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Un Tunisien chez l'Oncle Sam: Périple dans le désert américain

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Après la superbe ville de San Diego, nous avions programmé un long périple à travers le désert américain, de Palm Springs à Las Vegas, en traversant les grands canyons et les parcs naturels.

Lorsque notre fidèle Chevrolet "Suburban", dans sa direction vers Palm Springs, dans la vallée de Coachella, pénétra dans le désert californien, nous ressentîmes la même impression qu'aux approches du désert tunisien: étendues désolées et très beaux paysages... mais l'impression s'arrêtait là, dans la mesure où nous circulions sur une autoroute à quatre voies impeccablement entretenue avec pour horizon d'immenses champs d'éoliennes et des milliers de panneaux solaires qui nous confirmèrent dans notre conviction que les Américains, bien qu'étant les plus grands pollueurs de la planète, mettent les moyens dans la préparation de l'avenir, en investissant dans le domaine de la recherche et le développement des énergies renouvelables.

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Sous une chaleur accablante, qui devait nous accompagner partout -exception faite de San Francisco- durant notre séjour américain en ce mois d'août, nous entrâmes dans la petite ville très "vintage" de Palm Springs. Ville étonnante s'il en est, Palm Springs est l'ancien séjour des stars de Hollywood qui venaient s'y délasser entre deux tournages ou deux spectacles, n'étant séparée de Los Angeles, et donc de Hollywood, que de 170 km. Ici, c'est un voyage garanti dans le temps: belles villas à l'architecture hispanique ou moderniste, comme "Twin Palms", la célèbre villa de Frank Sinatra; tous les hôtels, jusqu'aux plus petits motels, offrent au voyageur, l'opportunité de se baigner ans de superbes piscines, à l'ombre de très beaux palmiers qui se découpent sur un ciel bleu 354 jours par an. Le désert Mojave qui entoure la ville, ancien territoire des Indiens Cahuillas, recèle un grand nombre de curiosités dont la plus courue est sûrement le mont San Jacinto.

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Le mont San Jacinto est un State park, un parc géré par l'État de Californie; fondé en 1897, sa surface a connu une expansion progressive, jusqu'à la construction du téléphérique, le Palm Springs aerial railway, qui permit, à partir de 1945, à des millions de visiteurs de parcourir ses différents trails bien balisés et qui aboutissent à des observatoires élevés offrant des points de vue superbes, de 7 à 9000 pieds, sur la ville de Palm Springs et sur le désert. En 12 minutes, le téléphérique traverse cinq zones climatiques avec moins de 10 degrés centigrades entre le point de départ et le point d'arrivée.

Le parc abrite de grandes forêts de pins et une faune exceptionnelle d'oiseaux dont le très beau steller's jay, différentes espèces de rapaces, deux cardinaux, huit pics dont le rare pic à tête blanche, etc., sans oublier les mammifères; cervidés, lynx et incontournables écureuils. En bas, c'est le grand désert, domaine des yucas géants, baptisés arbres de Josué par les migrants du XIXè siècle.

Au delà de Palm Springs, très loin vers l'ouest, on s'est arrêté à Oatman, petit village western qui semble figé dans l'histoire, bâti sur un tronçon de la fameuse route 66 qui traversait le continent de part en part. Ici on trouve beaucoup d'ânes en liberté, dans les rues où fleurissent les saloons et les magasins de souvenirs, et dans lesquelles, de temps à autre, des cow-boys se tirent dessus, pour le plus grand plaisir des touristes.

Et voilà qu'on s'approche de la grande zone des canyons dont la porte d'accès est la petite ville historique de Williams, autrefois grande étape sur la route 66, mais actuellement dernière ville avant le Grand Canyon. Comme beaucoup de villes américaines, Williams est un musée à ciel ouvert, où les voitures de collection se disputent les parkings du centre. C'est là que nous nous reposâmes avant de nous lancer à la découverte des canyons.

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L'une des plus grandes attractions américaines est sans nul doute le Great Canyon, connu dans le monde entier pour ses paysages époustouflants.

Le Grand Canyon est une immense vallée creusée dans la roche au nord de l'Arizona par le fleuve Colorado. Ses dimensions sont difficiles à imaginer pour un Tunisien, habitué aux petites collines et aux vallons de nos contrées: 450 km de longueur sur 1,5 à 30 km de largeur et 1600 m de profondeur. C'est un National monument depuis 1908 et un National park depuis 1919. Sa superficie totale est de de 4000 km et la hauteur de sa rive nord atteint 2430 m.

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Inscrit au patrimoine mondial de l'humanité depuis 1979, le parc offre au visiteur un parcours (surtout de la falaise sud) impeccablement balisé par les différents points de vue, dont le Desert vue, les Hopi et Powell points, The Abyss..., que dessert une navette régulière et gratuite. Des panneaux donnent les détails géologiques du lieu et permettent au voyageur d'effectuer un véritable voyage dans le temps puisque 1,7 milliards d'années, c'est-à-dire la moitié de la vie du globe terrestre, sont inscrites sur les flancs des falaises du Great Canyon. Des chemins pour randonneurs sont également aménagés et, pour les plus courageux, une longue randonnée dans les profondeurs de la gorge est possible. Différents campings sont aussi disponibles parce que cet espace gigantesque ne se visite pas en une seule journée.

Après l'ivresse des hauteurs, le voyageur peut s'offrir l'ivresse du désert de Monument Valley. La particularité esthétique de ce lieu mythique, c'est qu'on y arrive par une route qui, émergeant d'une série de collines qui vous masquaient l'horizon, vous plonge tout d'un coup dans un véritable paysage de western, en cinémascope et en technicolor. Si bien qu'on se demande si ces hauts plateaux érodés, aux couleurs ocre et jaune, ces véritables "monuments", sont des mirages destinés à tromper le voyageur ou s'ils ont été bâtis par le grand Manitou lui-même afin d'éblouir les pauvres amateurs de western que nous sommes.

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Ici, vous êtes en territoire indien car la Monument Valley appartient depuis toujours à la grande tribu Navajo, la plus grande tribu indienne d'Amérique du nord, qui le gère en véritable entreprise touristique. Dès l'entrée, des Navajos orientent votre voiture vers le parking et vous vendent votre ticket d'accès. L'hôtel où nous eûmes la chance de passer une nuit, "The View", est également propriété navajo et son personnel, depuis le directeur jusqu'au plus petit employé, est exclusivement formé d'indiens navajos. Cet hôtel, dont l'architecture très simple et la couleur ocre le confondent avec le sublime paysage qu'il domine, est l'un des plus beaux établissements touristiques de la planète, qui fait projeter des westerns en plein air à ses heureux clients, dont nous fîmes partie, en ayant droit à "La Poursuite infernale" de John Ford.

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Antelope Canyon, que nous visitâmes à la suite de Monument Valley, également géré par le peuple indien, fait partie de ce fantastique chapelet naturel qui orne le désert du Nevada. Il s'agit là d'un canyon qui doit la beauté fantastique de sa configuration géologique aux effets bizarres de l'érosion. C'est un lieu de toute beauté qui se visite à pied à travers un couloir dans lequel les caprices de Mère Nature ont creusé des méandres fantastiques où des rayures étranges jettent la magie de leurs couleurs roses, ocres et blanches sur les parois rocheuses.

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Entre deux visites aux canyons, nous nous offrîmes une ballade en kayaks (qu'on a simplement loué dans un des nombreux lieux destinés à cet usage, car tout se loue aux États-Unis) sur le lac Powell, tout près de la ville touristique de Page où nous passâmes une nuit de repos bien mérité.

Le lendemain nous continuâmes nos sauts de puce géante à travers les canyons, cette fois dans l'Utah, avec Red Canyon qui, comme son nom l'indique, est un canyon dont le rouge éblouissant vous fait transporter sur une autre planète. Puis ce fut le tour du magnifique et étrange Bryce Canyon, dont les innombrables cheminées et aiguilles roses en font une véritable cathédrale rocheuse creusée en amphithéâtre et digne d'être célébrée par un Jules Verne inspiré. L'un des romans les plus originaux de cet écrivain, "Le Testament d'un excentrique", est d'ailleurs consacré aux Etats-Unis et promène son lecteur à travers ses 50 Etats au XIXè siècle.

Comme ses autres frères, Bryce Canyon a été creusé par les eaux torrentielles ou calmes, selon la saison et l'époque, du ciel et des creeks. C'est aussi un National parc, géré par l'État fédéral. Un shuttle, navette gratuite, conduit le touriste vers différents points de vue aux si jolis noms: le Sunrise point, l'Inspiration point, le Sunset point... La curiosité de Bryce Canyon réside dans l'extrême beauté de sa géologie, constituée par ces roches érodées qu'on appelle ici les "hoodoos"; mais le parc offre également une grande variété végétale (près de 400 plantes natives dont certains pins de près de 1600 ans d'âge) et une faune originale où figure en bonne place les chiens de prairie de l'Utah, le puma et l'ours noir, plus de 200 espèces d'oiseaux, sans oublier la fameuse antilope américaine, l'antilocapre des scientifiques, appelée ici pronghorn antelop et qui a probablement donné son nom à Antelope Canyon.

Après Bryce, nous continuâmes notre route à travers le désert américain, vers Las Vegas, ville mythique.

À venir: "Un Tunisien chez l'Oncle Sam: Las Vegas, ville-mirage"

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