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Face au changement climatique, que faire?

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CLIMATE CHANGE
Olaf Kruger
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CLIMAT - Nous sommes en 2050. L'eau est rationnée depuis près de dix ans et les quantités allouées pour chaque foyer se font moindre. Si dix ans plus tôt, six maudites heures par jour était accordées, l'année 2050 connaît un nouveau record: une simple et petite heure. Ce chiffre, annoncé, ne vous choque guère. On s'habitue à tout. Sortir? La mode est aujourd'hui au masque blanc, de petite taille, couvrant légèrement vos lèvres et narines. Pas de fantaisie, pas de couleur. Dans chaque rue, ce visage uniforme, se répétant inlassablement, qui ne laisse apparaître ni sourire, ni trait profondément humain. Votre assiette quotidienne? Rien de bien coloré. Des compléments alimentaires constituent la majeure partie de vos repas, agrémentés de coupe-faim.

Ce théâtre, pure spéculation, guetterait les sociétés dites modernes. La réflexion ici proposée porte sur l'action individuelle, la responsabilité de chacun et de tous, face à un processus dont l'essor ou la décroissance ne dépend que des petits pas accumulés. Comme coupable? L'homo sapiens sapiens, l'homme sage sage. L'est-il d'ailleurs, sage, lorsque l'on sait que le changement climatique est œuvre humaine? Le qualificatif homo sapiens materiali (Idriss Aberkane) ne serait-il pas plus adapté? En effet, la société moderne, ère prise entre deux rouleaux-compresseurs, société de masse et consommation de masse, se réfugie dans l'illusion capitalo-anthropocentrique. Les ressources, dressées de sorte à suivre le rythme industriel, ne devraient se tarir, mais au contraire, nourrir une croissante incessante. Or, il serait raisonnable et enfin nécessaire de considérer que notre environnement délimité et fragile empêche de telles orgies consuméristes.

Que déduire? Agir. Une série de courants, portant sur la transition humaine, s'intéressant à l'ère post-capitaliste, éclairent une voie balisée. Au cœur de ce chemin, une nouvelle conception de l'homme. Un homme non hissé comme main surpuissante, creusant la pierre et façonnant la roche, mais un homme reconsidéré comme membre égal d'un écosystème dont chaque élément se doit d'être respecté, aimé et protégé. L'on dit que tuer un homme revient à tuer l'humanité. Quand est-il lorsque l'on dégrade quotidiennement notre environnement: avons-nous atteint le stade de l'écocide?

Notre champ de vision, ne dépassant pas les quatre murs de nos logis, les trajets habituels et bureaux qui font nos corvées, se persuade de vivre dans une bulle qui semblerait en totale harmonie avec l'ensemble. Au supermarché, les produits sont pris nonchalamment, sans même se soucier de leur origine, des mains qui les ont façonnés et des ingrédients employés. Tout autour, sans cesse, cette même humanité grouillante, seule source d'attention, seule entourage possible, nous déconnectant totalement de la nature et de sa réalité matérielle.

Or, derrière cette façade de confort, cette omniprésence de biens, cette aisance dans l'acte de consommer, se tient, sordide, l'image d'un monde à deux vitesses. Nos vêtements? Certainement issus de pays où les usines sont actionnées par une main d'œuvre enfantine. Nos aliments? Produits au prix de de la pollution des sols et eaux par les nitrates, de l'assèchement des nappes phréatiques et de l'exploitation de travailleurs ou exploitants sous-payés.

Ne sommes-nous pas tombés dans une trappe morale béante? Dans la contradiction entre les nécessités du quotidien, soit l'aliénation à des modes de consommation et de vie hégémoniques, et l'appel moral suscité par la conscience des méfaits, douleurs et exploitations effectués au nom de la croissance? Combien peuvent encore dire que nos vies côtoient la plante, l'arbre, la fleur, le buisson? Combien peuvent encore sourire face à la douceur d'un champ en pleine croissance?

Le cloisonnement, l'omniprésence maladive du bitume, goudron et asphalte, nourrit un total détachement face à Mère Nature. C'est ainsi que l'on devient totalement insensible à son sort. C'est ainsi que l'on ne peut nourrir pour elle nulle compassion. C'est ainsi que nos systèmes de production, abattoirs, usines ou champs sont devenus de véritables centres immoraux. Le traitement révoltant des bœufs, veaux, poules en ferait pâlir plus d'un. Toute la chaîne est ici en jeu: les méthodes d'abattage, de gavage, de broiement de poussins. En somme, une machinerie parfaitement bien ficelée pour maximiser la production. Mais tout cela a quel prix? D'une déontologie rampante et malsaine, d'un déni aveugle, d'une incompréhension, d'un refus de savoir, ou de l'absence toute simple de savoir?

Que faire? Un comportement plus éthique et plus en phase avec les enjeux du XXIème siècle. Consommer de la viande ou conduire un véhicule polluant est devenu non seulement un acte politique, dans le sens où ce dernier agit sur l'équilibre et la gestion de la Cité, mais également une violation du droit à la vie de ceux qui nous entourent et ceux qui nous succéderont. La globalisation, poussant à son paroxysme les interconnections, donne ainsi à tout acte, serait-il le plus banal, la force d'un battement d'aile dans un effet papillon. Toute initiative qui serait aujourd'hui à l'encontre de la déontologie, qui voudrait que nos actes soient respectueux de notre environnement et seraient de ce fait régis par une logique de protection individuelle et commune, devient problématique. Ainsi, il est non seulement du devoir de chacun de comprendre que nos choix de consommation, de mobilité, de vie, sont politiques, mais sont aussi des atteintes fortes au droit à la vie des générations actuelles et futures.

Economiquement, la voie semble toute tracée pour la Blue Economy. L'idée? Très simple. Il ne faut pas que la nature suive le rythme de nos usines mais que nos usines suivent le rythme de la nature. Seconde maxime, les systèmes de production ne doivent plus être linéaires mais sous la forme d'écosystèmes. Qu'est-ce que cela implique? Que chaque externalité, produit, bien, déchet, soit automatique rattaché à une chaîne de production. Il ne s'agit plus de recyclage, mais de réintégration. Idriss Berkane propose un exemple saisissant. Prenez votre marc de café. Prenez un champignon. Broyez-le dans de l'eau avec un mixeur. Aspergez le marc. Vous obtenez ainsi une unité de production de champignon. En effet, le marc de café est un excellent fertilisant et sol pour champignons. De ce fait, sur la base d'un produit précédemment considéré comme déchet, vous pourriez devenir auto-suffisant en champignons (pour les plus accrocs).

Mon but me diriez-vous? Ne pas nourrir l'humeur dégagée ou induite par les nouvelles quotidiennes portant sur le changement climatique, mais répandre l'idée que le changement ne tient qu'en vous, qu'en votre curiosité, qu'en votre responsabilité, qu'en votre conscience et que vos actes, dès lors, deviennent des forces, des révoltes, nous menant tous vers un nouveau modèle de coexistence humaine.

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