LES BLOGS

Des points de vue et des analyses approfondis de l'actualité grâce aux contributeurs du Huffington Post

Ismael Zniber Headshot

Salé et Grenade, des cousines par translation culturelle

Publication: Mis à jour:
Imprimer

Ressemblance frappante entre l'art nasride grenadin et l'art mérinide marocain.

-À droite: Le mihrab de la salle de l'oratoire du Partal à l'Alhambra de Grenade, construit par Yusuf Ier de Grenade (1333-1354)
-À gauche: Le mihrab de la médersa mérinide de Salé construite par le sultan du Maroc Abu al-Hassan Ben Uthman entre 1333 et 1348

sale grenade

Les similitudes entre les architectures nasride et mérinide qui ont brillé par leur raffinement, leur goût "baroque" de la profusion et leur horreur du vide montrent non seulement que le Maroc est héritier de la culture d'Al-Andalus mais que le Maroc et Al-Andalus faisaient partie d'un même ensemble territorial d'abord et culturel ensuite et ce depuis les Omeyyades de Cordoue en passant par les Almoravides et les Almohades qui régnaient alors de part et d'autre de la Méditerranée jusqu'aux Mérinides.

Les échanges s'opéraient dans les deux sens par le détroit de Gibraltar. Les Mérinides contemporains des Nasrides au XIIIe siècle, qui devaient conquérir le pouvoir au Maroc et qui n'ont pas su asseoir leur autorité sur la péninsule ibérique après la chute du califat almohade sont alors en concurrence et en émulation intellectuelle avec les royaumes des Taifas dont Grenade.

Les Mérinides, issus des Zénètes, ont probablement fait appel au savoir-faire des artisans andalous. Les médersas (écoles/universités) mérinides construites de Marrakech à Oujda et Tlemcen cherchaient à attirer les savants andalous mais aussi maghrébins à l'instar de l'historien et père de la sociologie Ibn Khaldoun.

Ibn Khaldoun est le plus bel exemple de cet échange entre Andalousie et Maroc puisque après avoir fait partie de la Cour et de la Shoura du Sultan mérinide Abou Inan à Fès, il reçoit une autorisation de ce dernier pour se rendre à la Cour des princes Nasrides à Grenade où il deviendra ministre.

A la médersa de Salé, plusieurs polymathes andalous viendront y enseigner comme les soufis Ibn Abbad de Ronda ou Ibn Achir de Jimena toujours vénéré par les Slaouis. Salé a aussi été la ville d'exil du Grand Vizir de Grenade et grand poète Ibn Al Khatib. Ibn Al Khatib écrira même un poème où il compare Salé au Malaga de l'époque.

Dans son livre "La voie exemplaire", le Grand Vizir déchu Ibn Al Khatib dit que les gens de Salé "apportaient une grande contribution à l'ensemble des sciences, en ayant de surcroît l'apanage exclusif de certains domaines du savoir", puisque plusieurs notables de Fès et d'autres villes se rendaient à Salé pour apprendre le fiqh, la médecine, le soufisme, la rhétorique, etc.

Bien après la chute de Grenade, la dynastie marocaine des Saadiens continuera à prendre le paradis perdu de Grenade pour modèle. On dit même que le Palais Badi' de Marrakech, avant sa destruction par Moulay Ismail à la fin du XVIIe siècle, égalait et même surpassait l'Alhambra.

Les tombeaux saadiens emmurés et sauvés étrangement par ce même Moulay Ismail, d'abord roi destructeur avant d'être à son tour roi bâtisseur, sont une ébauche remarquable de ce que pouvait être le Palais Badi' dont il ne reste aujourd'hui qu'un grand bassin et des murs en pisé en ruine. Les Saadiens auront porté l'architecture maroco-andalouse à son apogée.

Le Maroc fut en Al-Andalus et Al-Andalus fut au Maroc!

LIRE AUSSI: