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Un Tunisien chez l'Oncle Sam: San Diego

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On ne saurait parler des États-Unis avec le détachement nécessaire au voyageur désintéressé. La première puissance mondiale soulève les passions et il est difficile de l'aborder sans cette surcharge de préjugés pétris par la politique et le cinéma.

Notre séjour dans ce pays immense se déroula cet été et dura un mois pendant lequel nous parcourûmes quelque 5000 miles de la côte ouest (San Diego, Palm Springs, Williams, les grands parcs et les canyons, Las Vegas, San Francisco, Monterey, Los Angeles) et qu'on clôtura avec la visite de New-York. En définitive, nous voulions voir le maximum de choses dans le moins de temps possible, et nous réussîmes ce pari.

Quand on visite l'Amérique pour la première fois de sa vie, on a derrière soi toutes sortes d'idées sur ce pays: tout d'abord la somme colossale d'informations sur son rôle politique dans le monde, depuis sa position de grande puissance internationale, de son intervention auprès des Alliés dans les deux grandes Guerres, à son engagement au Moyen-Orient; sa culture conquérante ensuite, qu'elle se décline en milliards de séquences audiovisuelles, ou qu'elle s'offre à la mémoire sous la forme de textes littéraires ou de récits de bandes-dessinées. Tout ce fonds est fait pour générer un horizon d'attente suffisamment puissant pour altérer l'image des U.S.A. qui s'imposera à nous, dès notre entrée dans ce territoire.

Je voudrais vous raconter ce voyage à la manière des "esprits curieux" d'autrefois, en faisant la part, concernant ce pays, de ce qui est réel et de ce qui est fantasmatique, en révisant en somme mes nombreuses positions contradictoires sur une contrée trop immense pour qu'on puisse l'appréhender à travers un écran, fût-il cinémascopique, et trop riche pour qu'on la classe dans les casiers étroits des clichés et des stéréotypes.

Nous abordâmes les États-Unis par Los Angeles, après une traversée de 12 heures à partir de Londres. C'est vous dire si on se trouvait dans un état second, dû à l'inévitable décalage horaire, mais aussi à la pénible sensation que vous procure la traversée d'un grand aéroport international.

Sortis de l'aéroport, nous nous trouvâmes dans un paysage de banlieue à l'atmosphère polluée dont nous n'échappâmes qu'à la suite de l'acquisition de notre voiture, une grande Chevrolet "Suburban" blanche, qui sera notre fidèle compagne sur les interminables routes de l'Ouest. Un point de détail très important à ce propos: on ne peut circuler dans les immensités de ce pays sans le secours d'un GPS; on baptisa le nôtre "Diego", pour rendre hommage à notre première destination.

Le chemin entre Los Angeles et San Diego nous sortit d'une banlieue laide et bétonnée qui céda progressivement la voie à de beaux paysages verdoyants où de belles villas sont bâties sur les hauteurs qui surplombent l'autoroute. Le dépaysement était total, d'autant que la faune locale s'offrait pour la première fois à nos yeux sous la forme d'un spectaculaire condor de Californie; quelques signes nous rappelaient toutefois notre propre pays: une météo dont le beau soleil nous confirmait que le climat d'ici était bien méditerranéen malgré la présence suprême de l'Océan Pacifique qui borde toute la côte ouest, puis cette présence de nombreux eucalyptus et surtout de palmiers, des washingtonias bien sûr mais aussi des phoenix, qui formaient parfois comme de petites oasis au bord de la route.

Cette route est belle et bien entretenue et nous avons très vite saisi son importance dans le pays des "road movies" et des motels.

Arrivés à San Diego, après quelque 100 miles de route, nos derniers relents de désagrément, procurés par l'arrivée encombrante à Los Angeles, furent dissipés par la découverte d'une agréable station balnéaire, aux belles villas de front de mer, entourées de jardins, avec des nuées de pélicans gris sur les rochers dont l'image se découpait dans le soleil couchant.

san diego

San Diego, dont le nom hispanique porte la marque de tout ce territoire de la Californie -rappelez-vous le Zorro de Walt Disney!- que le Mexique ne céda aux États-Unis qu'en 1846.

Tout nous rappelle ici qu'on est à quelques dizaines de kilomètres du Mexique et l'Espagne est présente non seulement dans l'architecture des bâtiments mais aussi dans la langue, les noms géographiques, la nourriture, etc. C'est une grande ville portuaire au climat ensoleillé, de près de deux millions d'habitants, si l'on compte toute la zone urbaine. C'est également une base navale et un grand centre balnéaire avec ses multiples plages: Ocean Beach, Mission Beach, Pacific Beach, Coronado et La Jolla.

Nous consacrâmes deux jours à la visite de la ville en commençant par son joyau: le parc Balboa, une sorte de Belvédère local, mais à la mesure des États-Unis, c'est-à-dire immense. Imaginez un espace infini où nature et culture vivent en harmonie, un parc où le citoyen, tout comme le touriste, a le choix entre la simple promenade dans le site, la pratique des sports, sous toutes leurs formes-les Américains pratiquent beaucoup le sport- et la visite des dizaines de musées qui parsèment le parc: le San Diego museum of man, le San-Diego museum of art, le Natural History museum, l'Aerospace museum, l'Automotive museum, l'Old Globe Theater, les serres tropicales, le Musée floral, le jardin des plantes, et j'en oublie... C'est peut-être cette grande concentration de moyens de loisir et d'activités culturelles qui fait de San-Diego une ville où l'on sent d'emblée que c'est une ville où il fait bon vivre et que tout Américain, nous a-t-on affirmé, rêve d'habiter.
Un crochet par le célébrissime zoo de San-Diego nous a permis de vérifier la légendaire maîtrise qu'ont les Américains de l'organisation des activités de loisir.

san diego

Dans ce zoo, où tous les animaux vivent dans un espace dans lequel leur milieu naturel a été soigneusement reconstitué, le visiteur a le choix entre plusieurs parcours, dont le plus important se fait par bus et dans lequel toutes les stations sont amplement commentées. Le zoo offre également différents parcours thématiques ainsi que toutes sortes d'activités pédagogiques liées à la vie animale et recèle un centre d'études consacré au grand panda, qui constitue la principale attraction du parc.

Le pendant marin du zoo de San Diego est le Sea World que nous n'eûmes pas le temps de visiter- en Amérique, le voyageur est souvent pressé- mais dont les orques sont célèbres dans le monde entier.

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San Diego est donc véritablement une ville de loisirs mais nous découvrîmes plus tard que toutes les villes américaines le sont, en dépit du fait qu'on y travaille également beaucoup. On pourrait inclure dans cette vocation le Petco Park, le stade de l'équipe locale de base-ball ainsi que la centaine de parcours de golf dont la ville peut se prévaloir. Notre choix s'est toutefois porté sur une infrastructure de loisir sensiblement différente et étroitement imbriquée dans le tissu économique et culturel du pays: le port de la ville qui, en plus du Maritime museum, offre au visiteur l'opportunité de visiter un superbe porte-avion, ancienne gloire de l'US Navy, l'USS Midway. C'est là un autre aspect manifeste du goût américain pour le spectacle et sa propension à recycler tout se qui relève de son passé historique et à l'intégrer dans sa puissante industrie du spectacle. La gigantesque machine de guerre, désormais convertie en musée, recèle un petit musée de l'aviation où l'on peut admirer des engins volants de toutes les époques, trahissant le goût immodéré du public américain pour les machines. A cet égard, nous découvrîmes, durant notre séjour américain, que l'Amérique est un grand musée à ciel ouvert où sont exposés par centaines des voitures de collection et des avions de toutes les époques.

Lassés par cette excessive démonstration de puissance industrielle et martiale, nous préférâmes consacrer le reste de notre séjour dans ce joyau de la côte ouest à la visite du Cabrillo National Monument (du nom du découvreur portugais de la Californie), l'un des innombrables parc nationaux des Etats-Unis. Situé en hauteur, ce premier parc que nous visitions -beaucoup d'autre suivront- domine la côte, offrant une vue imprenable sur la baie de San Diego. Un ancien phare y est aménagé afin de permettre au touriste de découvrir la vie quotidienne des gardiens de phare à la fin du dix-neuvième et au début du vingtième siècles. Meubles, costumes, ustensiles d'époque y sont exposés. Il n'est pas jusqu'à un petit jardin potager, impeccablement tenu, et une citerne d'eau potable, qui n'aient été conservés. Des dispositifs de défense côtière, datant de la Seconde Guerre mondiale, ainsi qu'un petit musée, consacré comme il se doit à la richesse naturelle du parc, avec "visitor center" et magasin de souvenirs, jouxtent l'aire du phare de Cabrillo. De paisibles lapins, des lézards familiers, ainsi que des écureuils -Dieu, que les écureuils sont nombreux dans ce pays !- parcourent la zone.

Notre visite à San-Diego se termina par un parcours le long du chapelet de plages qui fait la réputation de la ville, d'Ocean Beach, la plus au sud, en remontant vers le nord jusqu'à la splendide Jolla Cove où nous vîmes, pour notre grand bonheur, des centaines de lions de mer s'ébattre dans l'océan, non loin des baigneurs qu'ils dédaignaient royalement.

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Ainsi se termina la première étape de notre périple américain et nous eûmes toutes les raisons du monde d'en être satisfaits. Nous y eûmes fait au moins deux constations essentielles: primo: les Américains vivent dans un pays à la nature admirable et, nonobstant leur réputation de premiers pollueurs de la planète, ils vouent paradoxalement un respect quasi religieux à leur nature ; deuxio: l'Amérique est un pays spectaculaire, dont les citoyens adorent le show et possèdent cet incroyable don de valoriser, spectaculairement parlant, la moindre parcelle de leur patrimoine. C'est ce qui nous sera pleinement confirmé dans la suite de pérégrinations qui nous mèneront dans le désert et ses célèbres canyons.

À venir: "Un Tunisien chez l'Oncle Sam: Périple dans le désert américain"

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