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La démagogie, candidate favorite à la présidentielle française

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ELECTIONS FRANCE
Eric Gaillard / Reuters
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POLITIQUE - Favorite de la présidentielle, la démagogie se dit confiante et sereine. Les sondages sont positifs et quel que soit le résultat, elle sait qu'elle pourra gouverner en toute paix. Elle affirme avec une certaine pudeur qu'elle ne s'est pas autoproclamée, à l'inverse de certains. Un véritable plébiscite politique, un holà inattendu au parlement, l'a propulsée sous les feux de la rampe. Depuis, elle sort le grand jeu.

La démagogie ne chôme pas. Elle est sur l'ensemble des plateaux et répète, à qui veut bien l'entendre, qu'elle est favorite, aimée, unificatrice, majoritaire, forte et en marche. Surfant sur la carte antisystème, se disant intègre, juste, proche du peuple, elle dit respirer la France. Parfois, il lui arrive des envies pulsionnelles de reblochon. En ces nuits, elle conte à ses enfants les affaires de Jeanne d'Arc et de Louis XVI. Elle aime vivre dans un grand récit qu'elle peut chausser. Elle se présente dans ses plus beaux habits et flatte son égo. Tout le monde semble lui accorder les qualités qu'elle présente consciencieusement sans la moindre protestation.

A vrai dire, elle parvient à unir les passions et à cumuler les ovations. Bouleversant les pronostics et rivalités politiques, elle est parvenue à unir, droite, gauche, centre, extrêmes et électrons perdus autour d'un même projet: manipuler le peuple pour mieux le gouverner. Comme une vague bleu marine, comme un drapeau bleu blanc rouge, comme une balade en occitan, elle a la côte.

Trop fière de son éthique, elle ne se cache pas et dit, à qui veut bien l'entendre, quelques lumières sur la scène française. Nous lui laissons la parole:

"Le discours politique est tombé dans une telle démagogie que personne ne semble épargné. La droite peine à retrouver un semblant de dignité tant le parti est rongé par plusieurs années d'écarts en matière d'intégrité. Trop accoutumée au pouvoir et à ses dérives, elle s'est assise sur les sièges de la représentation pour assoir son confort. Même constat pour la gauche. Plongée dans ses songes, elle ne se souvient plus de ses pères fondateurs et s'élance sans vergogne à droite. Sur la scène internationale, elle a pour offrande le petit travailleur, le commerçant et l'ouvrier qui, ne pesant rien, se feront écraser par ces soi-disant accords d'entreprise."

"Tous parlent d'unité, mais aucun ne pressent son sens. Un Etat ne se mène pas en liguant les uns contre les autres. Unir la France, ce n'est pas unir les Français de tous bords autour d'un ennemi commun. Unir la France, ce n'est pas proposer un fantasme, un rêve inatteignable, des mots vides, et attendre des Français une discipline et une croyance aveugles."

"Pire, ces hommes pensent qu'unir et lier signifient encore quelque chose dans l'imaginaire collectif. Mais ce sont leurs propres chimères qui les mènent à la dérive. Les ségrégations spatiales, économiques, religieuses et ethniques se vivent au quotidien. Pour beaucoup, la France devient un pays de l'entre soi. Un discours de peur et un sentiment d'insécurité s'immisce dans les cœurs de tous et chacun. L'on reste dans une bulle où les mêmes mots, idées et cercles ne cessent de se rencontrer et de se répéter. C'est dire que l'on fermente dans les mêmes diatribes."

"Je ne peux m'empêcher de le souligner, les uns et les autres vivent dans des réalités parallèles et pensent que leurs modèles sociétaux sont souhaitables, acceptables, désirables. Or, ils se trompent tous. Ils se trompent tous car ils n'ont pas l'oreille attentive. Ils se trompent tous car ils n'ont pas le regard aux aguets. Ils se trompent tous car ils ne comprennent pas que des mots comme 'fainéants' ou 'idiot's ne mènent à rien. De tous bords, l'on s'insulte grassement et l'on se jette des peaux de banane. L'on attend qu'une seule chose, la chute de l'autre, sa glissade, son signe de faiblesse, même court, pour se jeter sur sa carcasse et le dépouiller de ses biens. L'on désire ardemment la fin des autres et l'on ne cesse de bâtir ses propres galons sur les échecs de son prochain. Ceci n'est pas un modèle sociétal souhaitable. Ceci n'est pas une société qui s'aime. Ceci n'est pas un cadre qui se désire."

"Cela m'ulcère mais il suffit de demander aux uns et aux autres une pensée sur l'état actuel de leurs pays et tous décrieront que la mauvaise gouvernance fait des ravages. Bien sûr que ces derniers ne pointeront pas de fautifs en particulier. Et ils ont bien raison! Il y a, en tout lieu, des caquetteurs, des bazardeurs, des incompétents et des indolents qui brouillent l'ouvrage national. Nos enfants apprennent dès leur plus jeune âge que la structure n'est pas faite pour leur bien-être, que l'Etat les somme à se battre et que l'Ecole est la première arène. Nos enfants, plus grands, réalisent que les déficits sont nombreux et que ceux qui les dirigent ont en réalité abandonné le bien commun, trop campés sur leurs avantages. Ils n'entendent que le discours épuisant des uns et des autres qui les traite de peuple ignare. Mais, et il nous faut les applaudir, il y a bien heureusement ceux qui ont une passion pour le bien de tous, ceux qui œuvrent en silence mais qui font grand bien. Ce sont eux qui maintiennent éveillés la ferveur, l'espoir, le désirable."

"Et pour annoncer ma conclusion, parlons de certains! Ceux qui se disent représentants profitent, dans nombre de cas, des facilités, aides et opportunités financières qu'ils s'accordent. L'argent du contribuable devient une bourse d'aisance pour conforter les rebords de leur bien-être. A force de grappiller postes, titres et entrées financières, à force de s'accorder des salaires et facilités douteuses, à force de dire que la France doit se serrer la ceinture alors que ces derniers s'empiffrent, la comédie s'est dévoilée. Ne jetez qu'un œil sur le tribunal médiatique, n'est-ce pas un succulent spectacle? Des centaines de cravates qui se débattent pour prouver que la vérité ne doit pas être? Des centaines d'autres micros qui s'agitent pour remplir les colonnes de leurs journaux? A vrai dire, c'est un beau déballage à l'image d'un pays fatigué par les incessantes polémiques. Chaque année, nous découvrons combien certains n'ont rien de désirables. Nombre incarnent la faillite de la moralité, de l'intérêt pour le bien public, eux qui disent la morale et qui la somment."

"Mais vous savez, je ne perds pas espoir. J'espère bien qu'un jour l'on me détrônera. Je n'existe qu'à cette fin. J'occupe les plus hauts postes pour sonner les alarmes. Je révulse les uns et les autres pour immiscer l'éveil du plus grand nombre. Je ne suis là que pour vous offrir ce qu'il a de meilleur: votre propre libération. L'aliénation qui est la vôtre ne cessera que par votre propre soin. S'aimer, cela s'exprime aussi par une vigilance citoyenne de tout instant."

La démagogie tire une révérence et se retire. Elle nous laisse à nos propres démons.

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