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La démocratie au Maroc ou la fin de la politique

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ELECTIONS MOROCCO
Youssef Boudlal / Reuters
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POLITIQUE - Le déroulement des élections législatives au Maroc a été unanimement salué par les acteurs politiques locaux et par la communauté internationale. Entre les récentes vicissitudes des élections au Gabon, le report des élections au Congo, les conflits qui gangrènent le Moyen-Orient, le Maroc fait figure d'exception. Avec la démocratie comme régime politique et le libéralisme comme doctrine économique, le Maroc serait sur la voie des grandes nations occidentales!
Mais à bien y regarder la situation est plus complexe.

Certes, les élections législatives ont été transparentes, sans intervention de l'appareil d'Etat, sans achats de voix ou presque, mais ont-elles réellement rempli la mission véritable d'élections politiques, à savoir choisir une majorité pour gouverner avec des orientations claires pour le pays pour les années à venir?

Le choix suppose une diversité d'offre politique. Or on a surtout assisté lors de ces élections à une confrontation montée de toutes pièces entre une ligne conservatrice incarnée par le PJD et une ligne modernisatrice incarnée par le PAM. Cette confrontation sur-jouée ad nauseam par les deux partis n'a que peu de consistance. Bien malin qui pourrait ressortir les différences entre ces deux partis.

En effet, sur les grands choix économiques, de politique fiscale, de redistribution quelle différence entre ces deux partis libéraux? Sur la politique d'éducation, de santé publique, d'emploi quelles mesures sont réellement discriminantes? Sur la politique de sécurité, sur la politique étrangère quelles divergences? Rien ou si peu... les mœurs. La belle affaire! Et même sur ce sujet, au-delà des joutes oratoires sur les plateaux télé, la société civile progressiste ou conservatrice donne le ton.

Le PJD au pouvoir, exception faite de quelques coups d'éclats médiatiques (censure, arrêts de subventions de festivals, etc.) ne peut guère se prévaloir d'avoir modifié la société marocaine. Même si la vigilance reste de mise, loin est le temps où on décrétait aux citoyens comment ils doivent s'habiller, parler ou penser...

A dire vrai, cette élection ressemblait plus à une émission de télé-réalité où la production s'évertuait à créer et à faire monter les rivalités entre les candidats pour qu'à la fin le public fasse son casting. Bien sûr chacun jouant à la perfection son rôle: le PJD jouant le parti persécuté, du retour de l'ordre moral, des petites gens contre les puissants alors que le PAM se montrant comme le parti de la liberté contre l'obscurantisme et de l'intelligentsia contre les barbus.
Mis à part ces stéréotypes, nul débat sur le fonds.

Quelles propositions le PAM peut-il mettre en avant? De quel bilan le PJD peut-il se prévaloir? Parlons justement du bilan de la majorité sortante. La situation économique ne s'est pas améliorée depuis l'arrivée du PJD: la croissance économique moyenne est passée de 4,5%/an sur la période 2007-2011 à 3,2%/an sur la période 2012-2016; le taux de chômage des jeunes est de plus de 20% et atteint 30% chez les diplômés*. La situation sociale n'est guère meilleure: 20% de la population marocaine vit dans un état de pauvreté ou de pauvreté extrême; moins de 30% de la population a poursuivi des études secondaires ou universitaires...

Si le PAM ne s'est pas emparé de ces faits et de ces sujets c'est qu'il n'avait pas grand-chose de différent à proposer. Quant aux autres partis, ils n'ont quasiment pas existé dans cette élection car occultés par ce choc des titans. Voilà comment cette élection politique a été réduite à un concours de beauté où le plus important est de choisir des candidats peu importe ce qu'ils proposent ou la direction qu'ils veulent donner au pays.

Pire encore, cette élection n'a même pas permis de clore la compétition politique en désignant un vainqueur incontestable. Elle a juste ouvert la voie aux tractations politiciennes pour trouver une majorité de gouvernement. A la poubelle les idées et les programmes! Oubliées les querelles de campagnes et les diatribes de tribuns! Place au marchandage de maroquins dans le climat feutré des villas de Rabat.

Car à n'en pas douter, tous ces partis qui s'invectivaient à longueur de journée vont se retrouver tous ou presque autour de la table du conseil des ministres. Elle n'est pas belle cette démocratie à la marocaine où la cuisine politicienne fait et défait les majorités!

Comme l'heure est aux vœux, formulons celui que même si le nouveau gouvernement est mal né qu'il puisse réussir dans le redressement de notre pays. Il en a grandement besoin.

(*) Source : FMI - Consultations 2015 + mise à jour fin 2016

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