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Une agression de plus, une agression de trop!

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HARCELEMENT RUE
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SOCIÉTÉ - Il n'est pas ici question d'écœurement, de dégoût, ni même de colère. C'est une révolte. Nous ne pouvons plus tolérer les fruits de la misère sociale et éducative, produisant ces nombreux adolescents violents, désœuvrés, décervelés. De même, nous ne pouvons plus accepter le silence des masses qui, coupables de leur inertie, cautionnent la perpétuation de ces actes.

Où est notre, disent-ils, culture du respect? On peut donc aujourd'hui, au sein de ce pays, dans un autobus lambda, déshabiller une femme, la violenter sexuellement, l'insulter de tous les noms, la bâillonner, et ce sous le regard des passagers et sans la moindre réaction du chauffeur? La non-assistance à personne en danger est un fait grave et alarmant, symptomatique d'une société qui considère certains actes comme acceptables. D'ailleurs, on n'entend qu'un timide "lâchez-la!".

Détaillons un instant la scène pour en saisir toute l'horreur. Ils la tirent de son siège, ils sont quatre à la secouer dans tous les sens et à se coller contre elle. L'un la saisit par derrière avec un sourire pervers, l'autre commence déjà à la toucher par devant. La pauvre pleure, elle se lamente, elle implore, mais rien, seuls leurs rires pour répondre à sa détresse. Comble du drame et de la folie, ils filment leurs actes, fiers de leurs agissements, heureux de pouvoir violenter une femme en public. Elle parvient enfin à fuir sous leurs insultes. Cette scène, pour certains trop connue, est une énième preuve de notre anomie sociale. Nous souffrons d'un manque de civilité, de civisme, de citoyenneté, d'empathie et d'humanisme.

Il est ici question de notre humanité. Les membres les plus sexistes, machistes et misogynes de notre société ont une étrange hiérarchie des dignités humaines. En haut de cette pyramide, l'homme, tout puissant, impuni, disposant de droits multiples, s'arrogeant des avantages, amène à violenter, chef de clan, dominant avéré, gangrénant notre société par ses incivilités. En dessous, la femme, dominée, opprimée, et sur laquelle tout notre retard humaniste s'abat: en cas de viol, elle est fautive, si on l'attouche, fautive, si elle a été insultée, c'est normal ce n'est qu'une femme, si elle est battue, c'est son mari qui a le dernier mot. Bled Siba, c'est nos agissements, ces voyous, le manque de civilité et d'empathie, le citoyen qui ne vient pas au secours d'une femme agressée en public.

Les violences sexuelles seraient donc le pendant naturel de tout comportement allant à l'encontre de leurs idéologies perverses? Ces individus ont non seulement une conception d'une société respectable erronée mais en plus une tolérance à l'égard de la violence totalement enrageante. La justice ne devrait pas uniquement se saisir de ce sujet, non. Un discours qui ne condamne pas un acte et qui laisse sous-entendre que la victime est la fautive est tout aussi dangereux. Il y a ici une incitation implicite et claire à la violence et au non-respect à l'égard des femmes.

Trois coupables ici: premier, la frustration d'une jeunesse souffrant des frontières entre genres et de sa surconsommation de pornographie, s'imaginant une figure masculine virile basée sur la domination et l'oppression féminine. Second, notre école, incapable d'insuffler à nos enfants un minimum de civilité et d'empathie. L'échec du scolaire est d'autant plus terrible quand il produit des centaines de jeunes déboussolés qui nourrissent les rangs de ces criminels du quotidien. Troisième, l'indifférence volontaire d'un peuple qui observe sans agir puis qui, par les réseaux sociaux, affirme qu'elle l'aurait "méritée".

Mais ce n'est pas tout. Il s'agit d'une jeune handicapée mentale, d'une femme vulnérable et seule dans la situation. Les jeunes voyous qui s'élancent sur elle s'en prennent dans un même geste à une population vulnérable absente du débat public au Maroc. Etre handicapé, c'est ne pas être, pour la société environnante. Ni infrastructures, ni suivis, ni services adaptés, et comme le prouve cette vidéo, ni défense face à leur extrême vulnérabilité. Etre une femme et être handicapée, c'est pour de nombreuses personnes une lutte de tous les jours et une succession d'humiliations et d'abus.

Notre constitution dans son préambule affirme: "Il (le Maroc) développe une société solidaire où tous jouissent de la sécurité, de la liberté, de l'égalité des chances, du respect de leur dignité et de la justice sociale" et que notre nation s'engage à "bannir et combattre toute discrimination à l'encontre de quiconque". L'article 22 dit: "Il ne peut être porté à l'intégrité physique ou morale de quiconque, en quelques circonstances que ce soit, et par quelconque partie que ce soit, privée ou publique".

L'exercice de la citoyenneté marocaine et de notre solidarité nationale est intrinsèquement lié au respect de chacune de ses composantes. La sécurité de la femme dans ce pays est la grande honte face à laquelle l'on ne peut rester silencieux. Dites-vous, vos filles, mères et épouses, cousines et tantes, ou proches amitiés, ont toute souffert de la domination et oppression masculine, portant ce lourd fardeau qu'est un violent souvenir, un avenir muselé, des espoirs éteints par la main ferme et indigne d'un homme.

Il nous faut un débat politique d'urgence et un haut-le-cœur citoyen car, sans cela, des centaines de femmes continueront à souffrir, quotidiennement, de l'impunité des violeurs et du silence honteux d'une société qui préfère les non-dits, au nom de la hchouma, préférant sacrifier l'honneur, la dignité, la santé de ses filles. Le harcèlement de rue est le pain quotidien, les violences physiques et psychologiques brodent les journées, le traitement social les abaisse encore plus, ne reste plus que cette tendance terrible à vouloir couvrir les sévices sexuels.

Combien de temps allons-nous encore tolérer ces agissements, ces mots qui blessent, ces jeunes désobligeants qui courent les rues et qui menacent tous et chacun? La société marocaine souffre d'une tare violente, le tabou. Tabou concernant les relations homme femme, tabou concernant la décroissance des libertés réelles des femmes, tabou concernant la frustration des jeunes, tabou concernant le respect de la condition féminine. Si l'on veut changer les choses, il est donc de la responsabilité de chacun de ne plus jamais être silencieux. #MatKichBenti

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