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"Pour ne pas avoir froid aux yeux, Fillon fronce ses sourcils"

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FILLON 2017
Philippe Wojazer / Reuters
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(Commentaire du rassemblement en soutien à François Fillon qui s'est tenu place du Trocadéro à Paris, dimanche 5 mars 2017)

POLITIQUE - Hier une horde de pro-Fillon s'est rassemblée sur le parvis du Trocadéro à Paris, sur les terres bénies, prospères et patriotes du XVIe arrondissement - puissent-elles toujours demeurer protégées face à l'envahisseur fauché et sans patronyme composé. Amen. Le candidat a pourtant quitté, et avec beaucoup d'abnégation et de sens de sacrifice pour la France, ses pantoufles et le doux feu de sa cheminée en ce premier dimanche de Carême, période de pénitence et d'aumône, s'il en est.

Pénitent, il l'est assurément aujourd'hui avec son "je vous dois des excuses", mais son chemin de pèlerin jusqu'à l'Elysée, comme Moïse jusqu'à la Terre promise, n'est pas interrompu pour autant. Car comme Moïse, seul Dieu tout puissant peut l'empêcher d'atteindre son objectif. Il n'est donc pas question que ce soit du ressort de ce "torchon malodorant" de Canard enchaîné. Concernant l'aumône, nulle âme plus charitable ni pater familias plus attentionné ne fit l'offrande d'autant de deniers de la République à sa famille pendant des années avec autant de pudeur!

Face au vent, au froid, à la pluie, le candidat s'accroche et demande à ses fidèles de croire en lui jusqu'au bout et de continuer la traversée à ses côtés à bord de son radeau à la voile et au gouvernail abîmés par les avaries (ou avarices, au choix). Tel Ulysse et ses Argonautes, il demande à son équipage de boucher ses oreilles contre le chant trompeur des sirènes médiatiques.

Au milieu de quelques chauvins en mal de gaullisme brandissant encore le drapeau tricolore tailladé d'une croix de Lorraine, quelques milliers d'individus accueillent leur pâle héros avec moult vivats. Dans ce rassemblement aux allures de danse macabre où le candidat est entouré de croque-morts de la politique venus s'assurer si le roi respire toujours avant de proclamer le successeur, quelques jeunes à la raie et à la mèche nickel se révèlent être au micro d'un journaliste plus séniles et amnésiques que leurs nombreux aînés septuagénaires ici présents et qui ont encore l'indéfectible mémoire de leurs rentes et comptes en banque.

Dans un discours réconfortant pour rassurer et remonter le moral de ses troupes décimées, il n'hésite pas à jouer à son public la rhapsodie nationale intitulée "Lutte contre le totalitarisme islamique". Une bonne piqûre de rappel en période d'état d'urgence pour que son électorat ne se trompe surtout pas d'ennemi tant les ennemis de ce bon peuple françois sont devenus nombreux et inespérés par ces temps de corruption généralisée.

La foule, plus fanatique que le courant du fleuve qui ne change jamais de sens, refuse d'admettre que son candidat est battu à plate couture. Quoi de surprenant lorsque le candidat choisit de prononcer son discours à seulement quelques encablures de la statue du Maréchal Foch qui lui-même a dit: "Accepter l'idée d'une défaite, c'est être vaincu." Ce même Foch qui a dit :"A la guerre, c'est celui qui doute qui est perdu. On ne doit jamais douter."

En effet, Foch pourrait quasiment être un modèle pour Fillon dans un contexte de guerre contre les infâmes complots des médias gauchistes et de cette justice qui travaille même en période électorale dont il est la cible. Il n'y a donc pas droit au doute. Surtout pas de la part de ses fidèles. Ce serait fatal. Foch n'a-t-il d'ailleurs pas dit aussi "J'aime mieux une armée de moutons commandée par un lion qu'une armée de lions commandés par un âne"?

Ceci étant, il se trouve que Foch a dit aussi cela, et que ses mots ont été oubliés, comme tout le reste: "Parce qu'un homme sans mémoire est un homme sans vie, un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir", en rajoutant que "les peuples cessent de vivre quand ils cessent de se souvenir."

Mais enfin, convaincu que sa campagne est insubmersible, tout comme le commandant Edward Smith, François Fillon compte rester à bord jusqu'à la fin, dans sa cabine jusqu'à l'abîme.

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