LES BLOGS

Des points de vue et des analyses approfondis de l'actualité grâce aux contributeurs du Huffington Post

Issam Elgreni Headshot

Le péril jeune

Publication: Mis à jour:
CHILDMELILLA_ORIGINAL
Reuters/Juan Medina
Imprimer

SOCIÉTÉ - Mon jeune... Tu es paumé. Tu n'as pas le sou. Tu es privé de tout. Même de parents. Ton derb regorge de chemkaras et de gangsters.

Tu as 15 ans et seuls les 5 dirhams t'ouvrant les portes d'une connexion internet te permettent de t'évader... De voir la "Dolce vita". Des selfies en bord de mer aux voitures luxueuses, en passant par ces mecs entourés de nanas... Tout cela te permet de respirer... Ou d'être un peu plus frustré à chaque fois que tu te connectes.

Tu découvres les plaisirs sexuels. Tu vois des images de filles nues, tes aînés draguer à tout va et désirer à tout va. Tu te dis que c'est certainement ainsi que la vie est faite par là-bas...

Et pour couronner le tout, tu n'as pas de copine. Toutes les filles que tu te tentes d'aborder sont dégoûtées par toi. Un peu comme si un grand NON était affiché au-dessus de ta tête à mesure que tu marches dans la rue. Tu as 15 ans et tu en as déjà marre de ta main, seul outil à te donner un semblant de plaisir...

Tes copains ne t'épargnent pas. C'est leur seul sujet de discussion: les filles, les femmes, les aventures et les "traînées" comme ils aiment à les appeler...

Tu es sans le sou. Du coup, tu t'essaies à des petits boulots pour une poignée de dirhams. Tantôt tu portes des corbeilles lourdes de légumes et de fruits. Tantôt tu nettoies les poissons au marché. Ces dirhams ne serviront pas à grand-chose mais ils te permettent de te connecter, de t'évader de ton quotidien aidé par des petites doses de substances psychotropes.Tu aimes ces instants où tu planes...

A l'école, tu ne t'en sors pas. Tu accumules les zéros et la classe est un terrain de jeu pour toi. Tu rivalises pour être le pitre et arracher un sourire aux premiers de la classe. Une sorte de bouffon des temps modernes.

Tu as 15 ans et tu es tiraillé entre deux feux. D'un côté, tu es déjà un homme et tu te sens pousser des muscles. Ta voix change de ton. Et d'un autre côté, le souvenir de l'enfant que tu étais n'est pas si lointain. On te défendait de traîner tard la nuit, de parler à celui-là où celle-ci et tu étais protégé. Maintenant tu vis dans une jungle. Tu es livré à toi-même, habité de cette sensation excitante de rouler très vite sur une route déserte.

Mais gare à toi petit bonhomme... En déconnant, tu ne te rends pas compte que tu t'approches de plus en plus de cette ligne rouge. Ce point de non-retour. Tes agissements, bien que refoulés dans ton inconscient, portent un nom: "délinquance"...

Bientôt, tu sauteras le pas et tu voudras "planer" un peu plus. Tu consommeras de plus en plus de drogues. Les mauvais copains t'en proposeront puis te rejetteront. Tu seras obligé d'en acheter encore et encore...

L'accumulation de petits boulots ne suffira plus à couvrir tes besoins grandissants. Tu essaieras de gagner beaucoup d'argent en un minimum de temps... Les copains seront toujours là pour être d'un bon conseil sur le meilleur moyen d'y arriver...

Ta faim de plaisir sexuel t'emmènera dans des contrées où la fille et la femme sont des choses. Leurs styles vestimentaires te paraîtront bientôt comme une invitation à la drague. Puis, quand personne ne s'intéressera à toi, tu détesteras ces femmes que tu vas au minimum déranger... et au maximum violer.

Tes notes qui dégringolent à l'école finiront par sonner le glas de ton parcours académique. Ce parcours chaotique couplé à ton désir de gagner beaucoup d'argent en un temps record auront raison de toi. Tu quitteras l'école et tu seras illettré pour le restant de tes jours.

Tous les ingrédients sont réunis pour que le délinquant en toi se transforme en criminel, toxicomane, voleur, dealer, violeur, illettré... Voici ce vers quoi tu te diriges. La société et le système ont tous misé sur ta chute et crois-moi, tu es seul contre tous.

Comme pour te dédouaner, tu te justifieras en affirmant: "je suis encore jeune". Crois-moi, c'est maintenant que tout se joue et c'est maintenant que tu fais ou défais ta vie...

Si tu échoues, tu auras beau blâmer la société, l'Etat, c'est seul que tu descendras aux enfers. Ton seul salut est de prendre ton destin en main. A toi d'éviter tout ce qui t'attend pour les prochaines années et tous les pièges tendus qui feront de toi un misérable au pays des misérables...

Souviens-t-en quand tu auras franchi ce seuil d'ignorance et de criminalité... Ou de réussite et de clairvoyance. A toi de jouer!

LIRE AUSSI: