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Le Maroc après la COP22: Nos vulnérabilités, nos opportunités, nos responsabilités

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NOOR OUARZAZATE
Youssef Boudlal / Reuters
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ENVIRONNEMENT - Quelques mois après la COP22, l'on n'entend plus parler climat. Souffrons-nous d'un manque de sensibilisation alors qu'un risque sérieux se présente et qu'une fenêtre d'opportunités s'offre à nous?

1. Nos vulnérabilités

La limite des 1,5 degrés est plus que primordiale pour la sécurité environnementale, alimentaire et économique du Maroc. Bien qu'il soit un faible émetteur avec 1,84 tonnes de CO2 par habitant, notre position géographique nous rend particulièrement exposés aux effets du réchauffement climatique. En témoignent l'augmentation des températures estivales comprise entre 2 et 6 degrés et la baisse des précipitations printanières de 47% à l'échelle nationale. La sécheresse de 2015, en induisant une piètre croissance de l'économie marocaine à 1.5%, prouve le danger des évènements climatiques extrêmes sur notre santé économique. L'agriculture assure pourtant 15% du PIB et emploie 40% de la main d'œuvre. Sur ce constat, comment ne pas redouter de plus graves dépressions économiques sur fond de réchauffement climatique?

Les risques sont multiples: inflation des prix des produits de première nécessité, accélération de l'exode rurale et urbanisation sauvage non-planifiée, paupérisation sociale et affaiblissement du tissu socio-économique, ralentissement du développement humain et vulnérabilité croissante des populations les plus fragiles. Ce n'est pas tout. L'élévation du niveau de la mer menace le littoral. Quelques décimètres peuvent entraîner un recul du rivage et ainsi impacter l'économie (tourisme, industrie, transport, etc.). Les risques d'introduction des eaux salines font également craindre un assèchement des terres agricoles. L'avantage que tire le Maroc de son littoral de 3.500 kilomètres sur lequel est installé 80% de ses infrastructures industrielles et énergétiques peut dès lors devenir un handicap.

2. Des opportunités

A une quarantaine de kilomètres de la ville de Ouarzazate se dresse sur plusieurs hectares le complexe Noor, le plus grand site de production solaire au monde. Le royaume vise aujourd'hui une couverture à 52% de l'ensemble de ses besoins en électricité d'ici l'horizon 2030. Le Maroc importe encore 95% de l'énergie qu'il consomme pour une valeur équivalente à 8,3% du PIB. Par cette mesure, il est prévu de réduire à 85% la dépendance énergétique et de maintenir les efforts en faveur d'une transition énergétique durable. Une indépendance énergétique croissante est primordiale du fait des prix hautement instables des cours des matières premières et du fait de la hausse de la consommation nationale.

L'initiative confirme comment la mise en place de mesures audacieuses, ambitieuses et innovantes permettent de répondre à l'urgence climatique tout en promouvant un développement durable et inclusif. Cette perspective est également appuyée par le développement d'un réseau de transport dé-carboné incluant le tramway Rabat-Salé, le tramway Casablanca et la ligne TGV Tanger-Casablanca. La suppression des subventions au diesel, à l'essence et au mazout lourd permettent quant à eux de libérer des ressources financières et de réinvestir dans la transition dé-carbonée.

Les efforts à l'échelle nationale sauront donner le ton et prouver à nos partenaires africains et internationaux le sérieux de la démarche. S'ouvrent ainsi nombre de marchés étrangers par l'exemplarité et la confiance instaurée. Le Maroc produit dans ce cadre une diplomatie climatique cohérente, attractive et prometteuse fondée sur l'exemplarité. A cet égard, l'organisation et le pilotage de la COP22, temps fort de la diplomatie climatique, s'accompagne d'une prédisposition naturelle à jouer un rôle de catalyseur dans la coopération Sud-Sud. Le retour au sein de l'Union africaine, en entamant le pas, annonce les couleurs pour les années à venir.

3. Nous, citoyens

En pleine conscience des vulnérabilités climatiques et des opportunités offertes par une transition durable, le Maroc a su prouver son attachement au respect de la limite des 1,5 degrés. Ceci vise à assurer à tous un accès sûr vers des ressources hydriques suffisantes et une production agricole pérenne. De plus, le savoir-faire, l'expertise et le savoir accumulé sauront faire du Maroc un acteur clé de la dynamique Sud-Sud. Le Maroc peut sécuriser par les directives gouvernementales et par le positionnement du secteur privé une pleine indépendance énergétique, une résilience environnementale et une conscience nationale tournée vers la transition énergétique et la re-conception de notre modèle économique.

Ceci n'est pas un luxe, c'est une nécessité et un domaine porteur par lequel le Maroc peut acquérir un statut de partenaire de confiance. Le risque que nous encourons et qui pèse sur nos enfants est trop grave pour que nos forces ne s'orientent pas vers ce champ d'avenir. L'élan entamé par nombre de nations pour limiter, de façon nette, le réchauffement climatique est une assurance pour l'avenir et un levier de croissance rentable et certain sur lequel l'on doit investir. Pour ce faire, certaines énergies, certains cerveaux et certaines forces doivent être entièrement tournés vers ce défi.

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