LES BLOGS

Des points de vue et des analyses approfondis de l'actualité grâce aux contributeurs du Huffington Post

Issam Marzouki Headshot

Un Tunisien chez l'Oncle Sam: Death Valley, Sequoia Park, Yosemite Park

Publication: Mis à jour:
Imprimer

Dans la série des joyaux naturels qui forment le riche collier des parcs naturels américains, la Vallée de la mort, la Death Valley, au sinistre nom, n'est certainement pas le moins beau. Imaginez une longue et large vallée qui s'étend sur plusieurs dizaines de kilomètres et qui s'étire sur un axe sud/nord-ouest entre les deux massifs Amargosa et Parmint Range. C'est là le pays des Indiens Timbisha Shoshones, transformé intégralement en "Natural and Cultural Presevation Aria".

Ayant visité cet espace, dont la désolation fait paradoxalement la beauté, en plein mois d'août, c'est-à-dire durant la saison la plus chaude, nous eûmes le plaisir de la traverser dans les conditions climatiques les plus extrêmes.

Dès l'arrivée à l'incontournable Visitor Center, les rangers nous conseillèrent sur le circuit le mieux adapté au temps dont nous disposions. Nous choisîmes de traverser une zone dont les différents sites portent des noms tour à tour inquiétants (la Dante View Road, le Devils Golf Course, le Badwater Bassin...) et pleins de beauté (Artists Palette, Artists Drive...).

Dans ce lieu infernal où la température était de 52 degrés centigrades, probablement l'un des plus chauds au monde, les consignes de sécurité sont strictes: ainsi est-il conseillé d'y boire un gallon (4 litres) d'eau par jour, d'éviter de s'éloigner de sa voiture et, dans toutes les situations, d'éviter de passer plus de vingt minutes dehors, les randonnées y sont interdites en été et il est vivement déconseillé de s'approcher des animaux dangereux: crotales, scorpions, veuves noires...

is

La Death Valley tire ses conditions extrêmes de sa structure de vallée enserrée dans les montagnes en plein désert, mais cet inconvénient est largement compensé pour le visiteur par la beauté époustouflante des paysages traversés. La géologie offre ici un paysage dantesque face auquel on se prend à rêver que l'on se promène sur le sol d'une autre planète: amoncellement de roches érodées de Zabriskie Point, nudité aride du Twenty Mule Team Canyon, étrange et pittoresque dégradé de couleurs le long du si bien nommé Artist's Drive, et spécialement du point de vue Artists Palette, désolation étrange et ô combien esthétique des surfaces salées des anciens lacs asséchés du Badwater Bassin, point le plus bas de tout le territoire américain, les anciennes mines de borax dont des échantillons des étranges roches sont exposés dans un musée...

issam

La Death Valley offre également un ciel nocturne à la pureté exceptionnelle, un spectacle étoilé que ne peut offrir que le ciel de notre Sahara dans ses points les plus retirés.
Mais ne vous y trompez pas, aussi inhospitalier que soit ce lieu, il offre un refuge à tout une faune disséminée qui arrive à y survivre, malgré les températures extrêmes et le manque d'eau douce.

J'ai évoqué les folkloriques serpents à sonnettes, scorpions et autres araignées géantes; j' ajouterai que les flancs des montagnes sont parcourus par le roadrunner, oiseau emblématique de l'Ouest (c'est le fameux Bip Bip des dessins animés de la Warner), le grand corbeau, le bighorn ship (équivalent américain de nos mouflons à manchette), le rat kangaroo, dont les prédateurs sont le coyote et le renard (kit fox).

Death Valley... si vide, si vaste, si simple, si tranquille...

deat

En quittant la vallée pour nous diriger vers Sequoia Park, nous vîmes, durant notre traversée de la ville de Trona, un inquiétant dépôt de carcasses de voitures, dont on nous dit qu'il contenait tous les véhicule qui avaient rendu l'âme en traversant la Death Valley. Nous en eûmes froid dans le dos, d'autant que dans la longue descente de Wildrose road, les disques des freins de la nôtre avaient viré au bleu sous l'effet conjugué de la chaleur et du frottement!

is

Dans cette petite ville minière de Trona, qui ressemble plus à une ville-fantôme (une "ghost town" comme on dit ici) qu'à une ville (mais c'est dans cette variété que réside une partie du charme du paysage américain), nous nous arrêtâmes pour nous reposer dans une station service tenue par un Syrien avec lequel nous eûmes une conversation intéressante sur les conditions de vie des immigrés dans ces régions désolées du continent nord américain.

Les stations-service font partie de la culture américaine, c'est un lieu d'arrêt obligatoire et délassant pour le voyageur qui y trouve, en plus de l'essence, de quoi se restaurer, du café, qu'on prend ici avec l'incontournable donut, des toilettes, et surtout de l'eau et des sodas glacés dans ce pays de la soif!

Passer de la Death Valley à Sequoia National Park, c'est comme passer d'une planète à une autre; de la désolation à la fertilité, du nanisme des buissons rabougris au gigantisme des arbres (ici s'élèvent les plus grands arbres du monde), des dépressions salées aux hautes montagnes...
Là aussi, tout est balisé, organisé, encadré; une fois dépassée la park entrance, une route sinueuse vous mène progressivement vers les arbres géants, à travers un paysage forestier grandiose; plus on s'élève, plus les essences se transforment et plus leur puissance s'affirme.

se

Une pause au Giant Forest Museum vous prépare pédagogiquement à la découverte des géants; puis arrive tout à coup, au détour d'un virage dans la forêt touffue des chênes (les fameux oaks américains), la féérique apparition du sequoia. Découverts par les blancs en 1831, ces arbres impressionnants peuvent atteindre jusqu'à cent quarante mètres de hauteur sur une vingtaine de mètres de diamètre à la base. Avant de les découvrir en vrai, j'ai eu l'occasion d'observer à Paris le disque d'un tronc coupé de sequoia au Jardin des Plantes, dont les couches ligneuses annuelles du tronc le faisaient remonter à 3000 ans.

qd

Ce qui a sauvé ces arbres c'est leur difficile exploitation par les hommes et comme les géants qu'ils sont, lorsqu'ils vieillissent, ils se contentent de se coucher pour mourir. Ces arbres sont entourés des plus grands soins, notamment pour les préserver des incendies, et les Américains, qui leurs vouent un véritable culte, leur ont donné le nom de leurs héros, dont le plus impressionnant demeure actuellement le "Général Shermann".

sherma

Après ce spectacle grandiose, les sequoias constituant réellement l'une des merveilles de l'univers, nous reprîmes notre longue route à travers les forêts vers celui qui devait être le dernier parc de notre séjour américain: le Yosemite National Park.

is

Le Yosemite dont on fêtait le centenaire en tant que National park, le National Parc Service ayant été créé en 1916, est bien trop vaste pour être décrit en quelques lignes, mais sachez qu'il propose, comme c'est souvent le cas aux Etats Unis, une infrastructure touristique très importante: un camping aménagé de plusieurs centaines de tentes, spécialement conçues pour résister aux incursions des animaux sauvages, particulièrement nombreux dans les parc; des consignes de sécurités sont édictées à propos des ours noirs . Trois campings sont disséminés dans le parc, dont le plus important est le campement central qui constitue un véritable village avec restaurants, magasins, bâtiments pour les douches, snacks, musée, auditorium, village indien (c'est ici le territoire des peuples Miwok et Paiute), centre d'art, administration, etc.

is

Connu pour son dôme rocheux, le fameux Half Dome, que les plus courageux peuvent escalader, un circuit spécial escalade y ayant été aménagé, le parc s'étend dans une vallée aux incomparables paysages qu'un programme précis d'une dizaine d'activités quotidiennes permet de découvrir. On peut y faire différentes randonnées sur des circuits balisés (un choix de douze circuits est proposé au touriste), du rafting, de l'escalade, du mountain bike, y remonter les cours d'eaux vers les chutes (la Upper Yosemite Fall et la Lower Yosemite Fall), s'y baigner dans l'eau limpide et glacée de Sentinel Beach ou de Cathedral Beach, ou plus simplement se promener au bord des eaux bleues de Minor Lake. On peut également pique-niquer dans des lieux aménagés ou sur les nombreuses tables disposées au milieu du campement.

A notre grand regret, nous ne pûmes observer les ours qui, nous avait-on dit, ne s'aventuraient au bord du campement que très tard dans la nuit. Nous eûmes en revanche affaire aux sympathiques et chapardeurs ratons-laveurs (les racoons), qui nous rendirent visite au moment du repas.

is

Nous quittâmes Yosemite heureux et enchantés avec l'intime conviction que les parcs nationaux américains offrent l'exemple d'une façon intelligente et efficace de concilier la préservation du patrimoine naturel avec une forme non dégradante du tourisme de masse.

À venir: "Un Tunisien chez l'Oncle Sam: San Francisco"

LIRE AUSSI:
Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.