l'usure les cartilages des articulations se font la malle, on diagnostique une arthrose (ou quelque chose de moins gentil) et on conseille aux sujets sédentaires (entendez, monumentaux) de perdre un peu de poids.

Un pays, c'est pareil. Avec l'âge, les rouages de l'État perdent de leur mobilité, grincent et se mettent à perdre et à dissiper de l'énergie.

On conseille alors une cure de remise en forme bureaucratique:

  • Restructurer les administrations en limitant les postes de "middle management": Parce qu'on a pas besoin d'un "moutasaref" pour chaque cinq fonctionnaires (dont trois absents). Parce que certains ont un statut de directeur avec la voiture et les bons d'essence qu'on retrouve sur une plage transformée en support de tente. Parce qu'ils ont le Tampon (oui, ce Tampon très précieux) qu'on doit avoir sur tous les papiers, recto et verso, sur le dos de la main et la semelle droite
  • Agir en contremaître: un État doit fonctionner rapidement et efficacement. C'est pour ça qu'un quota de productivité (mesuré en dossiers par jour ou par mois, en visites par jour, en heures de présence réelle, etc.) s'impose. Le lobby bureaucratique ne va pas se vaincre tout seul, voyez-vous. Mettons ces cousins, beaux-frères et amis d'enfance au travail, en espérant que leur bac incertain leur permette de savoir placer une feuille à l'endroit et la lire sans deux shots de café et douze cigarettes de contrebande.
  • Donner l'exemple: Parce qu'inaugurer des cafés en étant ministre ce n'est pas le meilleur avertissement contre les pauses, et privilégier le politique sur le pratique ce n'est jamais la meilleure des entrées dans l'Histoire.

Sinon, on risque une arthrose sévère avec possibles révoltes et coups d'état.

B...comme Brésil.

Avec les Jeux Olympiques, on serait tenté d'idéaliser le pays de São Paulo, de Pedro II et de Pelé comme un havre de paix et de prospérité (et de micro-vêtements). Si ce n'était la réalité.

Plongés dans notre propre fricassée politico-économique, peut-être n'avons-nous pas accordé d'attention à la débâcle brésilienne qui a commencé avec un joli surnom. L'Operação Lava Jato. Si nous devions en résumer les révélations en quelques mots:"C'est comme la corruption en Tunisie, mais en pire".

Le Brésil se fait (excusez le jeu de mots) briser comme une noix de Brésil sous la dent d'un haut fonctionnaire ivre de pots-de-vin.

A moins de combattre la corruption plus efficacement, le scénario brésilien, même en gardant en tête ses spécificités, peut se produire dans notre glorieuse République. Donc:
  • Il faut produire un projet de loi plus ambitieux pour tacler la corruption - et oublier la fable ésopienne de la "réconciliation" économique: parce que se payer la tête du citoyen qui croit en la simple équation "Travailler plus pour gagner plus" ne se termine jamais comme les comédies romantiques featuring Jennifer Aniston. Le gouvernement se doit de montrer par les actes qu'il entend présenter devant un tribunal ceux qui ont volé. Le silence sur l'affaire de la Banque Franco-Tunisienne est donc d'autant plus assourdissant.
  • Faire en sorte que des commissions d'enquête soient ouvertes sur les marchés publiques médiocres (par exemple nos échangeurs urbains dont les voies ont tendance à divorcer et se séparer ces jours-ci), et que les commissions existantes présentent des rapports solides le plus vite possible
  • Garder en tête l'avertissement du Brésil: un scandale de trop peut entraîner toute une classe politique dans l'égout de l'opinion publique. Ce qui, entre nous, n'est pas un mal en soi.

Même si je ne peux m'empêcher d'imaginer Chahed danser le choro politique avec son cher chef d'État.

C...comme Comptoir.

Béji, Lénine et Hannibal entrent dans un bar.

Lénine sort immédiatement car le lieu est trop bourgeois. Béji commande un verre de lait et entame la discussion:

-Comment c'est de l'autre côté?
-Plus tranquille qu'ici. Bourguiba m'a dit que vous n'aviez pas beaucoup d'esprit.
-Je fais des poèmes, saviez-vous, avec de l'esprit utile (c'est le plus important):

"Il y a un homme en Tunisie
Se croit malin comme un juge Ti.
Il fait élire son fils co-doge,
Enfile à son parent une toge,
A tous inflige une ataxie."

-Un limerick? Je comprends mieux pourquoi on vous associe Elissa. Vous êtes aussi dramatique qu'elle ne l'était.
-Et par ailleurs, on gouverne identiquement.

Lénine, utilisant sa super-ouïe communiste, entend tout. Il explique au lecteur:

-Les Républiques antiques se basaient sur l'union des trois "lieux" de pouvoir: la démocratie, l'aristocratie et la monarchie. Et vu ce qu'on entend dans l'au-delà, en Tunisie la monarchie c'est le président et son fils, l'aristocratie c'est le Parlement et la démocratie est sur Facebook.

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